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Le dernier tour de force de Jaziri
JTC2012 : «Saheb Lhamar» ou «L'homme à l'âne» à l'ouverture des JTC
Publié dans La Presse de Tunisie le 09 - 01 - 2012

Le spectacle d'ouverture des JTC 2012 a été un moment empreint de tension. Les nerfs à vifs, quelques artistes-comédiens qui avaient collaboré auparavant avec Fadhel Jaziri, ont saisi l'occasion pour venir exprimer leur reproches à la personne. Brandissant des pancartes sur lesquelles on peut lire des slogans tels que «A bas Fadhel l'imposteur», «Fadhel le plagiaire», « Fadhel le corrompu», les manifestants, une poussière d'individus, reprochaient à Jaziri l'usurpation de leur effort créatif, le non-paiement de leurs cachets de création, etc.
Vrai ou faux? Peu importe, pour le moment, l'attitude de Fadhel à l'égard de ses comédiens, ses artistes ou ses compagnons de route.
On était sur le point de découvrir une nouvelle création conçue spécialement pour l'ouverture des JTC, une édition spéciale, la première après la Révolution et qui, de surcroît, a été placée sous le signe du «théâtre fête la révolution».
Le moment se prêtait aussi à la découverte d'un Jaziri qui signe son retour après plus de vingt ans au théâtre avec «Saheb Lahmar» d'après «Thaouratou saheb el himar» de Ezzedine Madani, et a suscité une irrésistible envie d'aller à la rencontre de l'art dramatique de l'une des icônes du théâtre tunisien. Au grand dam des spectateurs, la pièce n'a pas eu un accueil favorable.
Certains ont mis ce «flop» ludique sur le compte de la défaillance technique (surtout sonore), tandis que la plupart d'entre eux ont avoué n'avoir rien «pigé» de cette pièce.
En effet, en s'escrimant à rallier démarche brechtienne, distanciation, performance et autres techniques scéniques, sans pouvoir s'offrir les moyens de les mettre en exergue, Fadhel a joué avec le feu. A-t-il conçu ce spectacle pour défier ses compagnons de route? Les académiques du théâtre? Ou s'agit-il d'une simple performance personnelle grâce aux deniers publics?
Plongée au cœur de la pièce
L'approche scénique de cette pièce, s'est basée sur la théorie de l'espace vide. Sur ce plan-là, Fadhel n'innove en rien. D'autres jeunes loups, bien avant lui, avaient introduit cette démarche au théâtre tunisien. C'est donc sur une scène nue, balisée par une série de projecteurs diffusant une lumière tamisée, que se passe le principal des actions de la pièce. Dans la pénombre, cette scène sans relief, ce qui oblige les spectateurs à suivre l'action des comédiens en mode plongée (étant donné qu'ils étaient sur les gradins de la salle des sports d'El Menzah), allait prendre de la perspective au fur et à mesure de la succession des tableaux, par la seule présence des comédiens et de quelques accessoires. Ce sera là tout l'univers de la pièce.
D'emblée, on comprendra que le metteur en scène, réputé pour son penchant pour un travail sur l'image, n'a pas fait de choix pour un grand spectacle. Puisqu'il a opté pour l'espace vide et va donc utiliser la symbolique et la plénitude que lui procure le vide et qui donne un sens à tout et où se trouvent en germes toutes les possibilités de l'existence. D'ailleurs, c'est dans ce vide qui n'est pas le vide théorique des physiciens, qu'on reconnaîtra, au fil de l'action, les fonds obscurs des vallées, l'au-delà, les palais, les tribunaux et où l'on ressentira le froid glacial des geôles, l'apesanteur des cimetières.
