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Bilan et réflexions sur un meeting exceptionnel
Courses - Ahmed Charni, entraîneur du Haras Meddeb :
Publié dans La Presse de Tunisie le 11 - 07 - 2010

Ahmed Charni, plus connu sous le nom de H'mida, est un entraîneur comblé. A la tête de l'effectif du Haras Meddeb, il vient en effet de terminer le meeting 2009/2010, largement tête de liste avec 67 victoires, pour la plupart acquises dans des épreuves classiques. Et «cerise sur le gâteau», il a réussi un exploit retentissant en s'adjugeant les trois premières places du Grand Prix du Président de la République et du Grand Prix du 7 Novembre. Pareille consécration méritait qu'on aille à la rencontre de ce professionnel au talent incontestable. C'est tranquillement en fin de matinée à l'hippodrome de Kassar-Said, à l'ombre d'un caroubier, que nous avons engagé cette interview.
Revenons tout d'abord sur cet exploit dans les deux «Grand Prix» de pur sang arabes et anglais. Vos élèves sont-ils bien meilleurs que les autres où l'opposition était trop faible?
Le Haras Meddeb est le premier éleveur du pays, quantitativement et qualitativement. Le nombre est un facteur important en matière d'élevage, car il permet d'effectuer différentes combinaisons génétiques et une sélection des meilleures souches. Je dispose donc d'un effectif important et de qualité. Le travail de l'entraîneur est de déterminer la valeur de chaque produit pour le faire évoluer dans les meilleures conditions dans sa catégorie. C'est la clef de la réussite. Pour répondre à votre question, côté pur sang anglais, il n'y avait pas de réelle concurrence. Le Haras Meddeb a depuis une vingtaine d'années beaucoup investi dans l'achat de poulinières pleines d'étalons de renom. C'est la meilleure jumenterie du pays. Les éleveurs de pur sang anglais n'ont pas suivi et l'écart s'est creusé. C'est ce qui explique l'hégémonie du Haras Meddeb. Côté pur sang arabes, j'ai eu la chance cette année de disposer de plusieurs sujets de qualité, acquis par le Haras Meddeb. Nous avons gagné la plupart des semi classiques. Le meilleur de mes poulains Zed Errakeb, invaincu en quatre sorties, n'a pas pu malheureusement prendre part au Grand Prix pour des raisons de santé. Ses dauphins Zahek et Zayyek ont été battus (3ème et 4ème) dans l'épreuve préparatoire à trois semaines du grand rendez-vous. Ils avaient des problèmes osseux dus à leur croissance tardive et je n'avais pas voulu les forcer au travail. Ils ont été bien affûtés par la suite et présentés au top de leur forme pour le Grand Prix.
Les jockeys ont suivi les ordres et bien accompli leur tâche. C'est ainsi que ce formidable succès a été bâti et auquel je tiens à associer toute l'équipe de l'écurie. Il est vrai que l'opposition n' a pas été aussi vivace que l'on croyait.
Les courses de pur sang anglais n'ont jamais été aussi dégarnies. Les éleveurs de cette race se font rares. Le futur de la catégorie semble menacé…
L'élevage du pur sang anglais nécessite de gros moyens et une certaine technicité. C'est un animal délicat. Plusieurs éleveurs ont réduit leur effectif ou se sont retirés de la scène. Depuis une dizaine d'années, les exportations massives vers la Libye ont largement contribué à cette réduction de l'effectif. J'espère que c'est un passage à vide et que des efforts vont être consentis pour étoffer l'effectif. Aux dernières nouvelles plusieurs propriétaires ont acquis cet hiver des poulinières pleines, mais j'espère qu'ils ne vont pas succomber aux généreuses offres libyennes!
Les nés et élevés des années 60 à 80, affrontaient souvent avec succès les importés. Pourquoi nous ne voyons plus de nés et élevés dans les courses réservées aux importés, qui sont pourtant bien dotées?
La qualité des nés et élevés d'antan était incontestablement meilleure. Les Azur, Claudia, Bralon, Italo, Bossalanda…étaient capables de rivaliser avec les importés, avec les 5 kg de décharge. Et c'étaient des importés d'une autre classe que ceux d'aujourd'hui ! Le Haras Meddeb a produit quelques nés et élevés de qualité comme Le Germanique, Tadenka, Nestor… qui avaient suffisamment de classe pour affronter des importés, mais il n'y avait pas de programme pour cette catégorie à l'époque.
Actuellement le nombre des nés et élevés est tellement réduit, une vingtaine de chevaux tout au plus. Il est tout à fait logique de réserver ces chevaux au programme qui leur est consacré. Pourquoi prendre des risques inutiles ?
Le programme des courses pour importés semble contesté par de nombreux propriétaires et éleveurs. Votre avis sur la question?
