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De l'utopie promise aux compromissions du réel
L'islam politique à l'épreuve du pouvoir
Publié dans La Presse de Tunisie le 05 - 06 - 2013

Qu'y a-t-il en commun entre les islamistes en Iran, au Maroc, en Turquie, en Tunisie... ?
Rien, en apparence, mais, au fond, une même acclimatation au réel, une même évolution sous la contrainte, dans le cadre de la confrontation ou au fil des échecs qui font que l'avenir de l'islam politique dépend beaucoup moins des stratégies propres que des pressions extérieures... soutenaient un groupe de chercheurs réunis à la fin de la semaine écoulée à l'Irmc (Institut de recherches sur le Maghreb contemporain) autour de la problématique: l'islam politique à l'épreuve du pouvoir.
Visitant la cité Ettadhamen une semaine après les évènements consécutifs à l'interdiction du congrès d'Ansar Echaria, Rached Ghannouchi invoquait un énième concept de la littérature islamiste : «Fiqh Al Waqaâ»; littéralement «la jurisprudence du réel»... L'euphémisme du chef du mouvement Ennahdha ne peut être plus clair : la conjoncture mondiale et les circonstances locales étant ce qu'elles sont, son mouvement devra faire interprétation encore plus souple et plus pragmatique des préceptes de base de la gouvernance islamiste. Ce qui se traduit sur la scène politique par des concessions, des compromissions et vis-à-vis de ses anciens et futurs électeurs par des ajournements et des déviations quant à l'utopie promise...
«Les mouvements à idéologie religieuse n'évoluent pas de leur propre volonté, mais dans le cadre de la confrontation...»
Depuis l'accès au pouvoir de leur parti suite au scrutin du 23 octobre 2012, les dirigeants d'Ennahdha ne sont certes pas à leur premier repli. En plus d'une année et demie de gouvernance, ils ont multiplié les avancées et les régressions, les offensives et les retranchements, les déclarations et les contre-déclarations, relayant périodes de fermeté et d'ouverture, marquant la vie politique de retards et de balbutiements.
Echappant aux grilles habituelles des observateurs de la vie politique, ces tergiversations sont simplement définies de double langage.
Pour les chercheurs en sciences politiques et les spécialistes des mouvements islamistes, de Tunisie, d'Iran, du Maroc et de Turquie réunis à l'Irmc, cela relève du propre historique et politique de tous les mouvements islamistes au fil de leurs expériences du pouvoir. Visant un objectif unique et sacré qui est le règne, l'islam politique avance sans plans ni calendriers, avec précisément pour toute stratégie une absence de stratégie qui, seule, permet de suivre librement la boussole du réel...
«L'islam politique, comme idéologisation de la religion en réaction à la sécularisation du savoir et de la politique, n'est pas une expérience spécifique au monde arabe et musulman mais rappelle les réactions religieuses de l'Europe contre ce qui risquait d'être une modernité sans morale. Qu'ils puisent dans l'islam ou dans le christianisme, ces mouvements n'évoluent pas selon leur propre volonté, mais dans le cadre de la confrontation... En France par exemple, on est passé du rejet de la démocratie à la démocratie chrétienne...», rappelle Mohamed Chérif Ferjani, professeur en science politique et études arabes, coordinateur de la journée d'étude «L'islam politique à l'épreuve du pouvoir». Rencontre qui, à la lumière des expériences iranienne, marocaine et turque, interroge l'épreuve tunisienne en cours.
«En Iran, une conjonction de la lutte des classes et de l'utopie islamiste, du pétrole et la transcendance d'un Khomeiny que la Tunisie n'a pas...»
A partir d'une prospection socio-anthropologique de la dynamique sociale qui a participé à la révolution et à l'installation de la république islamique, l'Iranien Farhad Khosrokhavar, directeur de recherche en sciences sociales au Cnrs, explique le succès de l'islam politique en Iran par la complicité entre mouvements laïques d'extrême-gauche et mouvements religieux autour de la notion de justice sociale. Une complicité qui s'est traduite au début de la révolution par une véritable conjonction de lutte de classes et d'utopie islamiste, une singulière convergence entre la vision marxiste de la société unitaire et la vision utopiste islamiste de la justice sociale. «Ce phénomène qui a conduit la gauche et la classe moyenne en général à rejeter les mouvements libéraux démocratiques, taxés de maladies occidentales, et à contribuer à la construction d'un régime antidémocratique est très spécifique à la révolution iranienne et n'a aucune chance de se reproduire en Tunisie. Il y a dans ce pays une prise de conscience de soi dans les classes moyennes qui n'est pas entachée par le marxisme et qui ne se laisse pas facilement embrigader par l'islamisme», avance notamment Khosrokhavar dans une conférence intitulée «Islam politique en Iran et en Tunisie : exercice du pouvoir et sécularisation du religieux».
