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Mythe ou réalité ?
Opinions - La politique arabe de la France (1962 – 2012) (I)
Publié dans La Presse de Tunisie le 30 - 12 - 2011


Par Ezzeddine Ben Hamida*
Dans cette longue contribution, le Pr Ezzeddine Ben Hamida divise les dernières 50 années de la «politique arabe de la France» en trois parties : de 1962 à 1981, de 1981 à 1995 et de 1995 à 2012. Nous les publierons en autant de fois.
« La troisième réalité internationale, c'est la France » (De Gaulle, le 24 janvier 1963)
L'ancien Président Jacques Chirac (1995 – 2007) résumait, dans son discours à l'Université du Caire le 8 avril 1996, son approche, qui s'inscrit dans la continuité de la conception gaullienne, de la nature des relations entre la France et le monde arabe, ainsi : « La politique arabe de la France doit être une dimension essentielle de sa politique étrangère. Je souhaite lui donner un élan nouveau, dans la fidélité aux orientations voulues par son initiateur, le Général De Gaulle». «Tout nous commande, disait-il dès 1958, de reparaître au Caire, à Damas, à Amman et dans toutes les capitales de la région, comme nous sommes restés à Beyrouth : en amis et en coopérants».
Jacques Chirac avait souligné quatre grands principes autour desquels s'articule, de ce qui est convenu d'appeler donc, sous forme d'une sémantique partenariale, commerciale, du côté français, «la politique arabe de la France
1/ Dialoguer en partenaires égaux, qui s'apprécient et qui s'estiment ;
2/ Attachement de la France au droit des peuples à la libre détermination de leur destin ;
3/ Soutien aux aspirations des peuples arabes à la solidarité et à l'unité ;
4/ Appui de la France aux aspirations arabes à l'ouverture et à la paix.
Au-delà de ces principes généraux qui auraient pu être prononcés par Tony Blair, voire George Walker Bush, il convient de regarder les vraies motivations géoéconomiques, géomilitaires et par conséquent géopolitiques pour mieux cerner l'origine et la genèse de ce «concept» ! :
Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, la France était aux abois. Elle n'avait d'autre choix que d'organiser stratégiquement et intelligemment son retrait de ses colonies et de se retourner habilement vers son espace géographique et historique naturel. La décadence de l'empire étant en effet à un stade avancé, la France, en instaurant un partenariat privilégié avec les pays arabes a voulu contrebalancer le poids étouffant et désormais omniprésent des EU et l'ex-URSS. Le Général De Gaulle disait à Alain Peyrefitte, en marge du conseil des ministres, le 24 janvier 1963 (in C'était De Gaulle, Alain Peyrefitte, éd. De Fallois/Fayard, 1994, P.282) : «Voyez-vous, nous avons choisi de fonder notre politique sur les réalités et non sur les apparences. Or quelles sont les réalités ? D'abord, l'Amérique. C'est un pays en expansion, qui cherche à maintenir et à confirmer son hégémonie en Occident. (...) les Anglais seront le cheval de Troie en Europe. (...) Quelle est la deuxième réalité internationale ? La Russie. En pratique, elle a sans doute renoncé à diriger le monde et comprend que son heure est passée. Mais elle ne veut pas être bouffée et elle a raison. Et quelle est la troisième réalité internationale ? C'est la France. Nous sommes en ce moment les seuls, en dehors des Américains et des Russes, à avoir une ambiance nationale, à nous y tenir et à avoir le courage de le dire».
