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«La nécessaire quête d'un langage universel pour la Palestine»
L'entretien du lundi Michel Khleifi (cinéaste)
Publié dans La Presse de Tunisie le 01 - 04 - 2013

Mémoire fertile (1980), Noces en Galilée (1987) ou encore Route 181 (2003) sont des œuvres majeures du répertoire filmique palestinien. Elles sont signées Michel Khleifi qui a quitté Nazareth en 1970, pour étudier le théâtre à l'Institut national supérieur des arts du spectacle et des techniques de diffusion (Insas) en Belgique. Du théâtre à la télévision puis au cinéma, c'est aujourd'hui l'auteur d'une dizaine de films acclamés par le public et la critique, où il défend autant la cause palestinienne qu'un langage cinématographique libéré. Sa caméra est le témoin d'une déclaration d'amour renouvelée avec chaque film pour sa patrie. Son projet cinématographique est un road-movie inventé sur la route fertile de la recherche et de la réflexion, dont il nous parle, ce lundi. Ecoutons-le.
Comment vous est venue la décision d'étudier le cinéma, de devenir cinéaste? Quel était le déclic?
C'est tout à fait par hasard que je me suis intéressé au cinéma. Je ne pensais pas que j'étais destiné à cette carrière. J'aimais le cinéma comme n'importe quel gosse de mon quartier. Très jeune, je me suis rendu compte qu'il y avait de bons et de mauvais films. J'ai découvert mes vrais penchants pour le cinéma quand j'ai vu America America d'Elia Kazan. C'était juste après le mariage de ma sœur et j'y ai vu des intimités personnelles. C'est à partir de là que j'ai eu cette tendance à cibler les œuvres à portée humaine et universelle.
Comment définiriez-vous votre projet cinématographique?
Les choses se sont développées petit à petit, d'une manière surprenante. J'aimais lire les pièces de théâtre et c'est le rêve du théâtre qui m'a mené au cinéma. Et puis la formation politique et l'engagement m'ont donné le goût du cinéma qui explore des thèmes et des vérités, d'ordre humain et social. Il fallait trouver un langage universel pour la Palestine, traiter le sujet d'une manière qui interpelle tout le monde, indépendamment des nationalités, des races, des relations et des classes.
J'ai découvert le cinéma à l'Insas. Je me suis inscrit au théâtre et c'est ainsi que je me suis intéressé, d'une manière plus rigoureuse, à l'histoire du cinéma, à l'esthétique, aux mouvements et aux auteurs. Je me suis rendu compte que j'aimais tous ceux qui libèrent le langage cinématographique. Il y a ceux qui l'inventent, ceux qui l'utilisent et ceux qui le libèrent. Puis, je me suis fait des amis dans le domaine et j'ai découvert le cinéma du réel, le néo-réalisme, la Nouvelle vague, le post-expressionnisme. D'un coup, tout un monde s'ouvrait à moi, me poussant à réfléchir sur ce qui en émanait, sur ce qu'on avait à en faire, sur la création artistique et sur sa synthèse, sur la modernité, l'émancipation... Un processus de plusieurs années.
Dans vos films, le documentaire et la fiction se côtoient. Comment se fait l'élaboration technique et esthétique de cette rencontre?
Dès le départ, à l'Insas, mes deux premiers exercices ont étonné les gens. Comme je suis d'origine modeste —j'ai travaillé comme ouvrier pendant 5 ans—, cela m'a donné la rigueur d'un artisan. Cela m'a appris à être organisé et à respecter mes rendez-vous. Par ailleurs, il y avait eu, avant que je ne commence ma carrière, des tentatives de projets de films non aboutis, produits par l'OLP. C'était un cinéma militant lié à l'idéologie de groupe et c'était fait à l'extérieur de la Palestine (Jordanie et Liban, essentiellement). Découvrant la puissance du cinéma, j'ai pris conscience que je devais mener une action importante, celle de filmer —d'archiver, donc— les rites, les chants, les paroles des gens... l'expérience humaine palestinienne, menacés de disparition de la mémoire collective. Dans Mémoire fertile, je mets plein de choses à la fois. Je savais, dès le départ, que mon cinéma allait constituer une sorte d'archives de différents niveaux de la vie palestinienne, et comme je voulais que ces films ne meurent pas, j'ai travaillé le côté universel de l'écriture. Le film doit exister par lui-même, comme une œuvre artistique.
Dans votre œuvre, vous tendez beaucoup la caméra à l'ancienne génération de Palestiniens. Trouvez-vous que c'est ce qui leur a manqué dans leur combat?
Bien sûr. Dans les reportages que j'ai réalisés avec la télévision belge à mes débuts, j'ai compris la société palestinienne, j'ai appris à l'aimer. Les gens ont un discours sur la vie, mais ne parlent jamais de leurs expériences profondes. C'est ce qui m'intéresse le plus. Je trouvais des vérités chez les femmes, les enfants, les gens simples qui ne transforment pas leur combat quotidien en discours politiques creux. J'ai appris que regarder à travers la caméra, c'est placer une position politique. Il y avait toute une réflexion sur la pensée, l'œil et la caméra comme médium froid, mais qui doit être dirigé par le point de vue du réalisateur. C'est à partir de là que j'ai commencé à préparer ma vision cinématographique.
