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Nul n'est prophète en son pays
L'entretien du lundi : Kamel Ferjani (musicien - enseignant)
Publié dans La Presse de Tunisie le 30 - 07 - 2012

Musicien, musicologue et chef d'orchestre, Kamel Ferjani est actuellement professeur de musique à l'Institut supérieur de musique. Dès l'âge de dix ans, il a été inscrit au Conservatoire de musique. Il a poursuivi ses études supérieures à l'Institut supérieur de musique, puis à la faculté des Sciences humaines et sociales de Strasbourg où il a obtenu un D.E.A (diplôme d'études approfondies) en musique. Il s'est distingué sur la scène musicale nationale en tant que compositeur et luthiste, élève du grand maître feu Ahmed Kalaï. Kamel Ferjani a fondé deux ensembles musicaux : «l'Orchestre musical de la Méditerranée» et «Takht musical de Tunis» dont il est le directeur depuis sa création en 2003. Il a réalisé de nombreux concerts aussi bien en Tunisie qu'à l'étranger (France, Grèce, Allemagne, Hollande, Jordanie, Espagne...).
Vous êtes plus actif à l'étranger qu'en Tunisie. Pourquoi?
Je suis plutôt plus connu à l'étranger qu'en Tunisie. J'ai choisi de créer une musique qui n'a pas, hélas, grand succès ni grande audience, chez nous. J'assume mon choix et je ne suis pas prêt à faire des concessions, malgré mes frustrations et mes colères. Heureusement que j'assure des cours à l'Institut supérieur de musique, ce qui me permet un certain confort matériel qui me protège contre toute dérive artistique (sourires).
N'empêche qu'aujourd'hui, vous ne cessez de produire des spectacles, mais dans des villes européennes. Est-ce un choix aussi?
Depuis avril 2011, j'ai entrepris, avec mon collègue et ami Ouanès Khlijène (guitariste), un projet de coopération avec les orchestres professionnels européens. Nous étions en Grèce, en Allemagne, en Hollande... Ce projet est né d'un constat : nous avons remarqué que depuis toujours, nous jouons et interprétons le patrimoine classique universel (Mozart, Beethoven et autres...). Nous avons fini par connaître cette musique comme si elle était la nôtre. Mais les Occidentaux, eux, que savent-ils de notre patrimoine? Rien. Avec Ouanès, nous avons choisi quelques morceaux de notre répertoire classique que nous avons arrangés et proposés à un certain nombre d'orchestres qui les ont acceptés. Le résultat a été étonnant : les musiciens étrangers ont excellé dans leur interprétation et l'harmonie fut totale. Une vraie réussite. Les salles étaient combles et nous avons été très applaudis.
Et en Tunisie, avez-vous vécu de tels succès?
J'ai 30 ans de carrière musicale et je n'ai produit que trois ou quatre spectacles. Par contre, ils sont beaucoup plus nombreux à l'étranger. C'est peut-être de ma «faute», dans la mesure où j'ai toujours eu une vision profonde de l'art que je conçois pratiquement comme une dissertation philosophique qui doit être prise au sérieux. Aussi, est-il essentiel de connaître les orientations politiques du pays. Est-ce que l'Etat compte s'occuper des orchestres en instituant des bases solides ou veut-il continuer à promouvoir la musique de variété ?
Croyez-vous vraiment que ce sont là les choix de l'Etat?
Ecoutez, il n'y a aucune stratégie culturelle visible. Il n'y a pas de réel projet de construction relatif à la musique, à long terme. Tout est fait selon des considérations politiques. Rien d'autre. Or, la nature a horreur du vide. Il y a, certes, des gens extraordinaires qui œuvrent pour la promotion de la musique nationale, comme il y a aussi des initiatives et des efforts personnels qui ont abouti à des résultats satisfaisants, mais sans une stratégie claire, on ne peut pas aller très loin.
Croyez-vous que tout soit à refaire?
Je dirais plutôt que tout est à réviser. Il faut conserver les avantages et corriger les défauts. Pour cela, il est essentiel d'étudier en profondeur la situation réelle du secteur. On pourra ainsi mieux cibler les principales lacunes...
Selon vous, quelle serait la première étape d'une éventuelle réforme?
C'est compliqué, je l'admets. Mais je crois qu'il faut d'abord commencer par le renforcement de l'enseignement élémentaire, le rendant local et municipal. Tout le monde devrait y avoir accès, dans toutes les régions du pays. Cela permettra de former un public de mélomanes avertis capables de distinguer la qualité et de l'apprécier. Cet enseignement de base servirait également à discerner les jeunes les plus doués pour la musique, afin de les encadrer et de leur dispenser une formation appropriée et plus pointue. L'enseignement supérieur permettrait ainsi de donner naissance à de vrais musiciens appelés à devenir des professionnels qui seraient répartis sur plusieurs spécialités : instrumentalistes, compositeurs, chefs d'orchestre, chanteurs... On pourrait former aussi des techniciens supérieurs qui garantiront le bon déroulement du spectacle, volet son et lumières
Mais la spécialisation ne manque pas aux instituts supérieurs de musique...