Contrairement à ce que l'on attendait, la pièce n'est pas une comédie à texte épique. Aucune dramaturgie historique. Pas de costumes d'époque non plus. Ni de musique adaptée au contexte historique ancien ou récent, non plus. Certes, elle s'adosse en filigrane sur le texte de Ezzeddine Madani, sans pour autant en être une simple adaptation. Ici, le texte n'est qu'un prétexte. Car, ni le premier personnage, Bouzid, ni son parcours, ne sont mis en avant. C'est davantage une fable qu'un texte dramaturgique. C'est la morale du récit qui a été adaptée au contexte de Révolution, qui doit nous interpeller. Et c'est de là que découle toute la complexité du décodage des messages voulus par le metteur en scène. Que ce soit sur le plan du jeu que celui du fond.
Sur le fond, cette pièce est une interrogation sur le pouvoir. Car, quand bien même on peut être épris de liberté, quand bien même on peut avoir subi l'injustice, souffert des supplices, une fois au pouvoir, on risque de redevenir non pas le démocrate, le juste mais un simple tortionnaire, un bourreau, un dictateur.
C'est ce que le metteur en scène retiendra de l'histoire de l'homme à l'âne, Bouzid, qui s'est posé en adversaire absolu de la dynastie des Fatimides, avant d'être enivré par ses succès et de ne pas tarder à rejeter sa robe de mendiant, son bâton et son âne (l'animal qu'on imagine mais qu'on ne voit pas tout au long de la pièce, d'ailleurs on ne donne aucune explication pour ce surnom à Bouzid), pour se vêtir d'habillements princiers, s'entourer des attributs de la royauté et répandre dévastation et terreur dans la contrée.
Des codes et des symboles
On est sous les murs de Kairouan. Le moment décisif pour attaquer la ville approchait. Sur scène, un personnage symbolise l'historien, Ibn Abou Dhiaf. Un jeu de mot au niveau de la prononciation : Ben Dhia...nous renvoie aussi bien à l'historien Ibn Dhiaf qu'à l'ex-conseiller à la présidence, Ben Dhia. Attelé à écrire l'histoire des vainqueurs, la partie qu'on lui somme de consigner. On lui demandera d'aller «prendre ses médicaments », soit de dormir quand il s'agit d'un épisode historique qu'il déplaît au maître de voir l'histoire retenir. Son ordinateur est à une indication théâtrale. Un rappel de l'univers cybernétique, qui a grandement favorisé la révolution tunisienne. Mais il est aussi la communication, l'appropriation des technologies par les puissants. Une jeune fille habillée en vert, symbolise la Tunisie, La Verte. C'est l'âme de cette Tunisie libre, qui nous hante, nous colle à la peau, sans s'en rendre compte. Mais qui est toujours présente dans nos esprits, dans nos moments de détresse, dans nos malheurs, dans nos souffrances. Un veil homme rôde autour de la scène, c'est le temps qui « tourne ». Il passe et repasse. Après chaque passage, c'est un tableau qui change. La chanteuse enceinte, représente le sexe féminin qui a le pouvoir de créer, de multiplier les êtres mais pas n'importe quels êtres. Elle va bientôt donner de nouveau-nés bercés dans des hymnes à la liberté, à la démocratie.
Cependant, en jouant sur la distanciation, Fadhel Jaziri n'a pas épaté par son style très imagé. La pièce se joue et l'action avance, par la seule imagination du langage sans l'artifice de l'intrigue. Les jeux scéniques n'ont rien de réaliste. Les acteurs semblent infiniment loin, suspendus dans le temps et dans l'espace. C'est sans nul doute cet éloignement et ce frottement avec une histoire qu'on sent mais qu'on ne connaît pas, qui fait que l'histoire que propose Fadhel Jaziri dans un flash-back halluciné se passe sur scène mais également dans nos têtes. L'approche futuriste de Fadhel s'est caractérisée par sa recherche de la synthèse, de l'alogique, de l'abstrait et le public impatient attendait en vain que quelque chose d'inattendu les emporte vers d'autres significations.
Il n'empêche, on peut dire que les auteurs de cette œuvre n'ont pas réussi à trouver ici l'exacte distance pour toucher et émouvoir le public.


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