En premier lieu, la France, plus précisément De Gaulle, a commencé par concéder aux Algériens leur indépendance. Le retrait de la France de l'Algérie n'est pas un acte de bienfaisance et encore moins de charité chrétienne mais parce que les Algériens se sont battus avec bravoure, détermination et un courage hors du commun – une des grandes révolutions contre l'occupant du siècle précédent — mais aussi parce qu'il y avait un danger absolu et imminent d'ordre démographique sur la France. De Gaulle, contrairement à son entourage, grâce à son intelligence, sa perspicacité et sa lucidité, dès 1959, disait « L'intégration (des Algériens), c'est une entourloupe pour permettre que les musulmans, qui sont majoritaires en Algérie à dix contre 1, se retrouvent minoritaires dans la République française à un contre cinq. C'est un tour de passe-passe puéril ! On s'imagine qu'on pourra prendre les Algériens avec cet attrape-couillons ? Avez-vous songé que les Arabes se multiplieront par cinq puis par dix, pendant que la population française restera presque stationnaire ? Il y aurait deux cents, puis quatre cents députés arabes à Paris ? Vous voyez un président arabe à l'Elysée ? ». (P. 56). Plus loin (P.57), pour convaincre ses détracteurs, De Gaulle soulignait le coût exorbitant que coûterait l'intégration de l'Algérie à la France : « (...) Tâchez de leur faire comprendre, car ils ne comprennent que le langage des chiffres, qu'il vaut mieux pour la France une Algérie algérienne au sein de la communauté, qu'une Algérie française au sein de la France, qui nous mettrait à plat pour toujours ! Le maintien des départements algériens dans la France nous coûterait non seulement un grave préjudice moral dans le monde, mais un effort ruineux ! Ce serait le tonneau des Danaïdes ! ». Mieux encore, le Général n'avait de cesse de souligner sa conviction de l'absurdité et du ridicule de la thèse de l'intégration ; il disait « Si nous faisions l'intégration, si tous les Arabes et Berbères d'Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherait-on de venir s'installer en métropole, alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? Mon village ne s'appellerait plus Colombey-les-Deux-Eglises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées ! ». Inutile de faire les commentaires des propos de De Gaulle, ils sont suffisamment explicites. Il était donc résolu à rendre l'Algérie aux Algériens.
En second lieu, De Gaulle avait une certaine « idée de la France » — comme il aimait bien le dire, d'ailleurs — , il voulait qu'elle demeure «(...) la lumière du monde». Il était particulièrement conscient de la perte de vitesse de la France et il voulait à tout prix éviter à son pays qu'il ne se «portugalise» : Il disait «(...) si elle (la France) n'a pas une grande politique, elle n'est plus rien. Regardez le Portugal, il a été grand. Ce tout petit peuple a conquis le Brésil, les côtes d'Afrique, de l'Inde, de la Chine. Le Pape lui donnait la moitié du monde, en attribuant l'autre moitié à l'Espagne. Aujourd'hui, c'est un pauvre petit pays. La France va-t-elle décliner elle aussi ? Va-t-elle se portugaliser ? Pourra-t-elle remonter la pente ? Finira-t-elle par s'engloutir ? C'est la seule question. (...) Ce que j'essaie de faire depuis un quart de siècle, c'est de pratiquer l'affirmation de la France au nom des Français.»
Ainsi, De Gaulle, en se désengageant pragmatiquement de l'Algérie, a voulu tisser des liens d'une toute autre nature avec le monde arabe pour assurer à la France son approvisionnement, son ravitaillement, en pétrole et en gaz. Lors de son entretien le 1er mai 1967 avec le ministre des Affaires étrangères de l'époque de l'Etat hébreu, M. Eban, qui était de passage à Paris, le Général ne pouvait être plus explicite sur sa conception géoéconomique, militaire et par conséquent politique du monde, pour reprendre ses termes «Si vous le faites (vous attaquez en premier), vous gagnerez à coup sûr, et sans délai. Mais cela aura trois graves conséquences. D'abord, l'implantation soviétique au Moyen-Orient, et par contrecoup, en Afrique — ce qui n'est pas sans importance pour la France — se développera. L'équilibre mondial s'en trouvera menacé. Deuxième conséquence : dans le monde arabe, les régimes modérés seront découragés et tomberont pour céder la place aux extrémistes. Il s'ensuivra une menace sur le ravitaillement en pétrole de l'Occident, et surtout de l'Europe. Enfin, le problème palestinien, qui n'est encore qu'un problème de réfugiés, deviendra une grande cause nationale».
En conclusion, l'ouverture de De Gaulle sur le monde arabe n'avait pour objectif que la préservation des intérêts de la France en Afrique et en ravitaillement en pétrole. Pour être clair, il s'agit d'une sémantique partenariale qui a été très bien entretenue par la classe politique française et les francophiles arabes. Pour paraphraser cet homme d'Etat exceptionnel, qui a su hisser sa patrie parmi les vainqueurs malgré la débâcle de la Seconde Guerre mondiale, «la France ne fait pas la cour aux autres. Ce sont eux qui la lui font» (Conseil des ministres du 8 août 1962). Ses successeurs respectifs, G. Pompidou et G. d'Estaing, n'ont fait que poursuivre l'approche et la philosophie de De Gaulle. Dois-je rappeler que l'autorisation à l'OLP d'ouvrir un bureau de représentation à Paris n'a été accordée qu'en 1975, après donc la première crise pétrolière, en 1974 ?
(*)Professeur de sciences économiques et sociales


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