La culpabilité des classes moyennes d'avoir failli à leur rôle, le rejet des valeurs des droits de l'Homme comme un égoïsme occidentalisé, la dichotomie entre le pouvoir du président et le règne du chef suprême, les nombreuses ruptures qui s'ensuivront... voilà pour le conférencier ce qui va participer à la construction de l'autocratie pure et dure avec dans ses plis ce paradoxe très iranien du mouvement vert de juin 2009 : un champ culturel dominé par des intellectuels réformistes. Parmi les ingrédients de la République islamique qui différencient encore l'Iran de la Tunisie le chercheur cite la société civile, le pétrole... «La construction de la société civile est beaucoup plus importante en Tunisie. En Iran, il y a eu le charisme de Khomeiny et cette emprise du guide suprême que le mouvement Ennahdha n'a pas... Mais ce qui est fondamental dans la République islamique c'est le pétrole et l'armée qui œuvre comme une entreprise économique dont la prospérité dépend de celle du régime».
Toutefois, conclut le chercheur, le régime islamiste en Iran est resté incapable de créer une réelle dynamique de développement économique. De là à déduire l'incompétence fondamentale de l'Etat théocratique à construire une économie sans pétrole, il n'y a qu'un pas que le chercheur n'hésite pas à franchir : «Vous avez de la chance de ne pas disposer de pétrole. Il est bon pour acheter une clientèle, une armée et des milices à n'en pas finir !».
« Entre les salafistes et les forces démocratiques, Ennahdha suivra celui qui lui fera subir la plus forte pression...».
Le bilan idéologique de la République islamique n'est pas plus reluisant. «Même en Iran, l'islam politique n'a pas pu empêcher la sécularisation de la société qui a continué à initier ses dynamiques internes...».
Du bilan de l'islam politique en Turquie, on retiendra, «l'âge d'or» entre 1994 et 99, l'échec et la chute forcée, en 98, enfin l'expérience du Parti pour la justice et le développement, l'AKP, qui s'identifie comme un parti conservateur (conservatisme démocrate), moins en rapport avec l'islamisme qu'avec l'affirmation identitaire, rappelle Rukiye Tinas, docteur en sciences politiques à l'Université de Lyon.
Analysant l'évolution du Parti de la justice et du développement marocain, Haouès Séniguer évoque la même approche identitaire et le même pragmatisme. Se heurtant aux rebords de la monarchie, le PJD devra composer avec la sacro-sainte centralité du Roi dans le jeu politique et économique marocain.
A la spécificité marocaine, succède l'épreuve d'Ennahdha au pouvoir dans une étude du tunisien Michaël Béchir Ayari, chercheur à Crisis Group. «Pris entre les mouvements de revendication et l'altérité salafiste radicale, le mouvement Ennahdha ne s'est pas retrouvé sur une page blanche, mais dans une réalité bien tunisienne qui lui dictera sa dépendance au sentier. L'absence de programme fait programme, et son pragmatisme qui tourne en roue libre peut évoluer d'un côté comme de l'autre».
Réprimer le salafisme au risque de nourrir le conflit ou l'autoriser à s'institutionnaliser au détriment de l'Etat, voilà un peu le dilemme des islamistes au pouvoir en Tunisie. Avec un parti affaibli et des figures contestées, incapables d'imposer l'unité entre radicaux et moins radicaux, et au-delà des arrière-pensées et des proximités idéologiques, ils sont sur le terrain politique en rupture réelle avec les salafistes. «Reste à la société civile d'exploiter cette nouvelle donne, car entre les salafistes et les forces démocratiques, Ennahdha n'aura que le choix de suivre celui qui lui fera subir la plus forte pression...», concluent les chercheurs réunis autour du thème de l'islam politique à l'épreuve du pouvoir.


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