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« Faire le coup de Nedjma »
Rachid Boudjedra dans une interview à La Presse
Publié dans La Presse de Tunisie le 09 - 06 - 2010

Avec son teint halé, son ton sincère, son visage sévère qui doit sans doute cacher une âme d'enfant, sa modestie légendaire, ses 69 ans qu'il ne fait pas et surtout sa notoriété internationale, Rachid Boudjedra, le célèbre romancier, scénariste et essayiste algérien, ne peut passer inaperçu. Cela ne s'est pas démenti lors de son passage à La Presse, l'autre vendredi, où il est venu rendre visite au journal La Presse, pour y laisser son tout dernier roman, Les figuiers de Barbarie.
S'en est alors suivi un échange spontané avec des collègues de notre journal, un échange dont est issu l'entretien suivant :
Entre La répudiation et Les figuiers de Barbarie, que de chemin parcouru. Un chemin labyrinthique dans le domaine de la littérature. Cela fait plus de 40 ans et déjà 20 titres. Comment résumez-vous ce chemin fait de romans, d'essais en français, en arabe, autotraduits en arabe…?
C'est effectivement labyrinthique. Du moins j'en ai l'impression. Disons pour être d'accord oui en partant de ce constat.
Vous êtes le mieux placé pour évaluer un phénomène de la littérature maghrébine de langue française, celui du déracinement, du dessèchement…où en est-il ?
Il existe encore. Pour la plupart, disons sur le plan quantitatif. Il existe plus qu'avant, en particulier en Algérie et aussi en France, à cause du terrorisme, une littérature beure algérienne et marocaine.
Il existe un autre phénomène en Algérie, le roman féminin écrit en français. L'on constate une vraie explosion. Celle de la littérature francophone féminine. En revanche, il y a très peu de poésie.
C'est paradoxalement une littérature qui ne vieillit pas, qui ne tarit pas. L'on s'attendait plutôt à l'inverse.
Est-ce le fruit du néo-colonialisme ou l'expression d'une nouvelle modernité ?
Non. Il y a cependant une littérature néocolonialiste algérienne. Ce sont des romans «à la carte». Une littérature algérienne très critique contre l'Algérie et la guerre d'Algérie, l'indépendance ratée. Ce sont des cireurs de bottes, mais l'on peut trouver parmi eux des écrivains de qualité. Deux ou trois pas plus. Ils vous citeront l'assassinat de Abbane Ramdane commandité par Krim Belkacem, jamais la barbarie coloniale.
Parallèlement à cela, il existe une littérature arabophone de qualité. Quoique peu abondante.
On sent qu'à chaque fois vous essayez de nous ramener vers l'Algérie. Est-ce que cette littérature est circonscrite en Algérie ou est-ce le contraire ?
Partout c'est le même soubassement culturel. C'est clair que c'est maghrébin.
Alors Les figuiers de Barbarie dans ce cheminement est-ce qu'il est dans la lignée classique boudjedrienne ?
Dans la lignée essentiellement. Il porte la «griffe boudjedrienne», dans le même style. Sauf que le sujet n'a jamais été abordé. C'est un roman-bilan d'un pays et d'une génération. L'histoire dure exactement une heure. Celle que dure le vol Alger-Constantine. Unité de temps, unité d'espace et de ton à la manière d'une tragédie grecque avec pour décor le maquis.
Deux personnages principaux qui ont réussi chacun sa vie sociale. Le premier est un célèbre architecte, le second est un grand chirurgien. En une heure vous avez, étalée sous vos yeux, toute la sauvagerie coloniale de 1830 et jusqu'à l'indépendance. J'y ai décrit l'occupation française à travers la correspondance des généraux de la colonisation. Entre le général Bugeaud et le général Pélissier par exemple.
Lettres très intimes certes mais où la guerre est omniprésente. Avec ses méthodes barbares comme les enfumades. Des monstruosités. (1845 - Ndlr).
La lettre du général de Saint-Arnaud à son frère colonel en France est édifiante. (1837 - Ndlr). En quinze lignes en tout et pour tout, ce général saute du chagrin causé par le décès de sa petite nièce au destin de son frère Benjamin qui doit choisir entre le lycée et le régiment. Ce même général qui a pris Constantine (ma ville) et qui a écrit quelques jours plus tard que «même les figuiers de Barbarie n'échappent pas à notre vindicte… Franchement frère, l'Algérie perd sa poésie sans massacre et sans enfumade». Horreurs de la guerre, mais aussi la guerre du côté algérien, liquidations, assassinats…
Vous nous renvoyez là à Kateb Yacine, à Nedjma ?
Non seulement à Nedjma, mais à Kateb dans son ensemble. Je suis l'épigone renégat par rapport à Kateb Yacine.
Quel est donc votre rapport à l'œuvre de Kateb Yacine ?
Fasciné, ébloui. Inconsciemment, la rupture avec Kateb n'a pas du tout réussi à cause du tri-tabou‑: politique, religion, sexe. Nedjma est anticolonial, mais il n'est pas dénonciateur. Malgré tout, Nedjma est indépassable.
Les trois tabous, c'est l'argent facile pour les auteurs de premier degré ?
Beaucoup d'argent, avec le sexe. Uniquement avec le sexe. Je cite ici l'exemple de Amine Zaoui qui plonge carrément dans le pornographique. En ce qui me concerne, c'est plutôt de l'érotisme dans la littérature.
En écrivant un roman-bilan, vous procédez ainsi à l'évaluation de l'histoire ?
J'ai fait le bilan de l'histoire de l'Algérie entre 1830 et… disons 2009. Lors d'un voyage où il est question du ratage de l'indépendance.
Dans la littérature tunisienne, l'évaluation s'intéresse à des époques plus lointaines, comme le fait Faouzi Mellah par exemple. Que pensez-vous de ce phénomène‑?
Je n'aime pas les romans historiques. Pour mon cas, c'est un flash-back pendant que les deux personnages sont dans l'avion. Le plus important pour moi, c'est d'évaluer la situation actuelle, celle d'aujourd'hui Stendhal a fait ça. C'est superbe. Remonter un peu plus loin, c'est comme une fuite en avant. C'est comme si l'auteur évitait de se mouiller par rapport à la politique.
N'y a-t-il pas une idée géniale derrière laquelle court Boudjedra ?
Certainement.
Elle ressemblerait à quoi ?
Faire le coup de Nedjma.


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