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Connaissance de soi et transition démocratique
opinions
Publié dans La Presse de Tunisie le 11 - 03 - 2011


Par Emna Belhaj Yahia
Le sursaut populaire et le formidable élan de la jeunesse ont fait tomber une dictature rapace. Un miracle s'est produit auquel les personnes de ma génération n'espéraient pas pouvoir assister de leur vivant. Cet immense cadeau qui nous a été offert ouvre devant nous de nouvelles perspectives. Il nous place dans une situation où chacun se sent concerné par ce qui va se passer dans notre vie collective. Il est donc absolument normal que les politiques s'expriment, s'activent, agissent, puisque le Tunisien doit passer du statut de sujet à celui de citoyen et, pour cela, il doit apprendre les règles du fonctionnement démocratique et les normes qui régissent la vie publique dans un contexte de justice et de liberté.
Mais, si la place est exclusivement occupée par le discours politique, il est difficile d'imaginer une transition effective vers la démocratie. Car celle-ci n'est pas uniquement affaire de lois électorales, de création de partis et d'associations, de campagnes en faveur de tel ou tel programme, de négociations entre formations politiques.
Elle est aussi apprentissage du vivre ensemble, ce qui suppose la connaissance de soi et de l'autre. Or, il n'est pas facile d'avancer dans cette connaissance. Les peuples libres et souverains sont ceux auxquels une marche longue et soutenue vers l'élaboration d'une réelle expression de soi a permis d'accéder à cette connaissance spécifique.
Elle leur a donné l'occasion de se découvrir, de se regarder dans les yeux, d'éclairer les traits de leur personnalité, d'en suivre les modifications dans l'espace et dans le temps, de pénétrer au plus profond de leur âme, de dire leur vécu dans ce qu'il a de plus subtil, de plus apparent et de plus caché. Et, ce faisant, ils ont livré aux hommes, c'est-à-dire à nous tous, à travers leur art, leur littérature, un patrimoine sans lequel on ne comprendrait rien à l'humain, et sans lequel on ne comprendrait rien non plus à l'édification de la démocratie.
Ce travail-là, les peuples le font nécessairement, à des degrés divers, au cours de leur histoire. Aujourd'hui, étant donné la situation qui est la nôtre, je ne dirais pas qu'il devient plus important, mais que, plus que jamais, il revêt du sens et répond à un besoin : rendre possible et enrichissant le vivre ensemble, dans la liberté. Ce n'est pas une tâche dont peut se charger le discours politique. C'est plutôt un travail d'approfondissement, d'interrogation sur soi que la collectivité peut mener à bien si elle se donne les moyens de penser ce qui se produit en son sein comme accumulation de phénomènes. Cette tâche fondamentale n'a été jusque-là accomplie, chez nous, que d'une manière timide et partielle, pour des raisons multiples. Une des raisons est liée au système éducatif qui n'a cessé de se délabrer, mais le système politique aussi est lourdement responsable, autant par son despotisme que par l'arrivisme, l'affairisme et le culte de la médiocrité qu'il a su instaurer. Les dégâts sont énormes et les retombées multiples. Des pans entiers du corps social sont touchés et personne ne pourra effacer tout cela d'un coup de baguette magique.
Il ne faut pas croire qu'on peut aspirer à une organisation démocratique de la vie collective sans accomplir cette tâche, sans essayer d'aller le plus loin possible dans ce travail sur nous-mêmes, sur nos vérités intérieures, nos postulats, les mécanismes enfouis selon lesquels nous fonctionnons, les valeurs qui commandent à nos gestes et attitudes, les visions que nous partageons avec les nôtres pour ce qui touche au droit et au non-droit, au bonheur, à l'amour, au sacré, à la façon d'appréhender l'inconnu, d'affronter angoisses et peurs insondables. C'est tout cela, et bien plus encore, qu'il faudra sonder. Cette construction mentale sur laquelle s'appuie notre vécu, que nous ignorons en grande partie, et sur laquelle il faudra apprendre à s'interroger, avec le maximum de lumière, de sincérité et de beauté.
Il m'est avis que dans notre contexte actuel, l'art, la littérature, la culture en général vont devoir jouer un rôle de premier plan. Parce qu'ils sont l'expression de la singularité, ils peuvent introduire le sens du relatif. Ils rappellent chacun à ses propres limites. Confondue dans le « nous », la personne se croit toute puissante, aussi puissante et absolue que la foule dans laquelle elle se fond. Or, le sens du relatif est primordial en démocratie. Sans lui, nul ne peut admettre, au fond de lui-même, l'existence de l'autre et la possibilité pour cet autre de vivre sans entraves, avec exactement les mêmes droits.
Parce qu'elle est l'expression d'un « je » dans ce qu'il a d'unique, la littérature est une initiation à l'altérité. Elle est surtout un antidote efficace contre l'unanimisme, ce mal pernicieux. Autant, en ce moment crucial, nous avons besoin, en politique, d'un consensus qui nous unit autour de valeurs citoyennes, autant nous avons besoin, en littérature, de voix singulières qui expriment ce que chaque individu a d'original, de particulier et d'inclassable. Nous nous initions ainsi à l'humain. Mais nous découvrons aussi, par la même occasion, autre chose qui nous importe aujourd'hui au plus haut point: le fait qu'aucun de nous ne constitue un modèle d'humanité privilégiée ou plus digne d'être représentative de l'humain – et que par conséquent, seul le respect de la liberté et de la différence nous permet de nous enrichir les uns des autres.
C'est souvent dans les œuvres littéraires et artistiques qu'on apprend la relativité, le doute, l'humilité intellectuelle, l'écoute. Et je ne crois pas que notre société puisse réussir sa transition démocratique sans ces valeurs-là, ni qu'elle puisse faire l'économie de cet apprentissage. Il s'agit d'une propédeutique globale où le politique n'est pas le seul à devoir jouer un rôle. A ses côtés, l'artiste, l'écrivain doivent faire leur travail, qui obéit à d'autres règles. Ce n'est pas un discours politique supplémentaire qu'on attend d'eux mais l'émergence de figures, de destins, d'univers qui disent notre expérience de l'individuel et du collectif dans ce qu'elle a d'universel.


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