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La menace terroriste, premier défi pour le Président Béji Caïd Essebsi
Opinions


Par Mehdi TAJE*
La problématique du terrorisme en Tunisie est relativement nouvelle. Les attaques ponctuelles enregistrées au cours des années 2000 (Djerba et Soliman) obéissaient à une toute autre logique. La menace à partir de l'année 2012 devient générale et durable de sorte que la lutte contre le terrorisme s'érige en impératif vital pour l'Etat. Cette dimension s'ajoute à d'autres facteurs de crise interconnectés (économique et sociale, crise des institutions, crise régionale). Seule une victoire décisive sur le terrorisme permettra de progresser sur les autres fronts, notamment le redressement économique et l'édification des institutions démocratiques.
La violence jihadiste résiliente et mutante constitue le défi principal d'ordre sécuritaire pour les autorités nouvellement élues. En dépit des coups qui lui sont portés, ses protagonistes renouvellent constamment les rangs de leurs combattants, s'adaptent aux évolutions intérieures et régionales sans changer pour autant leurs objectifs et leur référentiel idéologique. La mort dans la nuit du 17 au 18 février 2015 lors d'une embuscade suivant le modèle algérien de 4 membres de la Garde nationale et l'attentat effroyable du Bardo du 18 mars 2015 viennent nous rappeler à quel point la menace terroriste est ancrée dans la réalité tunisienne. Cet attentat visant le cœur du pouvoir tunisien, le tourisme, pilier d'une économie tunisienne au bord de l'asphyxie et le musée du Bardo, symbole de l'identité plurielle de la Tunisie, marque un tournant majeur susceptible d'induire un déraillement du processus démocratique. Par son mode d'action et ses cibles inédits, il frappe en plein cœur la jeune démocratie tunisienne, met au jour ses vulnérabilités et l'enracinement d'une menace terroriste en mesure de cibler la capitale et le cœur des institutions. Le premier gouvernement de la IIe République doit revoir ses priorités.
Le phénomène du terrorisme est transnational. En dépit des attaques sanglantes de Paris et de Copenhague, tout en ciblant les grands pays occidentaux (Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Espagne, etc.), il se concentre principalement, depuis les révolutions arabes, au sein des pays arabes et islamiques. En réalité, il se manifeste à trois niveaux :
Le niveau local : le milieu est réceptif lorsqu'il concentre d'une part des contradictions flagrantes et des vulnérabilités (économiques, sociales, religieuses, des mécontentements frappants, des griefs politiques, une jeunesse désœuvrée et en perte de repères, etc) et lorsque des pratiques illicites liées à des réseaux criminels transfrontaliers forment un milieu clandestin disposant de moyens financiers importants. La criminalité économique devient transfrontalière à la faveur des faiblesses des régimes en place (corruption, prise d'intérêts ou impuissance). La criminalité économique trahit toujours un degré de criminalité politique. Le terrorisme devient une menace permanente en l'absence d'une volonté politique de lutte claire et dépourvue de toute ambiguïté. Le laxisme, voire la complaisance, de la Troïka à l'égard d'éléments radicaux se réclamant ouvertement de l'islam jihadiste a permis à l'hydre terroriste de tisser sa toile. Alain Chouet, ancien haut responsable au sein de la Dgse et fin connaisseur du monde arabe, souligne : «Pour moi, ces attentats ne sont finalement qu'un prolongement terroriste de la stratégie politique d'Ennahdha qui consiste à couper le pays du reste du monde. La Tunisie ne vit que de ses capacités d'interactions avec le reste du monde et en particulier avec l'Occident. Elle n'a pas de ressources autonomes. Cela a été la stratégie permanente des Frères musulmans partout où ils ont agi : couper les ponts avec le monde extérieur dans l'objectif de prendre le pouvoir sans que personne ne puisse intervenir. Cela a été écrit noir sur blanc par Saïd Qotb, le grand penseur des Frères musulmans. Evidemment, les politiques occidentaux qui ont fait le pari d'un islamisme politique «modéré» en se satisfaisant de l'arrivée au pouvoir d'Ennahdha ont joué un jeu très dangereux. La quasi-totalité des Tunisiens salafistes sont issus des Frères musulmans, c'est-à-dire la mouvance d'Ennahdha. Cette mouvance a largement profité de cet enfumage, assez classique dans les mouvements fascistes, qui visait à montrer qu'il y avait les bons islamistes et les mauvais, mais dans les faits, ils roulent dans le même wagon. Il n'y a pas d'islamiste hard ou soft, l'islamisme est un bloc homogène. Faire une distinction entre un islamisme fréquentable et un islamisme infréquentable consiste à nier la nature même de l'islamisme. Ennahdha est l'archétype de cette nébuleuse islamiste».
