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De l'importance du dépistage précoce
Association «Saïda» de lutte contre le cancer : Premières Journées de sensibilisation à la prévention du cancer du sein
Publié dans La Presse de Tunisie le 01 - 12 - 2010

• En Tunisie, le cancer du sein est le premier cancer qui touche la gent féminine. Il touche d'une manière significative les jeunes femmes âgées de moins de 35 ans
• Dans notre pays, ce cancer gagne 12.000 nouveaux cas par an. Et l'on prévoit que ce nombre atteindra à l'horizon 2024 les 20.000
• Grâce au dépistage précoce, la survie est plus garantie. Le cancer du sein peut être converti en une maladie chronique
L'Association «Saïda» de lutte contre le cancer a organisé hier à Tunis une journée de sensibilisation à la prévention du cancer du sein. Cette journée, placée sous le haut patronage de Mme Leïla Ben Ali, présidente-fondatrice de ladite association et épouse du Chef de l'Etat, a permis à un grand nombre de scientifiques et de professeurs de traiter de l'épidémiologie du cancer tant à l'échelle nationale que celle internationale et des grandes avancées scientifiques à même de lutter contre cette maladie et de la convertir même en une simple maladie chronique.
Entamant le programme scientifique, le Pr Joseph Gligorof, cancérologue français, a axé son intervention sur les actualités thérapeutiques dans le traitement du cancer du sein. Le spécialiste français a entamé son allocution par une information positive. En effet, il a indiqué que la majorité des cas de cancers diagnostiqués précocement peut être traitée et guérie et ce, grâce aux grandes avancées en matière de thérapies. Il a souligné que, dans la zone méditerranéenne, les traitements généraux ont connu une amélioration significative tant sur le plan quantitatif que sur celui qualitatif. L'orateur a expliqué minutieusement que l'apport thérapeutique des traitements inhibiteurs et de la chimiothérapie adjuvante moderne ont permis à bon nombre de patientes de suivre des traitements moins agressifs et plus efficaces. Ces thérapies nouvelles diminuent, considérablement, le risque de rechute. Administrées comme traitement adjuvant post-opératoire, elles permettent une meilleure survie de la patiente. L'accès, selon l'orateur, aux traitements innovants et spécifiques pour une patiente en phase de métastase est à même de lui assurer une meilleure survie; chose qui n'était pas possible il y a quelques années. «Aujourd'hui, certaines patientes peuvent vivre avec le cancer jusqu'à dix ans, ce qui confère à cette maladie un aspect chronique et donc moins fatal. Avouons que de nos jours, avoir un cancer du sein s'avère moins grave qu'une insuffisance cardiaque», fait remarquer le Pr Gligorof. L'espoir est possible même pour les cas les plus graves, ceux sans doute de la population triple négative.
Faire face aux cancers négligés
De son côté, le Pr. Khaled Rahal, cancérologue, a dressé l'état des lieux du cancer du sein en Tunisie et dans le monde. A l'échelle mondiale, et selon les chiffres relatifs à l'année 2008, le cancer du sein attaque plus de 12 millions de femmes et en tue environ 8 millions. Il est classé deuxième en termes de gravité et de fréquence après le cancer des poumons.
En Tunisie, l'on enregistre 12.000 nouveaux cas par an et l'on estime que ce nombre croîtra pour atteindre les 20 mille à l'horizon 2024. L'incidence dans notre pays se rapproche celle relevée dans les pays du Maghreb mais elle est nettement moins importante par rapport aux pays de la rive nord de la Méditerranée. «Toutefois, indique l'orateur, l'on s'attend à une augmentation de l'incidence et ce, en raison de bon nombre de facteurs tels que le vieillissement de la population, l'augmentation de l'espérance de vie, le recul du mariage et donc de la vie reproductive ainsi que les mauvaises habitudes alimentaires». Le professeur indique qu'en Tunisie, 28,3 sur 100.000 femmes ont un cancer du sein. Ce cancer est classé premier chez la femme. Il est suivi du cancer de la peau et du col utérin. Ce qui est alarmant, c'est que 25% des femmes atteintes ne sont pas diagnostiquées précocement et 20% des femmes diagnostiquées sont en phase de métastase. D'après une étude réalisée au sein de l'Institut Salah Azaïez, le nombre de nouveaux cas de cancer du sein a carrément doublé de 1994 à 2004. Le taux du cancer du sein chez les femmes âgées de moins de 35 ans s'avère très élevé par rapport aux autres pays, il compte en effet 10,6% des cas. Il ya lieu de noter que, par ailleurs, que le délai moyen de consultation a beaucoup évolué pour s'arrêter à six mois actuellement. La taille tumorale a baissé pour atteindre 39 millimètres contre 63,5 millimètres dans les années 70. Les cancers inflammatoires ont également chuté. Toutefois, le problème qui perdure est que certaines femmes sont récalcitrantes à déclarer et traiter précocement leur cancer. Usant d'un système de choc, l'orateur a projeté des diapositives de cancers du sein négligés afin de sensibiliser l'assistance quant au dépistage précoce.
Problème de déni : une mentalité à changer
Pour sa part, Dr Lilia Kribi, cancérologue, a présenté les résultats d'une étude réalisée dans le cadre du planning familial sur une population cible pour cerner l'approche appropriée à la diffusion de la culture du dépistage précoce du cancer du sein. L'étude a été entamée en 1998 et a pris fin en 2003. «L'idée consiste, pour ce qui est du dépistage précoce, en le tamisage ou le tri d'une population saine et d'une population atteinte. La technique de l'autopalpation s'est avérée inefficace à cause de la petitesse de la taille de certaines tumeurs», indique l'oratrice. La démarche consiste en l'organisation de deux tours de dépistage. Des techniques comme la mammographie, l'examen clinique ou encore l'échographie ont été utilisés d'une manière périodique. Cette démarche a permis de réduire le nombre des tests positifs. Le second tour du dépistage a permis de déceler certains cas de cancers invasifs, ce qui prouve l'efficacité d'un bon filtrage de la population cible. L'oratrice indique, cependant, que le taux de participation des femmes à cette étude a été en deçà des espérances. Certaines, se doutant d'un éventuel cancer du sein, ont stoppé l'expérience et ont interrompu le contrôle. D'où l'indispensable focalisation sur la sensibilisation de la population féminine.


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