L'introduction des courses pour «importés» est à mon avis une bonne chose. Elle a amélioré le spectacle et créé une dynamique avec l'arrivée de nouveaux propriétaires, notamment des Libyens qui disposent désormais de casaques tunisiennes. Une course à 20 partants, le jour du Grand Prix, en est la meilleure illustration. Il est vrai que les chevaux importés ne sont pas d'une grande classe. Les allocations offertes ne sont pas non plus suffisamment attrayantes. Mais dans l'ensemble l'action est positive. Une bonne partie des chevaux importés, en majorité des femelles, va être recyclée dans l'élevage.
Parlons un peu du pur sang arabe. L'ouverture depuis une dizaine d'années du stud book et l'introduction des souches étrangères a modifié la donne. Qu'en pensez-vous ?
L'ouverture du stud book aux souches étrangères était une nécessité. On ne peut pas vivre en vase clos. Ces souches étrangères étaient contestées dans les années 80/90, mais elles ont fini par être reconnues et adoptées par l'ensemble des pays. Cette ouverture devrait nous permettre de rejoindre le peloton des pays qui se sont taillés une réputation dans les courses de pur sang arabe.
Y a-t-il eu une réelle amélioration de notre effectif ?
A vrai dire non. Un bon cheval oriental, un Akermi ou un Halim, aurait rivalisé avec les meilleurs chevaux actuels. A Oman, j'ai battu les meilleurs chevaux occidentaux avec un pur tunisien, issu de Mahraja et Iskila par Azem. Avec Al Wajih (Mahraja et Nabeul) j'ai remporté plusieurs courses à Oman, Abu Dhabi et même à Toulouse.
Nos produits se sont éloignés du modèle, mais ils ont gagné en taille et en gabarit, mais pas de manière suffisante. Sur ce plan physique, les chevaux européens restent supérieurs. C'est une question de climat, d'alimentation, d'herbages…Notre pur sang arabe tunisien était plein de vitalité et généreux à l'effort. Les produits issus des lignées françaises sont plus froids, plus caractériels. Ils sont moins précoces et arrivent à maturité à 5 ans. On peut les exploiter jusqu'à 7 ou 8 ans.
Que pensez-vous de la nouvelle formule du Grand Prix pour les 4 ans ?
Le Grand Prix, derby des 3 ans avait un certain charme, avec ses effets de surprise. Mais la nouvelle formule pour 4 ans a de nombreux avantages. Elle permet aux chevaux d'apprendre progressivement leur métier de coursier. La hiérarchie de la catégorie a le temps nécessaire de s'établir. Elle est à l'avantage des meilleurs chevaux.
Les problèmes rencontrés par les entraîneurs dans l'exercice de leur tâche ?
En premier lieu la piste qui laisse à désirer. En surface il n'y a qu'une petite couche de sable et en galopant les chevaux appuient sur du dur. Les articulations et les tendons sont de ce fait très sollicités. C'est la raison pour laquelle on a beaucoup de problèmes articulaires et de casse. Nous sommes obligés d'aller travailler nos chevaux sur le bord de mer. Le sable actuel blesse les chevaux et leur occasionne des crevasses qui mettent du temps à cicatriser. Il faudrait du sable de mer. La piste est l'élément primordial dans un hippodrome. A cet effet, il faudrait envisager la réalisation d'une piste fibrée et en parallèle aménager une vraie piste d'entraînement.
L'investissement est sans doute important, mais absolument nécessaire. Les entraîneurs travaillent souvent dans des conditions difficiles. Ils manquent de moyens. Leur travail particulièrement pénible est mal rétribué. C'est un métier très ingrat.
En quarante ans de carrière, quels sont les meilleurs chevaux que vous avez entraînés ?
Chez les pur sang arabes, Tayssir pour lequel j'ai une affection particulière. C'était un petit cheval mais en courses il était phénoménal. Chez les pur sang anglais, Mondino un cheval classique, sans doute l'un des meilleurs importés.
Le mot de la fin ?
J'estime avoir eu de la chance de travailler avec Mr Hamdi Meddeb, qui met à ma disposition toutes les conditions nécessaires pour réussir. Je suis honoré de sa confiance. La formidable consécration de cette année n'est que juste récompense pour tous les efforts qu'il consent tant au niveau de l'élevage que de l'écurie.
A ce sujet, il semble pourtant que Mr Hamdi Meddeb se soit éloigné des courses depuis qu'il préside aux destinées de l'Espérance?
Malgré un emploi du temps extrêmement chargé et les nombreux soucis que lui occasionne sa présidence de l'Espérance, Mr Hamdi Meddeb suit de très près ses activités hippiques. Nous sommes régulièrement en contact. Heureusement que le championnat s'est achevé assez tôt et qu'il a pu ainsi vivre intensément le triomphe de ses couleurs le jour du Grand Prix. Pour conclure, l'élevage et les courses tunisiennes ont besoin de se faire connaître. Un effort médiatique et de promotion doit être entrepris pour la relance de ce secteur traditionnel de notre agriculture.


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