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La ruée vers le centre
Opinions
Publié dans La Presse de Tunisie le 10 - 09 - 2012


Par Hédi BEN ABBES
Nous apprenons qu'en physique il y a deux mouvements fondamentaux, le mouvement centripète et le mouvement centrifuge, le premier consiste à drainer des éléments disparates vers le centre de gravité alors que le deuxième tend à expulser tout corps étranger pour cause de non adhérence. Il en va de la physique comme de la politique, les deux mouvements s'appliquent de la même manière à des formations politiques qui aspirent à s'agglutiner vers le Centre dans un mouvement contre nature alors que le mouvement centrifuge finira par les expulser vers les périphéries dont ils sont originaires. Précisons qu'il n'y a aucune connotation péjorative à la notion de périphérie, il s'agit tout simplement de l'endroit dont l'objet est originaire et comme disent les Anglo-Saxons «its station in life !
Si l'on reconnaît à la nature des règles immuables qui assurent un savant équilibre qui nous renvoie à des spéculations métaphysiques, il n'est pas exclu que l'on reconnaisse à la science politique des règles qui régissent un ordonnancement sans lequel l'anarchie s'emparerait de la vie publique. A l'image de l'ordonnancement selon le diagramme de Gantt dans les réalisations de projets, l'ordonnancement politique dépend de la nature du projet initial, sa ou ses références idéologiques, la consistance du noyau fondateur, ainsi que son cap politique qui confèrent au projet une identité et un positionnement sur la carte politique et donc «its station in life». Or ce qui caractérise la vie politique tunisienne ces derniers temps, c'est un mouvement, que dis-je, une ruée vers le Centre de l'échiquier politique, tours, fous, reine, roi, pions tous au galop à cheval vers ce Centre devenu encombré par ce mouvement centripète contre nature.
Soyons un peu plus clair ! A la suite de la chute du dictateur un certain 14 janvier 2011, plusieurs partis politiques se sont formés en prenant position sur l'échiquier politique selon le diagramme de Gantt en respectant leur « station in life » aussi bien à gauche, qu'à l'extrême gauche, à droite qu'à l'extrême droite avec des arborescences et des émanations qui gravitent autour de ses positionnements ayant comme références toutes sortes d'idéologies ou de mode de pensées. De toutes les grandes formations politiques ou du moins celles qui sont bien en vue, on distingue sommairement deux «stations» (pour respecter la même terminologie) ou projets d'ordonnancement, à savoir la gauche avec ses variantes (Poct, Ettajdid, Alliance de Gauche, etc...), la droite avec ses composantes et ses différentes références y compris la référence théologique (PDP/Joumhouri, Ennahdha, Ettahrir, etc...). Chacune de ces formations revendiquait haut et fort son ancrage en veillant à se distinguer de toutes les autres et allant parfois même à proposer des programmes économiques et des projets de société tantôt pour homogénéiser l'ensemble dans un modèle uniformisant, tantôt pour individualiser au point que chaque homme devient une île comme dirait John Donne, et la société un ensemble d'individus mus par l'obsession de l'intérêt personnel selon le modèle crypto-RCDiste ou néo-RCDiste qui vient de voir le jour il y a quelques semaines. Toutes ces formations existaient dans l'opposition de l'une à l'autre et dans très peu de cas avec de réels projets de société et une vision claire de l'avenir de la Tunisie. Ce qui compte c'est d'exister dans la négation de l'Autre, en évacuant l'Autre, compensant la vacuité des projets et ainsi contraignant les électeurs au choix par défaut ou sur des critères autres que les critères objectifs (programme économique, social, politique, culturel) d'où l'emploi de toutes sortes de manipulations allant du marketing politique à la corruption par l'achat pur et simple des suffrages en passant par le clientélisme avilissant. La polarisation était de mise, au point qu'une formation s'était même donné le label de « Pôle » !!!
Au milieu de tout ce beau monde, coulait non pas une rivière, comme dans le film de Robert Redford, mais le Congrès pour la République, une véritable émanation du Centre de l'échiquier. Un parti qui n'a jamais exclu les autres (sauf le RCD), qui a comme « station » plusieurs références idéologiques qui rompent avec le positionnement dogmatique qui fige le mouvement pour adopter une attitude ouverte fédérant un ensemble d'idées dans un projet de société qui a su saisir l'âme du Tunisien dans sa volonté de trouver un équilibre reposant sur des milliers d'années de mouvements d'idées et d'interactions culturelles. Le centre de l'échiquier politique tunisien est la « station in life » du CPR, la matrice dont il est issu. Contrairement aux autres formations politiques le CPR ne fait pas de l'exclusion de l'Autre sa raison d'être, son actuel président d'honneur n'était-il pas allé jusqu'à appeler à voter pour les formations qui se trouvaient aussi bien à sa droite qu'à sa gauche, reconnaissant ainsi l'importance du pluralisme politique et affirmant ainsi la spécificité de son parti solidement ancré à la fois dans sa référence arabo-musulmane et dans une posture d'ouverture sur l'Autre sur fond de droits humains universels et inaliénables. Ce particularisme politique confère au CPR une identité en osmose avec l'essence même de notre « tunisianité » dans sa volonté consciente ou inconsciente de réduire le fossé qui sépare le centre des périphéries et ainsi offrir un projet d'une République de citoyens sans nivellement uniformisant ni polarisation individualisante.
Pourquoi donc une telle ruée vers le Centre ? Que s'est-il passé depuis le 23 octobre 2011 qui expliquerait un tel phénomène ?
