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Eloge de la folie
Post-scriptum
Publié dans La Presse de Tunisie le 30 - 08 - 2012


Par Yassine ESSID
Un député CPR, par ailleurs agitateur notoire et grotesque, a dit avoir la ferme intention d'appeler à un examen psychiatrique le président de la République ; outrage inqualifiable aux exigences de respect dû à un chef d'Etat qui lui a valu, et c'est la moindre des justices, d'être exclu de son parti. Le tort de ce député est d'avoir supposé le cas de M. Marzouki comme un cas pathologique, comme s'il était victime d'une atteinte inquiétante de ses facultés intellectuelles et affectives. L'Etat serait donc dirigé par un forcené passible de la camisole de force, un esprit dérangé, un psychopathe avéré et un cinglé. Bref, un malade mental. Cependant, si l'auteur de ces élucubrations s'était contenté simplement de qualifier le chef de l'Etat de fou, il n'aurait soulevé aucune réprobation, n'aurait suscité aucune indignation et personne n'aurait trouvé dans ce vocable la moindre valeur insultante puisque fous, nous le sommes tous à des degrés divers et selon les circonstances, chaque fois que nous exagérons nos sentiments, chaque fois que nous dépassons les limites considérées comme convenables par la société, chaque fois qu'on s'affranchit des règles dominantes, chaque fois qu'on désobéit aux normes sociales de la pensée commune. Un rire incontrôlé et inapproprié devient un fou rire, un sentiment affectif irrésistible qui dépasse la mesure par son intensité est qualifié d'amour fou, un individu sujet à un accès de colère est traité de fou furieux. Enfin, est taxé de folie tout ce qui échappe soudain à notre contrôle ou nous surprend, comme une voiture folle, ou lorsqu'une concurrence folle débouche sur des prix fous.
Dans cet ordre d'idées, le discours de M. Marzouki lu aux participants du congrès du CPR, est dans son genre une pure folie. Car comment qualifier un président de la République, par ailleurs membre d'une coalition au pouvoir et partie prenante dans l'action gouvernementale, qui dénonce, sans ambiguïté aucune, les desseins sournois de son principal allié et soutien, l'accuse d'accaparer tous les pouvoirs, de multiplier les nominations de proches et des partisans, d'envahir tous les centres de décision du pays, de réduire au silence toute contestation, d'user de la force vis-à-vis des protestataires, à la manière de la dictature du régime de Ben Ali, et de vouloir imposer le régime parlementaire comme système politique qui consacrerait la centralisation de tous les pouvoirs entre les mains du chef du gouvernement. Des propos jugés insensés et tellement peu appréciés que certains représentants du gouvernement et membres du parti islamiste avaient préféré quitter la salle. Ce dur réquisitoire fut d'autant plus incompréhensible qu'il va à l'encontre de cette «normalité» qui commande qu'on exprime toujours un soutien ferme et sans ambages à son allié et qu'on préserve coûte que coûte l'apparence de l'unité. Car dans l'optique de l'antagonisme du normal et du pathologique, le normal pour un homme politique aurait été de taire ses griefs et de régler ses comptes dans le huis clos des bureaux politiques. Or, l'Histoire nous démontre, au contraire, que c'est souvent ceux qu'on traite de fous qui révolutionnent notre monde et qui, en rompant les règles du silence et en désobéissant au système, se délivrent des contraintes du groupe et font avancer les choses. La créativité, l'innovation et l'inventivité sont ainsi et avant tout un acte de rébellion, de subversion ; une façon d'agir sans tenir compte des conventions sociales, d'aller à contre-courant. L'histoire de la pensée humaine est celle de tous les fous, tous les rebelles et tous les anticonformistes qui n'ont pas hésité à se démarquer des autres afin de faire valoir leurs idées malgré les critiques et les railleries et qui ont été d'un apport considérable dans l'avancement de la société.
Pour le cas qui nous occupe, le discours de M. Marzouki a eu d'abord le mérite de rassurer une opinion publique inquiète au vu de la folie qui a saisi ceux qui sont au pouvoir et leur a fait perdre la tête. Le public était ensuite réconforté de constater qu'il existe encore au sein du trio de tête une personne encore lucide, capable de rappeler courageusement et au mépris des critères d'alliance ou de connivence, les dérives en matière de gouvernement et de gestion des affaires publiques. Ce discours, pourrions-nous encore le traiter comme une folie passagère qui se serait emparée de M. Marzouki ? Après tout, avant d'être prononcé, son exposé a été médité, soigneusement préparé, mûrement réfléchi et argumenté pour rendre compte du mode d'exercice du pouvoir par le mouvement Ennhdha. M. Marzouki a été ainsi en mesure de rappeler à ses alliés certains fondamentaux que la majorité au pouvoir avait sciemment gommés. En admettant que tout parti politique a vocation de conquérir, d'exercer et de conserver le pouvoir, il demeure que, par ses objectifs, ses programmes et ses pratiques, il doit contribuer à la défense de la démocratie, à la consolidation et à la sauvegarde de l'indépendance et de l'unité nationale et à la protection des libertés fondamentales et des droits de la personne humaine. Ce même parti doit également, dans son programme aussi bien que dans ses activités, proscrire l'intolérance, le fanatisme, l'incitation à la violence sous toute ses formes. Enfin, aucun parti politique ne peut fonder sa création et son action sur le népotisme, l'appartenance exclusive à une confession, à un même sexe ou à un statut professionnel déterminé.
Dans cet épisode, M. Marzouki aura donc fait acte non pas de dissidence, qui consiste à se placer dans un autre camp, mais plutôt de dissension. Sa déclaration est une sorte d'insurrection par laquelle il s'est montré fondamentalement rétif en refusant, tous instincts dressés, de céder au diktat de son puissant allié. Son tort est d'avoir osé dire la vérité à ceux qui croient que tout leur réussit, qu'il n'y a plus de limite. Reste qu'en tant que chef de l'Etat, pour une fois parfaitement dans ses prérogatives, M. Marzouki n'a fait que servir de garde-fou.


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