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Entre juifs et chrétiens : mémoires pascales
Marges spirituelles
Publié dans La Presse de Tunisie le 06 - 04 - 2013

Pâques n'est pas Noël... Pâques est une fête grave. Pas de lumières étincelantes, à cette occasion, dans les villes. Pas de cadeaux ni toute cette atmosphère joyeuse qui nous est devenue familière, même ici dans nos contrées de tradition musulmane... Il est vrai que Noël s'est «sécularisé». Vidé considérablement de son sens religieux. Le phénomène, du reste, n'a rien d'exceptionnel : beaucoup de fêtes religieuses subissent le même sort, y compris chez nous. Le monde de l'argent s'en mêle et elles deviennent un moment fort du calendrier commercial...
Pâques est donc une fête plus discrète. Mais elle porte une signification centrale du point de vue de la religion chrétienne. C'est en effet autour de cette fête qu'est célébrée la mort de Jésus sur la croix ainsi que sa résurrection, selon la foi de l'Eglise. Peut-être le message de Pâques est-il de ceux qui concentrent la plus grosse charge de «divergences» entre chrétiens et musulmans et que c'est aussi pour cette raison que, à la différence de Noël, qui évoque la naissance de Jésus, la fête de Pâques se passe dans un silence gêné... Comme si nous courions le risque de rallumer une ancienne polémique, alors que nous savons que les polémiques religieuses ne sont plus les bienvenues. On n'en connaît que trop les retombées néfastes, tragiques souvent.
Mais les polémiques peuvent être esquivées. Leur danger ne doit pas dicter une nouvelle forme de censure intellectuelle. C'est trop leur faire honneur que de les laisser nous barrer le chemin d'une saine curiosité...
Car il y a bien des choses à savoir sur cette fête de Pâques. Comme par exemple le fait qu'elle s'enracine dans une fête plus ancienne chez les juifs : la Pessah. La Pâque juive est en effet une fête à l'occasion de laquelle est célébrée la sortie d'Egypte, sous la conduite de Moïse. Elle marque la fin d'une époque de servitude. Le commencement aussi d'une époque à partir de laquelle les juifs vont se donner un destin politique propre. Destin qui connaîtra ensuite une forme d'accomplissement avec le règne de David et de son fils Salomon, bâtisseur du temple... Il faut se souvenir ici que, par-delà les développements de notre histoire contemporaine, le projet de construction par les juifs d'une entité politique reposant sur la fidélité au Dieu unique, non seulement ne pose pas problème en soi du point de vue de l'islam, mais constitue même un modèle sous-jacent qui traverse le projet musulman. La forte présence de la figure de Moïse dans le texte du Coran en est une preuve assez éloquente... Dire cela n'est pas occulter le point de discorde, qui réside très précisément autour de la question de la coexistence des projets. Question, donc, non pas de leur existence, à l'un et à l'autre, mais de leur coexistence : de la nécessité de leur mise en accord réciproque !
Cela étant précisé, et la parenthèse étant refermée, quel rapport peut-il donc y avoir entre l'ancienne Pâque, celle des juifs, et la nouvelle, celle des chrétiens ? Un premier lien est chronologique. Puisque les événements qui entourent la crucifixion de Jésus correspondent au moment de la célébration par les Juifs de la Pâque. «Vous savez que la Pâque a lieu dans deux jours, et que le fils de l'homme sera livré pour être crucifié», lit-on par exemple dans l'évangile de Matthieu, qui rapporte un propos adressé par Jésus à ses disciples.
Un second lien fait référence au sacrifice. La fête juive est en effet marquée par un repas au cours duquel les convives sont tenus de manger, sans rien en laisser, un agneau : l'agneau pascal. Ce sacrifice animal n'a rien à voir ici avec Abraham et l'épisode de l'agneau envoyé par l'ange en substitution du fils, que le patriarche s'apprêtait à immoler. Il renvoie à ce même épisode de la sortie d'Egypte, relaté dans les termes suivants au livre de l'Exode : «Le sang vous servira de signe sur les maisons où vous serez ; je verrai le sang, et je passerai par-dessus vous, et il n'y aura point de plaie qui vous détruise, quand je frapperai le pays d'Egypte». Nous sommes donc dans le contexte de l'ancienne Egypte et, plus précisément, en ce moment où l'Egypte subit la colère divine sous la forme de «dix plaies» : les dix plaies de l'Egypte ! Le sang du sacrifice est le sang grâce auquel les Juifs échappent à la colère divine... Echappent à la mort ! Le texte de la Bible poursuit : «Vous conserverez le souvenir de ce jour, et vous le célébrerez par une fête en l'honneur de l'Eternel..»
Dans le cas du christianisme, c'est le sang du Christ qui sert de signe pour échapper à la colère divine. Jésus, par sa mort sur la croix, est l'agneau sacrifié : «agnus Dei», selon l'expression latine de l'Eglise. Tous ceux qui recueillent en esprit son sang comme signe de l'amour de Dieu sont sauvés. Sauvés de la mort ! Tel est le nouveau message pascal, qui bouleverse d'un coup les frontières de l'ancienne Alliance.
Le repas de Jésus avec ses disciples, le jour qui précède sa crucifixion, est un moment charnière : il représente à la fois le prolongement du rite juif et une anticipation de la nouvelle pâque, celle par rapport à laquelle il est lui-même l'agneau sacrifié dont il s'agit de garder le souvenir. C'est ce que disent les propos de Jésus, rapportés par les évangélistes. Ayant rompu le pain et l'ayant donné aux convives, il déclare en effet : «Ceci est mon corps, qui est donné pour vous...» Et il ajoute immédiatement après : «Faites ceci en mémoire de moi» (Luc 22, 19).
On ne s'arrêtera pas ici sur ce geste de sacrifice de soi, dont la vocation déclarée est de libérer l'homme de l'emprise du mal et de la puissance de la mort, ni sur l'incompréhension qu'il a provoquée. Blaise Pascal le dit en plus d'un endroit dans ses Pensées : prêcher Jésus crucifié, c'est un scandale pour les juifs et une folie pour les gentils, pour les païens. D'autres l'avaient d'ailleurs dit avant lui. Mais dans la mise en rapport des deux Pâques, l'ancienne et la nouvelle, se dégage un message suffisamment clair. Puisque, dans les deux cas, il s'agit de célébrer la fin d'une servitude, qui est en même temps calamité et malédiction. Certes, le message chrétien se veut plus universel. Et celui des juifs persiste dans sa volonté de porter la mémoire d'un peuple particulier, de ses tribulations et de ses espérances. C'est ici que se situe sans doute le point de rupture entre les deux religions. Toutefois, les deux positions ne se laissent pas nécessairement enfermer dans leur opposition l'une à l'autre.
C'est pourquoi les juifs eux-mêmes ne pourront jamais s'empêcher de ressentir comme une épine dans le pied le fait que leur liberté acquise soit au prix de la servitude d'un autre peuple. Plus que cela : ils ne pourront jamais s'empêcher d'envisager l'hypothèse qu'éprouver dans sa plénitude la souffrance de cette épine est la juste façon de célébrer la Pâque et de garder la mémoire de la sortie d'Egypte.


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