L'enseignement le plus flagrant que nous pouvons tirer des résultats des élections du 23 octobre nous révèle le tissu socio-politique de la Tunisie qui se caractérise par un conservatisme de revendication. Autrement dit, la réponse à la volonté farouche de l'ancien régime de réduire et de contrôler l'espace d'expression religieuse a fait naître chez le Tunisien une frustration telle qu'être libéré de la chape de plomb signifie aujourd'hui pour lui le plein exercice d'une liberté retrouvée qu'elle soit sous la forme religieuse ou politique avec les excès que l'on constate ça et là. Cette forme de conservatisme avec la floraison de tous ses signes distinctifs s'est traduite aussi dans les urnes par le vote en faveur de la formation islamiste, un vote dont une bonne partie de l'électorat n'a aucune motivation idéologique ou politique, mais plutôt une expression de cette volonté de réparer « l'affront » religieux, culturel et politique rappelant ainsi à la Tunisie son identité mixte que la parenthèse RCDiste et sa marche forcée vers une forme de « modernisme » a tenté d'escamoter. Ce conservatisme réparateur a surpris plus d'une formation politique aussi bien à droite qu'à gauche au vu des résultats des élections et les a amenés à revoir leur copie en abandonnant le discours de la «modernité» dont ils ont fait leur emblème et leur étendard brandi face aux «conservateurs» et principalement face au mouvement d'Ennahdha. On constate aujourd'hui que les « modernistes » d'hier se sont mués en défenseurs des valeurs de l'Islam et des traditions et clament à qui veut bien les entendre leur attachement aux valeurs arabo-musulmanes truffant leur discours de versets du Coran et de références religieuses. Ils brûlent aujourd'hui leurs idôles d'hier quand ils parlaient des valeurs de modernité qui voulaient tout simplement dire les valeurs occidentales et plus particulièrement la francophilie du moins pour une bonne partie d'entre eux.
De l'autre côté de l'échiquier, nous assistons aujourd'hui au même mouvement mais dans l'autre sens, les conservateurs d'hier qui ont bel et bien profité de cet élan de conservatisme passager chez les Tunisiens tentent par tous les moyens de se démarquer de cet estampillage idéologique pour revendiquer un centrisme et une ouverture qui rompent avec le dogmatisme en parlant de « modération », et même de modernité. En définitive, les modernistes se démarquent de la modernité pour aller vers le conservatisme, et les conservateurs se modernisent et tout ce beau monde se trouve dans ce fameux Centre dont ils découvrent aujourd'hui des vertus socio-politiques qu'ils ignoraient hier !
Ignorance dis-je, oui parce qu'il y a une donnée socio-psychologique que tous ces partis fraîchement convertis au centrisme semblent perdre de vue, à savoir l'intelligence et la mémoire du Tunisien. Le Tunisien n'est pas dupe au point de ne pas se rappeler les discours polarisants de tous les partis de gauche comme de droite, les uns voulant une Tunisie qui tourne le dos à l'Est et ses valeurs « conservatrices » les autres une Tunisie qui tourne le dos à l'Ouest et ses valeurs « dégradantes ». Pendant ce temps-là le CPR maintenait son cap en revendiquant contre vents et marées cette identité tunisienne mixte où les quatre points cardinaux, l'Est et l'Ouest, le Nord et le Sud se rejoignent. Tous les esprits binaires accusaient le CPR de ne pas avoir une identité claire, soit à droite, soit à gauche, soit conservateur soit « moderniste » mus qu'ils étaient par une volonté de simplification réductrice, ne comprenant pas encore que la Tunisie se gouverne par le Centre. Que n'avons-nous pas entendu sur le CPR accusé d'être tantôt une émanation d'Ennahdha, tantôt un parti « athée », tantôt un parti gauchiste tantôt un parti conservateur. Ses détracteurs étaient et sont encore incapables de comprendre que les vieux clivages conservateurs/modernistes, Orient/Occident sont bel et bien dépassés, que l'évolution des peuples n'obéit pas à ces schémas essentialistes, mais plutôt à des facteurs exogènes et endogènes dans une interaction incontrôlable.
Aujourd'hui conservateurs et modernistes se ruent vers le Centre, vers cette « tunisianité » pour l'exploiter politiquement, tous revendiquent leur ancrage arabo-musulman et leur ouverture sur le monde, d'Ennahdha au Poct, en passant par l'ancien « Pôle » jusqu'au nouveau conglomérat de composantes disparates soumis à la pression d'un accélérateur de particules dénommé «Appel de la Tunisie» qui découvrent soudain qu'ils sont centristes et que c'est à l'appel de cette Tunisie devenue tout d'un coup orpheline qu'ils répondent ! D'aucuns diraient, heureusement que le ridicule ne tue pas ! Recyclage d'anciens «modernistes» à la carte, ultraconservateurs politiquement et économiquement, gauchistes dogmatiques, crypto-islamistes se lancent dans un mouvement centripète artificiel, contre nature, pour s'approcher non pas de l'essence de la nature centriste du peuple tunisien et ainsi proposer un choix de société qui y correspond, mais plutôt pour exploiter politiquement la «tunisianité» et se replier ultérieurement sur leurs bases naturelles qu'elles soient à droite ou à gauche, modernistes ou conservatrices mais qui ne resteront certainement pas au Centre là où évolue naturellement le CPR. Comme le dit le proverbe populaire : «Ne gisent dans le lit de la rivière que ses propres pierres».


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