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issaoui Boudabbous, ancien arbitre international et fédéral : «L'arbitrage était l'une des fiertés de notre football»
SOUVENIRS, SOUVENIRS...
Publié dans La Presse de Tunisie le 26 - 02 - 2018

Les annales du sport tunisien regorgent d'événements historiques et de figures emblématiques dans toutes les disciplines et même dans les domaines annexes au sport, tel l'arbitrage. Ces derniers temps, l'arbitrage, qui reste un élément fondamental pour réussir un beau match sans pépins, fait couler beaucoup d'encre et de salive en raison des piètres prestations à répétition de nos arbitres de football. Le problème d'actualité nous a motivé pour inviter, pour vous, l'une des figures de proue de l'histoire de l'arbitrage tunisien, en l'occurrence «l'invulnérable» Issaoui Boudabbous.
Un arbitre de football peut adopter plus d'une méthode pour réussir une belle sortie et se hisser parfois au rang d'homme du match. La force de caractère et l'intransigeance sont souvent les principaux atouts dont un bon arbitre doit se doter en plus d'une parfaite maîtrise de la réglementation. Et c'est sans aucun doute, l'apangne du remarquable Issaoui Boudabbous qui était tout au long des années 70 la star du corps arbitral en Tunisie. Il lui arrivait même de voler la vedette aux joueurs dans les matches qui drainaient la grande foule et où l'adversité entre les équipes protagonistes se situe à son point culminant. «Sans vantardise aucune, je n'ai jamais eu froid aux yeux devant les joueurs car j'arrivais sans peine à imposer le respect», précise Issaoui Boudabbouss.
Notre homme en noir n'avait pour souci que de veiller à ce que tous les joueurs se comportent correctement : «Chaque fois que je siffle un match , je me considère, comme chargé d'une lourde mission attribuée à un juge ou à un justicier tout court.
Je ne me permettais pas de léser une équipe pour favoriser une autre quelles que soient les conditions et les pressions. Au contraire, plus il y a de la pression, plus ma détermination à sévir devient grandissante».
Le fameux carton rouge infligé à Témime
Issaoui Boudabbouss ne fléchissait jamais et ne se faisait pas petit devant les footballeurs de gloire de son époque qui avaient parfois la grosse tête en se prenant pour le nombril du monde et en pensant qu'ils étaient autorisés à se comporter hautainement même avec l'arbitre. «En effet, ce n'est pas la notoriété d'un footballeur qui pouvait m'intimider ou m'empêcher de sévir le plus sévèrement possible quand un grand joueur fait un écart de conduite l'exposant à une sanction à la mesure de son agissement. A ce propos, je vais vous rappeler le carton rouge que j'ai infligé à Témime Lahzami en 1978 quand il m'a défié suite à une faute en me lançant des propos à la fois effrontés et provocateurs dont entre autres ''si vous êtes un homme, expulsez-moi maintenant''. Eh bien je n'ai pas hésité une seconde avant de lui mettre le carton rouge au nez. Cette expulsion a failli coûter le titre du championnat à son équipe l'EST qui, après une nette avance de huit points, a été rattrapée par l'ESS avec laquelle elle a dû disputer un match de barrage qu'elle a finalement remporté. C'est que l'insolence du grand Témime lui a coûte une suspension de sept matches».
Voyez-vous, c'est de la sorte qu'un grand arbitre arrive à passer pour la vedette du match et à épater les spectateurs comme le fait un joueur quand il marque un beau but ou quand il réussit un spectaculaire geste technique.
«Nos jeunes arbitres manquent de personnalité»
Il ne faut pas perdre de vue que Issaoui Boudabbous est un gaillard mesurant environ 1,85 m qui évoluait comme footballeur jusqu'à la catégorie séniors dans les années 60 au sein du petit club de la capitale, le Stade Populaire, et qu'il avait pour (entre autres coéquipiers) Ridha Akacha et feu Kamel Ben Abdelaziz devenu respectivement libéro et milieu de terrain émérites à l'EST.
«Je ne prétends pas que mon physique et mon tempéramment intransigeant face à l'indiscipline étaient les seuls clés de ma réussite. Loin de là car tout le système fonctionnait merveilleusement bien à l'époque. Tous les présidents de la FTF que j'ai connus, notamment M. Hammouda Ben Ammar et M. Raouf Najjar, étaient de vrais meneurs d'hommes qui savaient faire respecter la règlementation. Leur soutien inconditionnel aux arbitres dans les rudes épreuves ainsi que les nombreuses séries de formation et de stages qu'ils ont souvent programmées pour le corps arbitral ont largement contribué au perfectionnement escompté pour les hommes en noir tunisiens dont la compétence était internationalement reconnue».
Cela ne nous a pas empêché de comparer avec Issaoui Boudabbous le niveau des arbitres de son époque à celui des arbitres d'aujourd'hui. Pour lui, «il n'y a pas photo! Avec des arbitres de la trempe de Néji Jouini, Younès Selmi, Ali Ben Nacer, Bellagha (et la liste est longue), la discipline et le respect de l'éthique sportive étaient toujours les maîtres-mots dans les matches qu'ils dirigeaient. Aujourd'hui avec l'effacement, l'absence de maîtrise des règlements et le manque angoissant de personnalité, les matches de football sont devenus une vraie mascarade».
On revient toujours à dire que l'impunité conduit systématiquement au chaos et que pour faire respecter le règlement, il faut une poigne de fer qui doit sévir dans le cadre de l'équipe.
«Effectivement, je me rappelle d'une autre anecdote survenue lorsque l'arbitre Salah Bouderbala fut agressé physiquement par l'un des joueurs du CA, le président feu Habib Bourguiba avait acerbement critiqué la commission arbitrale et la FTF pour ne pas avoir désigné pour ce match l'arbitre Issaoui "Bouzollat" (l'homme à la massue) en parodiant mon nom à sa façon. C'est dire l'importance que les grands hommes accordent au strict respect de la discipline».
Par ailleurs, le grand Issaoui Boudabbous est en droit de se vanter d'avoir épinglé à son tableau de chasse plusieurs grands événements qui font sa fierté. «J'ai eu le mérite d'avoir sifflé trois finales de la Coupe de Tunisie dont une entre l'EST et le CA en 1981 (2-0 pour l'EST) ainsi que cinq grands derbys de la capitale entre les mêmes équipes. Et sur le plan international, j'ai dirigé la finale de la Coupe d'Afrique des clubs champions entre le TP Mazembe et Africa Sport à Abidjan en 1979. J'étais félicité même si l'équipe locale a été vaincue (3-2). J'ai aussi sifflé sans bavure d'autres grands rendez-vous valables pour les éliminatoires de la Coupe du monde, tels que Cameroun-Zaire ou Algérie-Sénégal en 1980». C'était du temps où nos arbitres étaient sollicités pour leur compétence, leur fermeté et leur équité.


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