Le niveau régional : les facteurs régionaux soutiennent et amplifient la menace terroriste en dopant les facteurs internes, tout en créant des dynamiques propres avec des finalités régionales.
L'échelle internationale : à ce niveau, interviennent des stratégies de manipulation obéissant à des calculs supérieurs, étrangers aux motivations locales. Il convient d'établir une distinction entre l'exécutant qui, motivé et endoctriné, croit dans la justesse de sa cause au point de pratiquer la violence sanguinaire et d'accepter le sacrifice ultime et, d'autre part, le commanditaire poursuivant des objectifs politiques, stratégiques ou criminels étrangers aux motivations des exécutants.
Certaines puissances utilisent le terrorisme dans des pays tiers pour justifier l'intervention et l'implantation militaire dans le pays considéré ou dans la zone considérée. Le terrorisme est une des voies de pénétration de l'impérialisme économique et de l'hégémonie politique. En outre, la révolution démocratique tunisienne a éclaté dans un contexte régional et arabe hostile. Tous les moyens sont bons pour affaiblir et éliminer un régime considéré comme un précédent dangereux.
La lutte efficace contre le terrorisme dicte d'analyser l'articulation entre ces trois plans. De ce fait, elle inclut à la fois la répression directe sur le terrain, la prévention, la valorisation de la sécurité globale, culturelle et humaine, la coordination régionale sur des bases convergentes et déterminées au niveau politique et diplomatique afin de dénoncer les visées malveillantes et les calculs obscurs et masqués des milieux commanditaires qui peuvent être des Etats, des groupes d'Etats, des multinationales ou des organisations criminelles transnationales.
C'est à travers le système de crises (sécuritaire, politique, économique et sociale) usant l'Etat et le corps social tunisien et les profonds bouleversements géopolitiques restructurant le voisinage tunisien (Libye, Algérie et profondeur sahélienne) que doit être analysée la montée en puissance du terrorisme menaçant la sécurité nationale tunisienne et hypothéquant la transition démocratique du pays.
En Tunisie, l'implantation du terrorisme s'est accompagnée d'une double menace mettant en cause l'unité nationale et le principe même de l'Etat national.
L'affaiblissement de l'Etat a provoqué une régression politique qui s'est exprimée par la remontée de la logique tribale. L'effort d'intégration nationale entrepris au lendemain de l'indépendance avait réussi à surmonter les clivages traditionnels des tribus et des clans. Cet acquis a été ébranlé par des revendications particularistes en vertu desquelles les ressources nationales (le phosphate dans le bassin minier) doivent profiter aux populations des tribus locales. Les désordres et les révoltes qui ont éclaté dans le bassin minier ont ouvertement soulevé cette revendication. Dans le reste de la région maghrébo-sahélienne où subsistent des minorités individualisées (Amazigh, Touaregs et Toubous), la problématique se pose en tant que facteur structurel de l'intégration nationale et de la construction de l'Etat. La Tunisie, en dépit de ces soubresauts, se distingue néanmoins dans le tableau régional par une unité nationale forte et éprouvée.
Néanmoins, la campagne électorale clivante menée par le président Marzouki a mis au jour des vulnérabilités et des lignes de fracture oubliées depuis l'indépendance et susceptibles de constituer un danger quant à la sécurité nationale.
D'autre part, la transition démocratique en Tunisie a révélé l'existence d'une minorité qui, niant la légitimité de l'Etat territorial, milite pour l'avènement de l'Etat communautaire (arabe ou islamique). Ces groupuscules s'attaquent aux symboles de l'Etat, apportent leur appui déclaré à l'avènement d'un Emirat ou à la proclamation d'un Etat islamique tel que Daech. Ils constituent une force intérieure à l'appui des thèses jihadistes.
Si la menace politique provincialiste reste surmontable par une stratégie de développement économique et social et d'équilibre régional, la menace communautariste constitue un danger profond lié au jihadisme islamiste international. La démarche doit vaincre toutes les menaces.
D'autre part, face à la complexité de la menace terroriste, la prudence doit guider toute politique de lutte. Deux questions s'imposent :
- Quelle est la part relevant du local et la part s'inscrivant dans une dimension globale établissant un lien avec une «internationale» terroriste?
