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La réalité et le point de vue
L'entretien du lundi : Adel Khoudai, cinéaste

Très peu de gens le connaissent, du moins les plus importants du domaine du cinéma. Pourtant, Adel Khoudai n'a jamais chômé. Avant même de gagner, en 1987, le concours d'entrée à l'Insas (Institut national des arts du spectacle et techniques de diffusion, Bruxelles), il a commencé à apprendre les bases du métier de cinéaste en faisant un stage sous le regard de Mika Ben Miled à l'époque du montage de L'homme de cendres, premier long métrage de Nouri Bouzid, puis sur Caméra arabe, le film documentaire de Férid Boughedir, avec la réalisatrice-monteuse Moufida Tlatli.
Après les quatre années d'études à l'Insas dont la principale orientation tournait autour de «la réalité et le point de vue», Adel part en France dans le but d'y faire sa vie. En attendant de tomber sur le bon projet, il réalise un court métrage avec sa compagne de l'époque, puis répond à la demande de feu Ahmed Bahaeddine Atia, qui était producteur exécutif sur Warda, un feuilleton télévisé écrit par Hichem Ben Gamra et réalisé par Hamadi Arafa. C'est ainsi que le jeune ressortissant commence une belle carrière de premier assistant. Il enchaîne par la suite de l'assistanat à la mise en scène auprès de Moufida Tlatli sur son célèbre premier film Le silence des palais. En juillet 1994, la vie de Adel prend un nouveau tournant. Il intègre Orbit Network, un réseau de radios et de télévisions installé à Rome, connu pour avoir été le premier dans le monde à faire l'expérience du numérique. Assurant le poste de réalisateur-producteur dans l'une des chaînes Orbit, Adel apprend beaucoup sur le monde des médias et de la télévision. Mais ses quatorze années à Rome ne l'ont pas empêché d'interrompre parfois son travail pour aller respirer du cinéma ailleurs. Ahmed Rachedi, le producteur algérien, le sollicite pour être conseiller artistique sur le premier film saoudien du réalisateur Abdallah Al Mouhayssen, intitulé Les ombres du silence. Et ce fut le tour de Jean Chamoun de l'inviter au Liban pour être premier assistant sur son premier long métrage de fiction : Tayf el médina. Aujourd'hui, Adel se repose après trois ans de tournage continu d'une série de docu-fiction appelée De notre point de vue et qui met en images des lieux sacrés du monde, de la Tunisie jusqu'au fin fond de l'Asie. Mais que dire du personnage à part l'essentiel? Il a de nombreux points communs avec les artistes de sa génération. En premier lieu, un certain souci de rester à la marge. Adel est du genre à vouloir s'imprégner de l'atmosphère du lieu avant d'entamer n'importe quel boulot. Il attend souvent le moment le plus juste. Pendant les tournages, il se soumet à ses propres méthodes qui ne manquent pas de satisfaire ses employeurs. Sa créativité jaillit du travail et du nécessaire dépassement que le réalisateur attend de lui-même. Avant de dire ce qu'il pense, il s'entête à comprendre. Et dans la réalité confuse du pays en pleine révolution, Adel est comme Signoret dans La vie devant soi. Il peut laisser son corps dégueuler puisque son âme s'envole. Interview.
Lorsque vous parlez de l'histoire avec un grand «H», on sent chez vous une certaine amertume, pourquoi?
Il y a eu beaucoup de gâchis dans l'histoire de notre pays. On accorde rarement l'attention et l'importance qu'il faut aux institutions et aux hommes qui ont fait la Tunisie. J'ai fait mes études secondaires au Collège Sadiki, et j'ai toujours été impressionné par son architecture authentique. J'imaginais tous ces militants, ces hommes politiques et ces acteurs culturels qui sont passés par là. Pourtant, cette institution, bien que célèbre, n'a pas eu le statut qu'elle mérite. Ce collège qui a cent ans, mériterait d'avoir la réputation de l'université de Yale ou de Harvard...
Depuis quand est née cette passion pour le cinéma?
