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Ahmed Charni, un entraîneur comblé
Hippodrome de Kassar-Saïd :
Publié dans La Presse de Tunisie le 03 - 07 - 2011

Ahmed Charni, plus connu sous le nom de «H'mida», est un entraîneur comblé. A la tête de l'effectif du haras Meddeb, il a terminé le meeting 2010, largement tête de liste avec 67 victoires, pour la plupart acquises dans des épreuves classiques. Et «cerise sur le gâteau», il a réussi pour la seconde année consécutive à remporter les deux «Grand Prix» de pur sang arabes avec (Ashkalani) et anglais (les quatre premières places avec High Hope suivi de High School, Next Time et Sohar). Pareille consécration méritait qu'on aille à la rencontre de ce professionnel au talent incontestable.
Revenons tout d'abord sur ce nouvel exploit dans les deux «Grand Prix» de pur-sang arabes et anglais. Vos élèves sont-ils bien meilleurs que les autres ou l'opposition était trop faible ?
Si mes élèves ont gagné, c'est qu'ils étaient les meilleurs, n'est-ce pas ? (avec un sourire malicieux…). C'est la logique du sport. Il y a aussi le facteur chance qu'il ne faut pas sous-estimer. Dans ma longue carrière, j'ai vécu à maintes reprises la défaite de grands favoris pour de petits détails, par malchance… Le Haras Meddeb est depuis une vingtaine d'années le premier éleveur du pays, quantitativement et qualitativement. Le nombre est un facteur important en matière d'élevage, car il permet d'effectuer une sélection des meilleures souches. Je dispose donc d'un effectif important et de qualité. Je me dois donc de réaliser de bons résultats. C'est mon 7e Grand Prix depuis ma première victoire avec Tayssir en 1970…puis Heil (1979), Nadhem (1985), Okba (1986), Sakhi (2008), Zahir (2010).
On sent un certain désabusement chez vos concurrents… Ils ne peuvent pas lutter contre une écurie aussi riche et importante, c'est un peu David contre Goliath…
Il ne faudrait pas raisonner de la sorte. Les courses ne sont pas une science exacte et c'est ce qui fait leur beauté ! En travaillant sérieusement un petit éleveur peut avoir la chance de produire un champion. Cela tient à une combinaison génétique, une sorte de loto ! A titre d'exemple Bechir Kammoun a eu la chance de tomber sur une poulinière d'exception Ichara qui lui a produit plusieurs champions Akermi, Ghandi Regueb, idem pour Sami Torgeman avec Ismaouni (Tarek, Zembra, Cheikh El Arab, Dayjur…), les Baccouri avec Dhamra (Maysoun, Taki..) Abdelkrim Ben Jerad avec Beldia (Tyn, Ammour)…M. Hamdi Meddeb a consenti de gros investissements en matière d'achats de poulinières et d'étalons. Il a mis à niveau son haras selon les normes internationales. Ces succès sont en quelque sorte les fruits de ce travail important. Cette suprématie incontestable devrait au contraire inciter les propriétaires et les éleveurs à redoubler d'efforts pour relever le défi. A cet effet, je constate avec plaisir que la famille hippique s'est agrandie avec l'arrivée de plusieurs jeunes propriétaires et éleveurs passionnés et enthousiastes. Pour revenir aux courses, en pur sang anglais , il n'y avait pas , à vrai dire, de réelle concurrence. Côté pur sang arabes, j'ai eu la chance cette année de disposer d'une dizaine de poulains. J'ai ménagé leur carrière. Ils ont été bien affûtés par la suite et présentés au top de leur forme pour le Grand Prix qui était mon principal objectif.
Parlez-nous un peu de vos principaux pensionnaires…
J'avais onze produits de pur sang anglais. Je pense les avoir exploité au mieux, en les faisant tourner en compétition pour respecter les délais de récupération et leur éviter les problèmes osseux ou tendineux. High Hope a montré assez tôt ses bonnes dispositions. Je l'ai débuté en automne et il a aligné quatre succès consécutifs dont le Critérium des 2 ans devant Next Time un pur né et élevé par Nestor que je considère comme le meilleur poulain que j'ai entraîné. Classical Girl a également débuté victorieusement en octobre. C'est ma meilleure pouliche. Honey Moon, High School, Irish Well et Sohar ont débuté à 3 ans. High School a remporté trois victoires consécutives et a livré une très belle course dans le dernier Grand Prix intergénération en terminant honorablement second de Midnight Demon que je considère comme un excellent cheval.
