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Réforme impopulaire mais nécessaire
Bac — Suppression des « 25% »
Publié dans La Presse de Tunisie le 07 - 04 - 2014

La valeur intrinsèque du travail et de l'instruction a été détruite dans l'esprit de la collectivité, pendant que la courbe du chômage continuait de grimper
La suppression du taux communément appelé les « 25% », calculé dans la moyenne générale du bachelier, a été évoquée récemment par le ministre de l'Enseignement supérieur. Il s'agit d'une mesure instaurée par le système Ben Ali qui introduit dans le calcul de la moyenne globale du candidat —concours+année scolaire— sa moyenne annuelle à hauteur de 25%. Le ministre de l'Enseignement supérieur a pris soin d'ajouter qu'il est en pourparlers avec le ministre de l'Education. Joint par téléphone, le ministère de l'Education, prudent, déclare que pour cette année c'est le maintien du statu quo, et que la proposition ministérielle est au stade de l'étude.
Ce n'est pas la première fois qu'un membre du gouvernement chargé de l'enseignement exprime un profond malaise vis-à-vis de cette règle et ambitionne de l'annuler, de manière graduelle, s'empresse-t-on d'ajouter.
Les répercussions de ce rachat institutionnalisé ont été fatales sur le système éducatif en général et sur la valeur des diplômes nationaux en particulier. Certains professeurs n'hésitant pas à gonfler les notes de leurs élèves tout au long de l'année scolaire, en vue de leur garantir la majoration plafonnée des « 25% ». Conséquence logique : des candidats qui ne le méritaient pas étaient admis à grande échelle aux universités. Le taux de réussite au Bac a grimpé de manière spectaculaire durant les 23 glorieuses de l'ancien régime.
Le cumul de cette falsification diligentée par l'appareil de l'Etat a fait de l'éducation un secteur sinistré, et le mot est faible. Parce qu'en sus des 25% imposés, les enseignants du supérieur étaient tenus par un quota de réussite. Un universitaire nous raconte, que ses collègues avaient été convoqués une fois au poste de police pour s'expliquer sur le taux de réussite jugé bas de leurs groupes respectifs. « Ils n'osaient pas me faire subir le même traitement, se souvient-il, parce que je suis syndicalisé, mais certains ont essuyé des blâmes, pour avoir refusé d'obéir aux consignes ». Comprenez, faire baisser la moyenne de passage de 10 à 8/20, voire moins.
Un nivellement par le bas automatisé qui a tôt fait de porter ses fruits. Le pays s'est retrouvé au fil des années avec des diplômés du supérieur, premier et deuxième cycles, voire troisième cycle, détenteurs d'une licence+master, incapables de raisonner de manière cohérente, se trompant entre le masculin et le féminin, s'il s'agit du français ; incapables d'argumenter, et ce, dans toutes les langues, à l'oral comme à l'écrit. Seule une minorité laborieuse de nature ou douée de naissance est parvenue à se détacher du lot.
Pourquoi saborder l'école publique ?
Sous l'ère Ben Ali, la valeur intrinsèque du travail et de l'instruction a été détruite dans l'esprit de la collectivité, pendant que la courbe du chômage continuait de grimper. La majorité des étudiants, en perdant toute motivation de se faire à terme une situation ou de trouver un emploi, ont pris part au démontage du fragile édifice du système éducatif. Si un semblant d'autorité réglementait encore le cycle secondaire, au niveau supérieur, c'est bien une autre histoire.
L'absentéisme des professeurs comme des étudiants est désormais une pratique courante. Bavarder dans la buvette ou sur les bancs pendant que le cours est donné est normal. Ne pas assister un semestre entier, faire photocopier le cours chez le premier de la classe la veille de l'examen est habituel. Plagier en mode copier-coller les exposés de bout en bout sur les sites internet est acquis. La session principale de l'examen est presque ignorée, pendant que celle de contrôle est désignée par « dawri el abtal », concours des champions, en référence au lexique du football! La « fausse copie », la fraude est devenue l'une des sources garanties de réussite pour les élèves comme pour les étudiants.
Aussi, est-il devenu ordinaire, presque sympathique, que des professeurs désespérés diffusent les dissertations de leurs élèves. Le désastre est national, les apprenants tunisiens sont devenus objet de risée collective.
Pourquoi Ben Ali et ses conseillers bien guidés avaient-ils opté pour cette politique de sabordage méthodique de l'école publique ? Plusieurs arguments concourent pour apporter des éléments de réponse ; pour avoir la paix sociale ; pour répondre aux statistiques prévisionnelles des organismes internationaux. Certains ajoutent que c'est pour promouvoir les écoles privées, dont une partie est contrôlée par la « famille ». Faire reporter au maximum l'échéance de l'explosion du chômage des jeunes, retenus alors sur les bancs des universités, est un autre motif d'ordre structurel. Dans tous les cas de figure, mal inspiré le régime a été. Ce sont essentiellement les frustrations accumulées de ces jeunes dits diplômés qui ont eu raison du système Ben Ali.