Depuis toujours. Depuis les salles de cinéma des quartiers qui n'existent plus. Après le Bac, ayant obtenu une bourse d'études à l'étranger, j'ai dû interrompre mes études à la faculté de Droit pour partir à l'étranger. Mais je ne regrette pas ces deux années où j'ai appris ce que c'est que le droit et le devoir. On devrait d'ailleurs enseigner ça à l'école primaire...
Comment était l'expérience à l'Insas?
C'était une expérience très enrichissante. Il y avait un melting pot de nationalités qui nous plongeait déjà dans la diversité culturelle. Et puis nous avons eu des professeurs importants qui nous ont beaucoup appris sur le cinéma et surtout sur le développement de notre propre point de vue sur le monde. «Réalité et point de vue» était d'ailleurs la principale orientation de l'Insas.
La réalisation était-elle votre choix depuis le début?
Absolument. Je voulais cette spécialité avant même de gagner le concours où j'ai été en tête de liste. Mais à l'Insas, on devait passer par tous les départements : scénario, production, réalisation et montage, qui était une partie intégrante du programme.
Qu'est-ce qui fait qu'après l'Insas, vous vous êtes retrouvé en train de faire de la télévision à Rome?
Pour des raisons personnelles, je voulais quitter Paris où je suis allé m'installer après avoir fini mes études à Bruxelles. Orbit Network, ce réseau de radios et de télévision à Rome, était l'occasion ou jamais. Et puis le poste qu'on m'avait proposé me correspondait parfaitement. Au lieu de quitter Orbit au bout d'une année, je suis resté 14 ans.
Quatorze ans c'est long. Comment avez-vous pu tenir sans faire de cinéma?
Vous savez, le temps passe vite, surtout lorsqu'on est occupé. Et puis je n'avais pas à me plaindre, Rome est une ville très agréable qu'on adopte facilement et tout de suite. J'y ai construit toute une vie. Je me suis marié et j'ai eu une fille... Rome a fini par devenir une partie de moi. Cela dit, c'est évident que le cinéma me manquait beaucoup. Mais en Italie, il n'y avait pas assez d'opportunités. Et comme je suis du genre à ne lâcher quelque chose qu'en étant sûr d'en avoir une autre à la place, je m'empêchais de claquer la porte et de partir à l'aventure. Je ne vous apprends rien en vous disant que dans une télévision, on finit par devenir «workoholic», accro au travail, ce n'est pas facile d'arrêter. Mais tout cela ne m'empêchait pas de prendre de temps en temps un congé pour aller faire du cinéma ailleurs.
Qu'avez-vous appris pendant cette période passée à la télévision?
Beaucoup de choses. Orbit était à l'avant-garde en matière de technologie. C'est là-bas que j'ai fait mon initiation au nouveau monde virtuel via Internet. On avait, dans ce Network, un type de communication et une gestion du travail qui n'existaient même pas à la RAI. Sur le plan rapports de travail, on fonctionnait à l'américaine. Plus on est performant, plus on est payé en conséquence. C'est le principe de la «méritocratie». C'était comme dans toutes les sociétés modernes où le travail est une valeur et un facteur d'intégration sociale...
Qu'est-ce que vous avez fait après avoir quitté Orbit?
J'ai eu une proposition d'Al Jazeera Children, celle de produire et de réaliser une série de documentaires où il s'agit de monuments historiques sacrés. J'ai dû tourner à Rome, Fès, Damas, Doha, Istanbul, Ouzbékistan, Kuala Lumpur, Masquât et Kairouan. J'ai également produit de petits films de 5mn sur l'Islam dans les pays de l'Asie mineure.
Qu'est-ce qui fait que vous n'avez pas encore réalisé un long métrage de fiction, comme la plupart de vos collègues?
Il y a quelques années, j'ai présenté un scénario à la commission d'aide à la production, pour lequel j'ai obtenu une aide à l'écriture, qui a été par la suite annulée pour des raisons que j'ignore encore.
C'était l'époque où la commission, elle -même, qui vous a accordé l'aide à l'écriture a été «dissoute». Qu'avez-vous ressenti?
Du dégoût, tout simplement. D'autant plus que j'ai été touché de très près.
Qu'est-ce qui vous a dégoûté?
