La situation empire et les solutions se font toujours attendre... Un point de l'histoire d'abord : les taxis collectifs, ou «Annakl Errifi» dans le jargon populaire, ont émergé dans les années 90 pour essentiellement servir de trait d'union et de navettes entre les villages et les villes. Et tout le monde y trouvait son compte. Pour un coup d'essai, ce fut même un coup de maître, ce secteur naissant ayant vite gagné ses galons et fait recette, pour devenir, du jour au lendemain, un redoutable concurrent des autres moyens de transport public. L'ancien régime, faut-il aussi le rappeler, finit par le... politiser, en commençant à délivrer, à tour de bras, des autorisations spéciales d'exploitation des taxis collectifs. N'en bénéficiaient, bien sûr, que les siens parmi les adhérents aux structures du défunt RCD et les... «indics» de la police! Depuis, bonjour les dégâts et l'huile est mise sur le feu. En toute impunité. La fuite en avant ? Nous étions alors en l'an 2010. Puis vint la révolution que ledit phénomène a tôt fait de mettre à profit pour envenimer davantage la situation, en étendant ses tentacules jusqu'à investir le... cœur de la capitale. Oui, Tunis qui lui était jusque-là strictement interdite, est devenue un accès facile à des dizaines de véhicules envahissants arborant, comble de «culot», la plaque «Annakl Errifi». Aujourd'hui, ils sont partout, de la place du Passage à l'avenue de Carthage, en passant par Bab-Alioua, TGM, Bab El Khadra, Bab Saâdoun, etc. Bref, les artères principales de la capitale où la circulation routière est déjà étouffante, voire impossible, ont été carrément transformées en chasse gardée !Idem d'ailleurs pour les autres grandes villes du pays où les taxis collectifs, la contamination aidant, ont réussi à asseoir leur «règne», rendant la vie dure aux taxis individuel, aux bus, au métro, au train qui ne comptent plus le manque à gagner enduré à leur corps défendant. Obligation de résultat Tout cela pour dire que c'est désormais la fuite en avant pour un secteur malade de son chaos, de son anarchie, et pour la guérison duquel tous les remèdes administrés jusqu'à présent se sont avérés cruellement inefficaces. En effet, les opérations de contrôle des papiers et l'intensification des rafles policières à l'endroit des chauffeurs, pardon chauffards, de ces véhicules furent des rafistolages de façade sans lendemain, la situation ayant, au contraire, empiré, dans la mesure où ces «convois de la mort» ont non seulement gagné en nombre, mais aussi redoublé d'abus : stationnement interdit, conduite à tombeau ouvert, taux de remplissage outrageusement abusif, parc en état de délabrement avancé, feux de signalisation fréquemment grillés, taxes parfois non payées, nombre croissant d'accidents mortels et tout le bazar ! Ce qui est encore plus révoltant, c'est que des propriétaires de taxis collectifs ne cessent, dans une démarche incroyable et impensable, de réclamer (eh oui) l'extension de leurs «droits», par la réduction des taxes, l'institution d'avantages bancaires pour l'achat de véhicules neufs et… l'élargissement de leurs itinéraires de circulation ! Ces revendications, ils continuent, mine de rien, de les adresser aux autorités compétentes, à coups de… sit-in et de pétitions. Faut-il en rire ou en pleurer? Nous, nous préférerions franchement la seconde hypothèse, tout simplement parce que le «drame» (c'est est vraiment un) est devenu insupportable, intenable. D'où l'urgence de voir le ministère du Transport réagir, en prenant le taureau par les cornes et cela par la mise en œuvre d'une vraie réforme d'assainissement de ce secteur. Une réforme qui pourrait, à notre sens, s'articuler autour des mesures suivantes: - Primo : mise à jour des autorisations, ce qui est de nature à éliminer les intrus - Secundo : révision des critères d'octroi de ces autorisations de telle sorte que n'en bénéficient que ceux qui répondent aux conditions d'exercice de ce métier, conformément à un cahier des charges en bonne et due forme - Tertio : la délimitation des itinéraires à emprunter, tout en usant de fermeté à l'endroit des contrevenants.