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«Il ne suffit pas d'être libre, il faut être libéré»
L'entretien du lundi : Raouf Ben Yaghlène, comédien et metteur en scène
Publié dans La Presse de Tunisie le 02 - 01 - 2012

Solitaire, il a fait son bonhomme de chemin, seul, sur scène face à un public très vite sensible à son discours. Humoristique, critique, acerbe, parfois taxé de populaire, voire populiste. Raouf Ben Yaghlène ne se défile pas devant tous ces adjectifs, et continue à s'agiter tout en gardant le théâtre et la culture comme pivot de son action.
Citoyen, artiste, agitateur culturel converti en journaliste sur la blogosphère, Ben Yaghlène continue un combat entamé il y a quelque temps déjà.
Entretien.
Raouf Ben Yaghlène l'homme de théâtre devient ces derniers temps très impliqué dans le politique, pourquoi ?
Je trouve important que le public sente que l'artiste s'implique dans la vie politique, porte sa voix et exprime son point de vue, non pas uniquement sur le plan artistique mais aussi qu'il assume son rôle de citoyen préoccupé comme tout un chacun de ce qui se passe dans sa société.
Ces derniers temps on parle très peu de culture et d'action culturelle dans notre pays pour édifier une société post-révolution, comment l'expliquez-vous ?
Dans toutes les tribunes médiatiques, aucun parti ou homme politique n'a donné sa vision de la culture, sa position par rapport au fait culturel. Aucun d'eux n'a revendiqué explicitement et sérieusement le droit à la culture, n'a évoqué le rôle implacable de l'artistique. On laisse croire à l'opinion que la culture est un produit complémentaire, qu'il ne fait pas partie des nécessités, que c'est une affaire secondaire à laquelle on s'intéressera une fois les affaires courantes réglées. Et c'est cela le plus grand danger à mon sens, c'est de laisser croire et convaincre les gens que la culture est un luxe, et qu'on peut s'en passer.
Mais la politisation de la culture n'a fait qu'asservir l'artiste et nous en avons déjà fait l'expérience...
Bien au contraire, je suis contre la politisation de la culture mais pour l'«acculturation» du politique.
Il faut reconnaître tout de même que quand on a l'estomac vide on ne pense pas à la nourriture de l'esprit…
La révolution tunisienne n'est pas uniquement, comme certains le pensent, un soulèvement contre le chômage, les conditions de vie précaires et lamentables, car elle fut aussi une lutte contre la «sécheresse» culturelle. Cela peut paraître invraisemblable mais un slogan comme celui que nous avons entendu « travail, liberté et dignité » englobe tous les aspects de la vie décente. La dignité de l'homme dépend bien entendu du travail et de la valorisation sociale de son effort et de ses compétences, il n'empêche, elle provient aussi de l'acte culturel qu'il produit et qu'il consomme et qui lui procure une vision de son humanité et le distingue des autres êtres vivants. C'est cette conscience qui l'anime, l'émotion qui le secoue. C'est avec la culture qu'on se sent vivant, humain et la privation de la culture (dans son sens le plus large) conduit aux chocs et aux explosions politiques et sociales.
Pensez-vous que si une vision de la culture ne se définissait pas, il y aurait peut-être une nouvelle explosion ?
Si le politique ne met pas dans sa considération la culture comme une nécessité qui réponde aux exigences des gens pour mieux vivre et ne plus se sentir comme moins que rien, et s'il ne respecte pas dans l'être humain cette faculté de réfléchir, de produire du sens et d'apprécier la beauté, il perdra certainement une grande bataille, celle de l'esprit. Le discours politique ne peut pas exister tout seul, il faut toujours qu'il soit accompagné d'une action culturelle à l'affût, un garde-fou contre tout dérapage du pouvoir.
Comment voyez-vous l'action culturelle dans cette nouvelle Tunisie qui renaît de ses cendres ?