Vous dites que Zindeeq, votre dernier film, est une réponse au post-modernisme. Que lui reprochez-vous?
Il dissocie le sujet de la forme. Je pense que dans la complexité d'un sujet, la forme est importante, mais, pour ce courant, ce qui est acquis est acquis, il ne faut pas le questionner, d'où cette obsession de la forme. Imaginons que ce film soit fait par des post-modernes, il n'y aurait que l'aspect formel. C'est-à-dire que toute l'intensité dramatique qui exige du spectateur de participer dans la réflexion, disparaîtrait. Personnellement, je montre que le sujet est plus fort que l'œuvre et non l'inverse.
Vous avez réalisé Route 181 avec Eyal Sivan, un Israélien. Que pensez-vous du débat sur la «normalisation culturelle»?
Je ne considère pas faire ce film comme une normalisation culturelle. Notre objectif était de parler de l'occupation de la Palestine. Je ne crois pas à une solution à deux Etats. Je suis toujours lié à la libération de la Palestine, sans la négation de l'autre. Il faut chercher une solution, en trouvant des camarades qui peuvent travailler avec nous pour construire l'avenir. Quand je trouve quelqu'un comme ce réalisateur qui est plus engagé que beaucoup d'Arabes pour la cause, je n'hésite pas. Je ne suis pas raciste. Quand je vois l'émiettement dans le monde arabe cela me fait mal. L'ennemi, tôt ou tard, il faut discuter avec. Dans le monde arabe, les riches parlent bien aux riches israéliens, les militaires font de même. Quand je trouve un réalisateur, comme moi, attaché à la libération de la Palestine et à la compréhension de l'Histoire, je suis fier de travailler avec lui. Etre sectaire nuit à la cause. Est-ce que c'est une normalisation? Absolument pas!
Les Palestiniens de 48 constituent cinq générations qui ont vécu sous l'occupation et, de ce fait, ils ont été obligés de faire des choses avec l'occupant. Comme pour l'apartheid, je suis pour le boycott, mais contre le fait de boycotter les militants blancs. Dans le parti de Nelson Mandela, il y avait beaucoup de Blancs.
Si vous deviez faire un film sur autre chose que la Palestine, ce serait sur quoi?
J'ai déjà travaillé et écrit des scénarios sur d'autres thèmes, un drame historique sur le canal de Suez, entre autres. Je ferai un film sur l'exil d'Ovide. C'est une histoire qui me bouleverse. C'est une réflexion sur l'être, sa culture et la rencontre avec une autre culture. Cela peut être un très bon film.
Qu'est-ce qu'il faudrait, à votre avis, pour une relance culturelle et sociale dans le monde arabe?
Nos problèmes sociaux ne résident pas simplement dans le genre de régime que nous voulons. Il nous faut réfléchir à un projet commun d'avenir, une stratégie d'avenir que tout le monde accepte. Le politique doit œuvrer dans cette stratégie. Dans les pays développés, peu importe que la gauche ou la droite remporte les élections, ce qui compte c'est la raison d'Etat. Nous n'avons pas la même chose parce que les individus ne sont pas libres. On ne sait pas comment s'exprimer ni comment utiliser la liberté, la responsabilité et le devoir de s'exprimer. Je pense que tant qu'on ne se pose pas ces questions, dans le monde arabe, nous resterons toujours dans la phase de constitution d'une société.
Ou bien on décide qu'on est riche (humainement et culturellement) et on se pose la question «que faire de cette richesse», ou bien on est pauvre et on se pose la question «comment devenir riche». Il faut donc de la créativité et une bonne stratégie.
En Tunisie, je pense qu'il faut poser les questions fondamentales plutôt que de faire la quête auprès des pays du Golfe. Cela est, également, valable aussi pour les Palestiniens.
La jeune génération de cinéastes arabes est face à une nouvelle réalité, à de nouveaux défis et enjeux. Pensez-vous qu'elle soit dans la continuité ou dans la rupture avec votre génération?
Notre génération est très différente de la leur. Au Maroc et en Algérie, il y a une reprise et cela devrait bouillonner. L'Egypte et le Liban donnent des signes de nouveauté et les choses bougent. Il y a aussi le cinéma de femmes qui émerge. Mais tout cela restera dans la marge, parce qu'on n'a pas un marché arabe. Quand ce n'est pas le pouvoir qui nous interdit de faire des films, c'est l'opposition qui le fait. On a peur des libertés et de la libre circulation des idées. On ne considère pas les gens comme des adultes capables de décider par eux-mêmes. La paralysie, c'est exactement cela.
Quels sont vos futurs projets?
J'en ai plusieurs. Je ne sais pas lequel va émerger. Le problème, c'est de trouver le financement et ce n'est pas facile.


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