Chez les pur-sang arabes, j'ai disposé d'un bon lot de poulains : Aboucharouane qui s'est distingué d'entrée au mois d'octobre par une large victoire dans le Prix Ibn Khaldoun (Gr II – 1.600 m). C'était la troisième victoire consécutive de sa carrière. C'était un de mes premiers espoirs, mais il a eu par la suite des problèmes de santé liés à sa croissance qui m'ont contraint à le retirer momentanément. Bien né par Hajjam et Jenet Loubnan, une fille de Baggdad, Ashkalani a montré à l'entraînement de bonnes aptitudes. Il a débuté au mois de février en gagnant sur 1.400 m. Il termina sa carrière printanière de 3 ans (3 sorties) par une seconde place derrière l'invaincu Alwaad Essadek. Durant l'automne, il disputa cinq épreuves avec une seconde place puis une victoire sur 2.000 m, confirmant ainsi sa tenue sur la distance. Il entama l'année 2011 de façon prometteuse avec trois victoires consécutives, mais il a déçu dans le Prix d'Essai où il termina au 5ème rang. C'était une fausse course. Il m'a étonné le jour du Grand Prix par sa détermination, sa ténacité, son courage. Il faut rendre aussi hommage au jockey Raphaël Marchelli qui s'est déchaîné comme un diable dans la lutte finale ! A un degré moindre, deux poulains m'ont donné de belles satisfactions : Assariy'a et Aykallem qui vient de gagner à 2 reprises avec son nouveau propriétaire libyen et chez les «orientaux» Assabouk. Chez les chevaux d'âge, Zed Errakeb a réussi son retour en compétition et a remporté trois courses. Tashkandi a effectué à son niveau un bon meeting.
Et vos 3 ans ?
Je dispose d'un très bon poulain Benzarti un fils de Dormane et Jenet Loubnan et donc frère utérin d'Ashkalani, au gabarit impressionnant et doté de gros moyens. Il s'est d'entrée distingué par deux larges victoires. Je pense qu'il ira loin. Bordj Lamri a fini deux fois 3e et il est capable de mieux. Bahjet Landhar (Dormane et Mabrouka Yasser) a gagné une course. Les pouliches ont été ménagées et débuteront l'automne prochain.
Et la relève ?
J'ai reçu à l'écurie dix pur sang anglais nés et élevés, dont deux «ventre-mère» et quatorze pur sang arabe, notamment des poulains issus de Kerbella, Dormane, Dahess..du bon matériel ! . M. Hamdi Meddeb a acheté aux ventes de Sidi Thabet quatre produits dont Chabab Al Badr (Dahess et Echabba) frère utérin de Zinjiyat Al Badr.
Le trio vainqueur du Grand Prix du Président de la République 2010 n'a plus été revu ?
Effectivement, le programme des courses n'est pas bien étudié et pousse les entraîneurs à courir à des échéances très rapprochées. Un poulain ne doit pas courir plus de cinq à six fois par an. La plupart des poulains disputent huit à dix courses, parfois plus. A la fin de leur année de quatre ans, ils sont usés. Rares sont les chevaux qui font une longue carrière jusqu'à 6 ou 7 ans. Zahir a été victime d'une fêlure, Zayyek souffre de raideur et Zehek est barré par les gains et les engagements ne lui sont pas favorables.
Les courses de pur sang anglais sont depuis plusieurs années dégarnies. Les éleveurs de cette race se font rares. Le futur de la catégorie semble menacé…
L'élevage du pur-sang anglais nécessite de gros moyens et une certaine technicité. C'est un animal délicat. Nous n'avons pas les herbages de Normandie ou d'Irlande et il faut compenser ce déficit par des compléments alimentaires et des soins particuliers. Les trois ou quatre mois d'été sont également très éprouvants. Malgré tous ces aléas, nous avons eu d'excellents nés et élevés qui rivalisaient avec les importés, comme Azur, Claudia, lady Ann, Isabelle, Italo ou Tadanka une fille de Kahyasi que j'ai eu le plaisir d'entraîner. Malheureusement pour différentes raisons et en particulier économiques, plusieurs éleveurs ont depuis une vingtaine d'années réduit leur effectif ou se sont retirés de la scène. Les exportations massives vers la Libye ont largement contribué à cette réduction de l'effectif. Mais ces deux dernières années, des efforts notables ont été accomplis. Plusieurs propriétaires ont profité de la crise économique en Europe pour acquérir des poulinières pleines. L'année prochaine le nombre de produits devrait sensiblement augmenter et je m'en réjouis. Les courses pour «importés» ont également permis d'importer plusieurs femelles qui devraient renforcer l'effectif des poulinières.
Le programme des courses pour «importés» semble contesté par de nombreux propriétaires et éleveurs. Votre avis sur la question ?
L'introduction des courses pour «importés» est à mon avis une bonne chose. Elle a incontestablement amélioré le spectacle et créé une dynamique avec l'arrivée de nouveaux propriétaires. Il est vrai que les chevaux importés ne sont pas d'une grande classe, mais les allocations offertes ne sont pas non plus suffisamment attrayantes. Dans l'ensemble l'action est positive. Une bonne partie des chevaux importés sont des femelles qui devraient être recyclées dans l'élevage.


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