Il ne suffit pas de faire une programmation culturelle, des tournées et des représentations de pièces de théâtre et des projections de films pour relancer une dynamique culturelle. Il faut installer la culture dans un rapport de débat pour apprendre à s'écouter, à écouter l'autre, apprendre à dire non et à faire valoir l'argumentaire. C'est avec le débat qu'on arrive à poser les vraies questions aux politiques. A partir de ce principe, il faut sortir du carcan institutionnel, réfléchir à une nouvelle méthode d'approche culturelle, d'encadrement, de restructuration et de création, car la marginalisation de la culture a fait que les gens sont devenus incultes.
La démocratie à elle seule ne suffit pas, c'est la culture qui saura formuler les préoccupations des gens et c'est avec les arts qu'on portera la voix des oubliés de cette terre. C'est la culture qui fait de nous des êtres capables d'apprécier et de comprendre des mots comme la liberté, la démocratie, le pluralisme, la diversité...
Quel rôle a donc l'artiste, aujourd'hui ?
L'artiste doit être le témoin qui rappelle les décideurs à l'ordre.
Depuis la révolution vous vous êtes impliqué dans plusieurs actions, vous vous êtes même mis à faire des interviews d'hommes politiques, pourquoi ?
Après le 14 janvier j'ai senti que le théâtre ne suffisait pas, qu'il fallait trouver d'autres moyens d'aller vers les gens, de comprendre moi-même ce qui se passait autour de nous, de poser un regard sur notre devenir. Je suis allé vers les politiques et j'ai fait des interviews avec Rached Ghannouchi, Moncef Marzouki et tous les chefs de partis. Cela m'est venu d'un désir de compréhension pour saisir les enjeux, prendre l'initiative de tisser un lien entre la culture et le politique. D'un autre côté, on a fait appel à moi pour des séries de conférences dans les universités tunisiennes non seulement pour parler et monologuer mais surtout pour entendre, essayer de comprendre et faire valoir le véritable rôle de la culture dans notre société d'aujourd'hui et mettre en garde contre les risques et les dérapages qui menacent toute société privée de culture.
Vous êtes pour la démocratisation absolue des médias. Expliquez-nous votre point de vue…
J'appelle à la multiplication des médias citoyens (à ne pas confondre avec les médias privés) qui permettent à tous ceux qui se sentent oubliés et laissés pour compte d'être les auteurs de leur propre parole. Ces médias citoyens ont le pouvoir d'atténuer les tensions, de faire des protestations des actes réfléchis et conscients loin de la violence et de l'arbitraire. Cela permettrait aussi de transformer la colère en débats constructifs.
La dernière tournée que vous venez de terminer de Harak yetmanna... avait pour objectif la sensibilisation plus que le divertissement...
J'ai fait une tournée dans 10 villes touchées par le phénomène de l'immigration clandestine, je voulais que mon théâtre soit un moyen et un support pour un acte citoyen, pour qu'il me permette de me mettre en rapport direct avec le citoyen et installer un débat avec lui. Je voulais connaître ces gens-là, les écouter, comprendre ce qui pousse un jeune de 17 ans à se jeter dans la gueule du loup. Comment une jeunesse pleine de rêve et d'énergie puisse se sentir «morte». Comment cette culture de la dépression et de l'échec a-t-elle réussi à étouffer des générations entières. Et j'accuse la société ou le système social de ne pas jouer franc jeu, de ne pas parler vrai, de marginaliser les faibles et de favoriser les forts.
Quel sens a, aujourd'hui, la liberté ?
La liberté n'a de sens que lorsque tout n'est pas permis. Sans la culture, la liberté est vidée de son sens, elle est sans conscience et c'est ce qui engendre des dérapages. Avant, il s'agissait d'affronter l'ordre politique et le manque de libertés, maintenant que les libertés sont acquises, on se retrouve face à de nouveaux pouvoirs. Il s'agit des soi-disant «ordre social», «tabous», «bonnes mœurs » qui nous oppriment au nom de la liberté d'expression. La liberté, ce mot qui enivre, ne doit pas nous faire oublier qu'il faut des limites, mais que ces limites ne soient pas imposées, mais libératrices et cela n'est possible qu'avec la culture, car il ne suffit pas d'être libre, il faut aussi être libéré.


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