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Le philosophe-poïéticien et l'enseignant
Premier anniversaire de la disparition de René Passeron, historien de l'art, philosophe et artiste peintre français (1920-2017)
Publié dans La Presse de Tunisie le 05 - 12 - 2018

Il y a exactement une année, le 5 décembre 2017, René Passeron a tiré sa révérence à l'âge de quatre-vingt-dix-huit ans. Ce jour-là, il nous a semblé qu'un monument s'était effondré !
Sur le plan de la philosophie et de l'histoire de l'art, nous lui devons une somme énorme de recherches et de publications. Docteur d'Etat ès lettres (Paris, 1960), philosophe, théoricien et praticien de l'art, il fut l'élève entre autres de Paul Valéry, de Gaston Bachelard et d'Ignace Meyerson. René Passeron a été directeur du groupe de recherche en philosophie de l'art et de la création au Centre national de recherche scientifique (Cnrs) à Paris en 1988, membre de l'Académie internationale de philosophie de l'art à Berne en 2001, codirecteur de la revue Recherches poïétiques, il a dirigé l'Institut d'esthétique de l'université Paris I-Panthéon-Sorbonne. Artiste lui-même, il est auteur de plusieurs livres sur la peinture, le surréalisme et la poïétique. Il a exposé ses œuvres picturales et ses collages à Paris, Athènes, Londres, au Canada et en Tunisie.
Bien des Tunisiens ont effectué, en France ou en Tunisie, leurs thèses de doctorat sous sa direction. Combien de conférences n'a-t-il pas données — souvenons nous — dans le cadre des colloques de l'Association tunisienne d'esthétique et de poïétique (Atep, alors présidée par la philosophe Rachida Triki). Toutefois, évaluant sa portée et son grand apport intellectuels et artistiques, j'ai tenu à lui rendre hommage en témoignant de ce que fut cet homme et en rappelant quelles furent ses idées.
Le surréaliste dissident
En tant que théoricien, René Passeron est spécialiste du surréalisme. Il a publié Dictionnaire du surréalisme et de ses environs, Histoire du surréalisme, André Masson et les puissances du signe, Pour une philosophie de la création, Clefs pour la peinture, Exclamations philosophiques suivi de Thèmes…Mais faut-il rappeler qu'il est un dissident du surréalisme, élément significatif dans sa carrière : sa révolte lui et ses compagnons contre toutes formes de dogme, y compris celui d'André Breton quand ce dernier, vers la fin de la période surréaliste, était en déclin par trop de dogmatisme. Il devient membre du groupe « Le surréalisme révolutionnaire » fondé en 1947 (dont la tâche essentielle est la libre expérimentation en art) qui s'est auto-dissout peu de temps après, et à la suite duquel est né le collectif Cobra. René Passeron menait en parallèle une pratique de philosophe et celle d'artiste peintre qui se conjuguaient, se répondaient, se complétaient dans l'expérimentation d'une pensée vécue en acte.
L'œuvre picturale et les fonctions de l'apparence, cet ouvrage de René Passeron édité en 1962 chez Vrin, demeure son livre de référence pour la peinture. Il y expose tout ce qui a trait à l'aspect matériel et l'attitude du peintre et des effets picturaux qui en résultent. René Passeron a examiné et étudié dans ses infinis détails ce qu'on appelle peinture en précisant avec une rigueur dû à l'académicien et au spécialiste toutes les spécificités inhérentes.
Le poïéticien
En l'occurrence, au milieu des années 70, il a relancé le concept de la poïétique dans les arts dont avait parlé Paul Valéry en 1937. Passeron l'a développé en une réflexion scientifique sur les conduites créatrices en prônant d'appliquer la voie de la poïétique. Il a «proposé d'étendre la science qu'il désigne à tous les faits humains de création».
Ce concept qui vient du terme grec « poièsis » veut dire le faire, avec la prétention, somme toute légitime de compléter l'esthétique. Si cette dernière s'occupe à examiner l'œuvre d'art en tant que produit fini, mis à l'appréciation de notre sensibilité, la poïétique quant à elle, s'attelle à traiter du processus créateur qui se focalise sur l'élaboration de l'œuvre en train de se réaliser.
Cela signifie que le fait de remonter en amont les étapes de son évolution et ce qui construit progressivement l'œuvre d'art depuis sa genèse est tout aussi déterminant que l'œuvre d'art en elle-même. En d'autres termes, l'action, la démarche suivie, l'expérience, la manière de procéder, l'attitude, le choix des outils, des matériaux employés, de la technique et du procédé importent afin de traduire et expliquer plus profondément l'œuvre et entrer ainsi en communion avec elle. Plus que cela, la poïétique se consacre à prendre en considération tout ce qui a trait, de près ou de loin, à ce qui entoure l'artiste et son œuvre et au-delà de sa biographie, elle va creuser dans l'histoire de son pays, sa géographie, son économie, sa politique, sa société, sa psychologie, ses conditions de travail, l'effet du hasard et de l'accident… A bien des égards, tout est en mesure d'influer pour façonner la création artistique. Ainsi, cette philosophie des conduites créatrices tend à embrasser tous les domaines.
L'enseignant
L'influence de Passeron est telle qu'elle a imprégné des générations d'universitaires, de chercheurs et de plasticiens, rien qu'à citer son disciple Richard Conte, Denys Riout, Victor I Stoichita, Sami Ben Ameur, Jamila Arous, Fatma Charfi...
De tempérament doux, il était affable et avait cette humilité dont seuls les grands sont capables. Il écoutait les doléances de ses étudiants et savait leur remonter le moral en mettant en exergue leurs qualités.
Au début des années 80, alors inscrits en troisième cycle à l'Université de Tunis, nous écoutions avec plaisir et délectation son cours d'esthétique. Il ne fallait pas pour autant interrompre l'enchaînement fluide de ses idées qui naissaient au moment même où il les débitait dans un rythme mesuré et sûr. Il murmurait ses phrases en regardant vers le haut de la voûte en brique de la vieille salle de classe de l'Institut technologique, d'art, d'architecture et d'urbanisme de Tunis (Itaaut). Ainsi, il déclamait son cours tel un poème en prose en nous donnant l'impression que ses idées naissaient en même temps que sa parole improvisée !
Selon lui, les trois critères qui déterminent l'œuvre d'art sont la singularité, le plaisir qui guide sa production et son appréciation et le fait qu'elle ait un parcours, une vie telle une personne humaine. Ainsi, par évidence, toute action humaine présidée par ces trois règles peut être considérée comme une création, comme art !
Il serait impossible de cerner en une seule fois les multiples facettes de ce penseur et artiste qui d'un enchantement intellectuel à un autre visuel ne cesse d'interpeller, de questionner de passionner. En regard d'une pensée aussi vivante et aussi généreuse, le nom de René Passeron comme ses prédécesseurs sera à jamais inscrit en lettres d'or dans les annales de l'histoire et de la philosophie universelle de l'art. Paix à son âme.


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