Je sais et je ne prétends pas le contraire, sauf qu'on est encore loin de ce qui se fait ailleurs et des orchestres professionnels où les musiciens sont rémunérés à leur juste valeur. Nous formons des musiciens, pour en faire quoi? Est-ce pour les lâcher dans la nature? Leur place devrait être au sein d'orchestres professionnels qui leur assurent un revenu stable et des garanties sociales. Les musiciens à l'étranger sortent de chez eux, chaque matin, pour aller travailler à l'orchestre comme n'importe quel employé. Pourquoi ne pas créer de telles structures chez nous? Pourquoi n'avons-nous pas des orchestres nationaux, à Tunis, à Sousse, à Sfax, à Gabès...? Les diplômés seraient embauchés et le dynamisme culturel créé.
Nous possédons l'orchestre national de Tunis, l'orchestre symphonique et l'orchestre de la Radio. Ne sont-ils pas des orchestres professionnels, selon vous?
Ils existent, certes, mais en théorie. Ces organismes n'ont pas de statuts.
Ne pensez-vous pas que votre idée d'une réforme globale du secteur est plutôt utopique?
Je reconnais que pour réaliser de tel projet, il faudrait un budget colossal. D'où son aspect utopique. Mais je suis en train de parler d'une stratégie qui ne pourrait être réalisée dans l'immédiat. Avec une réelle volonté politique, ce projet pourrait se réaliser par étapes et avec l'aide de spécialistes confirmés. On aura besoin de philosophes et de théoriciens pour bien étudier la situation et élaborer des plans d'action. Il faut créer des lois et des méthodes d'enseignement nouvelles et innovatrices. Il faut élaborer et planifier le budget essentiel à chaque étape. Ensuite, c'est aux hommes de terrain de poursuivre l'application. Cela pourrait prendre jusqu'à une quinzaine d'années, voire plus. L'essentiel, c'est d'avancer sur des bases solides.
En attendant, la situation pourrait-elle empirer et la crise s'aggraver?
Non, je ne crois pas. Si on arrive à bien structurer le secteur musical, on pourra cueillir les résultats plus tard. De la quantité émanera la qualité. Si, par exemple, on arrive à créer des orchestres professionnels partout en Tunisie, ces derniers seront obligés de produire et de créer, ce qui nous donnerait, disons cinq à six œuvres par an, dont, peut-être même, des chef-d'œuvres. Dans cinquante ans, nous pouvons atteindre les trois cents compositions de qualité, ce qui fera un excellent répertoire national.
Croyez-vous que cela puisse résoudre les problèmes matériels, sans cesse croissants, du secteur musical?
Oui, je le crois. Une bonne production amènera les sponsors et l'adhésion, matériellement porteuse, du public. Elle permettra également de mieux appliquer les droits d'auteur. D'un autre côté, un orchestre en bonne santé pourrait assurer un concert une fois par mois, voire plus. Il pourra planifier un calendrier de représentations et prévoir des enregistrements avec les télévisions publiques et privées. Cela pourrait enrichir les émissions culturelles et nourrir les archives audio-visuelles. On aura ainsi toutes les chances de réussir.
A propos de droits d'auteur, pensez-vous que nous puissions, un jour, trouver une solution à ce problème majeur qui met en péril l'avenir du secteur?
Ecoutez, en Tunisie, nous n'avons pas de problème de loi. Le texte juridique est parfaitement conçu. Ce qui fait défaut, c'est son exécution qui d'ailleurs ne peut, d'ailleurs, se faire dans l'anarchie. Je crois profondément que tous les problèmes pourront être résolus, à condition que l'Etat se décide à mener une stratégie de réforme sérieuse et à employer tous les moyens nécessaires à son application.
Seulement, dans la situation actuelle, la priorité de l'Etat ne semble pas être la culture...
Oui et c'est dommage. Les chômeurs d'abord, dirait-on. Mais réfléchissons y quand même : que vaut un peuple sans culture, sans liberté et sans savoir, d'autant que l'une amène l'autre. Quand on maîtrise un domaine en particulier, quand on dévoile tous ses secrets, on se sent libre, capable de dépasser toutes les limites et de se surpasser, surtout... L'investissement dans la culture est très important, quand il est intelligent. Il peut être rentable et pas seulement sur le plan matériel. Il permettrait de se connaître et de prendre conscience de sa citoyenneté et de la valeur de sa patrie.
Comment arrivez-vous à être, malgré tout ce que vous venez d'avancer, aussi optimiste?
(Rires). Je suis conscient tout simplement que nous traversons une phase d'exception. Nous sommes inquiets parce que nous nageons dans un brouillard opaque. Tout est sombre et on ne voit pas le bout du tunnel. Mais cela ne durera pas, j'en suis pratiquement certain. Je crois qu'il y a deux types de Tunisiens, dans tous les domaines : il y a ceux qui profitent de la révolution pour servir leurs intérêts propres et ils sont majoritaires. Les autres, minoritaires, rêvent de grandes réformes et croient au pouvoir de la société civile. Je suis convaincu que ces derniers deviendront plus nombreux, au fil du temps. Ce sont eux qui militeront pour sauver la Tunisie et assurer son progrès.


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