La situation de la production en Tunisie qui n'est pas très saine. Même aujourd'hui, et après la révolution, les choses n'ont pas l'air d'avoir changé. On ne peut pas parler de cinéma national tant que le secteur n'est pas organisé... Il faudra rendre au producteur son propre statut. On nous a longtemps mis dans la tête l'idée du réalisateur-auteur qui, en réalité, a donné un bon nombre de réalisateurs- producteurs. Ce qui a dérangé le rôle effectif du producteur. Ce dernier s'est limité à l'exécution. Avez-vous déjà vu un producteur confier un scénario à un réalisateur pour le mettre en images, puis rentrer tranquillement chez lui? C'est généralement le réalisateur qui démarre le projet et le mène jusqu'au bout. Le producteur ne fait que suivre. Dans une réalité de production «normale», le producteur initie le projet et le prend en charge. Le réalisateur se consacre à sa tâche de créateur qui constitue déjà une lourde responsabilité. Mais le cinéma tunisien a quand même une particularité qui peut ne pas exister ailleurs. C'est le fait que les gens du domaine se connaissent et c'est grâce à ces rapports humains que notre cinéma a trouvé son juste milieu. Le plus important c'est d'avoir un certain esprit de travail qui anime le projet. Cela transparait dans l'image, et le public le ressent.
Comment imaginez-vous l'avenir du cinéma tunisien?
Je suis préoccupé par l'avenir de tout le pays et pas seulement du cinéma. C'est alarmant de voir des gens manifester contre un film qu'ils n'ont même pas vu. Je dirais même mieux : c'est inadmissible et inacceptable! Et dire que cela s'est passé dans la Tunisie de l'après-révolution! En matière de formation, il faudra désormais focaliser sur celle d'un public cinéphile. Et il grand temps de penser à des espaces de distribution dignes de ce nom. Les quelques salles qui restent sont situées dans des espaces publics qui deviennent «masculins» après une certaine heure... L'espace public devrait être mixte et sécurisé, à n'importe quel moment de la journée, mais cela dépend encore une fois d'une décision politique.
Vous avez l'air un peu gêné. Qu'est-ce qui se passe?
Curieusement, j'ai un peu honte de parler de problèmes de production, alors que d'autres ont du mal à trouver de quoi manger. Je n'aime pas l'idée d'être dans ma petite bulle, en train de défendre mes petits intérêts, tandis qu'il y a des gens qui font la grève de la faim, au Bardo, devant le siège de l'Assemblée constituante.
Voulez-vous dire que les problèmes du cinéma ou de la culture en général ne sont pas si urgents?
Maintenant, tout est urgent. Et une urgence en crée une autre. Mais la priorité des priorités, selon moi, est celle de satisfaire les besoins immédiats d'une grande majorité de Tunisiens qui souffrent du chômage et de la précarité. Ce qui demande une mobilisation générale. Cela étant dit, on ne vit pas que de nourriture, nous sommes des êtres culturels.
Question classique : quels sont vos projets?
Je préfère ne rien dire à propos des projets à venir. Je n'en parlerais que quand je serais sûr qu'ils verront le jour.
Qu'est-ce qui fait que vous ne soyez pas aussi sûr?
Cela s'est vérifié par le passé. J'ai tenté des projets qui ont été avortés, parfois même pour des raisons futiles. J'ai donc appris la leçon.
Et quelle était, au juste, cette leçon?
Parler peu et faire beaucoup, dans le silence.
Est-ce pour cela que vous n'êtes pas assez «médiatisé» et que peu de gens vous connaissent?
Il faut dire que je n'ai jamais cherché la médiatisation, alors que c'est un jeu que je connais parfaitement bien pour avoir moi-même travaillé dans les médias. La série de documentaires que j'ai réalisés a été diffusée sur des chaînes satellitaires que les Tunisiens pouvaient capter. Je n'ai jamais senti le besoin de la promouvoir.
Est-ce de la discrétion ou de la modestie?
C'est plutôt de la timidité. Et puis, je ne sens pas que j'ai fait grand-chose. Je n'ai fait que mener à bout un travail qui m'a donné satisfaction. Et je trouve que c'est indécent de parler de ses satisfactions.


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