Si tel est le constat, identifié unanimement par le corps enseignant et par les autorités de tutelle, pourquoi les membres des gouvernements successifs hésitent-ils à prendre les mesures nécessaires ? Ce service public décisif pour la pérennité de la nation est au bord de l'effondrement. Pourquoi donc avance-t-on à reculons ? Parce que les réformes à apporter sont impopulaires. Un gouvernement, quelles que soient son orientation politique et sa légitimité, n'est pas sûr d'être soutenu dans sa démarche par les acteurs sociaux et politiques, c'est même l'inverse. Dévastatrice risque d'être, en conséquence, la réaction d'une partie de la population, si elle considère que par un système éducatif devenu sélectif, ses enfants sont exclus.
Les acteurs sociaux et politiques
L'Uget est parmi les acteurs qui ont contribué de manière directe ou indirecte à alourdir ce bilan catastrophique. L'Union générale des étudiants de Tunisie, cette fierté nationale créée en 1952, qui a pris part au mouvement de libération nationale et fourni au pays nombre d'opposants, a quelque peu changé de vocation ces dernières années. La centrale estudiantine est devenue le porte-voix des étudiants les plus capricieux et paresseux. Pour avoir été un témoin oculaire, les revendications s'étalent de la suppression de sanctions aux étudiants fautifs ou indisciplinés à l'exigence de rachat quand il n'y a pas lieu, à la requête de report ou d'espacement des examens, à la demande de la double correction, à la réclamation de ne pas tenir compte du nombre des absences. Faute de quoi, une grève générale et illimitée est décrétée. Les directions des universités face à ces chantages récurrents finissent, de guerre lasse, par généralement céder.
Le corps enseignant, de son côté, toutes catégories confondues, propose à l'envi des cas pratiques de laxisme généralisé, d'absentéisme fréquent, de favoritisme manifesté à l'endroit des élèves qui suivent des cours particuliers, de lacunes graves au regard de la matière enseignée. Multiples défaillances qui tirent leurs origines de carences à la fois d'ordre structurel et subjectif, à l'instar de l‘insuffisance de contrôle des inspecteurs, de cycles de mise à niveau et de formation, et faute de recherches académiques sérieuses et continues, pour ce qui est du niveau supérieur. Par l'effet papillon, ces faiblesses structurelles se sont répercutées sur le crédit des diplômes nationaux ainsi que sur la cote des campus tunisiens de plus en plus en recul dans les classements internationaux. Ce sont des réalités quantifiables. Pourtant, il ne faut pas les dire.
Les syndicats de l'enseignement, notamment secondaire et supérieur relevant de l'Ugtt, sont particulièrement puissants, par le nombre d'adhérents, par la capacité de mobilisation et par la sensibilité du secteur concerné. Or ces fédérations, très susceptibles, ne souffrent pas la moindre critique. Sinon, elles font savoir leur colère, exigent des excuses publiques, ou alors font miroiter l'éventail des menaces ; cela va de la traduction en justice pour les journalistes au lancement de grèves punitives pour les ministres. Lesdites fédérations se placent avec leurs affiliés au-dessus de tout débat national et l'assument. Comme si les professeurs n'étaient pas partie prenante dans l'affaire. Et pour ouvrir une parenthèse, qui a dit que la liberté de la presse ne couvre que le champ politique et les gens du pouvoir ? Houssine Abassi, secrétaire général de l'Ugtt, invité sur la chaîne nationale, il y a plus d'un an, a glorifié et défendu l'indépendance et la liberté des médias (comme principe de base) sur le registre d'or de l'émission hôte. L'Ugtt, donc, est une centrale syndicale historique, composante de l'identité tunisienne, acteur politique et social de poids, mais derrière l'institution, il y a des hommes, et très peu de femmes, d'ailleurs, qui peuvent se tromper de choix, de combats et d'alliances.
Restaurer l'école de la République
Que faire ? Pour répondre à cette question, il faudra d'abord répondre à celle-ci : qui a le plus souffert de l'effondrement du système éducatif public ? La classe moyenne, sans parler de l'aisée, a préféré réduire le budget familial et inscrire sa progéniture dans les écoles privées, et ce, depuis le primaire. Au terme du cursus, qui a plus de chance de trouver un emploi dans un marché exigu comme le nôtre ? Celui qui présente une demande d'emploi bourrée de fautes, qui ne maîtrise aucune deuxième langue, et qui plus est n'est pas recommandé ? Ou bien l'autre, celui issu de l'enseignement privé, doté de culture sociale et d'une relative bonne instruction, et parlant une deuxième, voire une troisième langue ?
Si les présentes générations ont bel et bien été sacrifiées, c'est un fait difficile à admettre, en restaurant l'école de la République, il y aura une chance de sauver leurs enfants. Les nations ne s'édifient jamais par la promotion des politiques populaires et populistes. Moralité de l'histoire, les acteurs sociaux précités avec la classe politique dans sa diversité idéologique sont appelés, par devoir patriotique, à soutenir tout responsable œuvrant à réformer l'enseignement, en commençant par abroger cette mesure sournoise des 25%. Entreprise qui s'avère difficile mais nécessaire, si impopulaire soit-elle.


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