- Quelle est la part authentique (combattants instrumentalisés, simples pions sur un échiquier, mais fondamentalement imprégnés par l'importance de leur cause) et la part manipulation et instrumentalisation (groupe infiltré par des services secrets étatiques et dont les actions téléguidées répondent à un agenda loin de toute foi islamique)?
Le terrorisme islamiste semble combiner une part d'authentique et une part de manipulation par des services étatiques et des sources obscures.
Le jihadisme islamiste mobilise des milliers de jeunes et les pousse au sacrifice dans l'espoir de l'avènement d'un émirat national ou d'un califat à l'échelle de la civilisation de l'islam. Mais il est clair que les stratégies des puissances qui commandent le terrorisme au Maghreb et au Machrek sont totalement étrangères aux intérêts supérieurs de l'islam et aux valeurs de la civilisation islamique.
La Révolution ayant conduit à la chute de Ben Ali en janvier 2011 et le processus de transition politique et institutionnel qui s'en est suivi ont de, manière logique, dans un contexte de rupture, conduit à un affaiblissement des structures de l'Etat en charge de la sécurité et corrélativement à une dégradation de la situation sécuritaire. Celle-ci, dominée au départ par des actes de délinquance et de prédation, a progressivement glissé vers des formes de violence structurées, idéologisées et privilégiant le terrorisme comme mode d'action. Cette évolution a connu sans conteste une forte impulsion suite au renversement du régime de Kadhafi au terme d'une guerre civile, dont la principale conséquence est le chaos, voire le risque d'implosion, qui caractérise désormais la situation intérieure libyenne (situation à l'irakienne). A cela s'est ajouté le départ — et pour certains, déjà le retour — de plusieurs milliers de jeunes Tunisiens (estimés à 3.000) vers la Syrie, nouveau centre du jihad international. Ainsi, aux répercussions d'une instabilité régionale en passe de devenir structurelle, se sont ajoutés à partir de 2012 les effets d'une crise politique interne et du jeu de certains acteurs, parfois directement impliqués dans la gestion des affaires publiques. Tous ces facteurs ont abouti, à partir de 2012, et surtout durant l'année 2013, à la montée en puissance sur le territoire tunisien de groupes radicaux se réclamant du salafisme-jihadisme, dont le plus notoire est Ansar Echaria.
Ainsi, l'émergence du terrorisme est liée à la faiblesse ou la paralysie de l'Etat. Le terrorisme en tant que violence politique se développe et s'enracine en l'absence d'une volonté politique claire de le combattre radicalement.
La bataille pour la sécurité devra être menée sur trois fronts : affirmer sans aucune faiblesse l'autorité de l'Etat, réprimer radicalement le terrorisme, éradiquer le crime organisé transnational. Le crime organisé, connu depuis plus de 20 ans, a pris une ampleur démesurée dans les pays du Sahel africain (trafic de cigarettes, voitures, pétrole, drogues, armes, êtres humains, etc.) et étendu son réseau à la Tunisie (pétrole, cigarettes, armes, drogues, produits alimentaires) ; il porte un potentiel de déstabilisation insidieux. Terrorisme et crime organisé transnational prolifèrent à la faveur de l'affaiblissement de l'Etat et opposent conjointement une capacité de résilience plus forte.
La politique de sécurité de la Tunisie devrait se déployer suivant les axes suivants :
Recentrer l'armée sur le cœur de son métier, à savoir le combat (défendre le territoire national, sécuriser les frontières, faire face aux menaces conventionnelles et développer les capacités de lutte contre les menaces asymétriques : terrorisme, crime organisé transnational, etc.). Etudier et initier un processus progressif d'externalisation de certaines fonctions (nourriture, habillement, gestion du parc automobile, etc.).
Etablir la fonction de chef d'état-major interarmées ou des armées (Cema) veillant à l'emploi des forces et assurant le commandement des opérations militaires. Les chefs d'état-major (terre, mer, air) quant à eux forment et préparent les forces armées. Cette fonction doit être institutionnalisée et les prérogatives du chef d'état-major interarmées clairement définies. Il a autorité sur les chefs d'état-major de l'armée de terre, de la marine et de l'armée de l'air ainsi que sur les directeurs et les chefs des organismes interarmées qui lui sont rattachés. Il a autorité sur l'état-major des armées.
Reconstituer et valoriser la réserve militaire. Tous les conscrits effectuant leur service national doivent sans exception être formés au maniement des armes et au combat (beaucoup trop, à ce stade, sont cantonnés à des tâches connexes, dont la surveillance des bases, etc.). La réserve doit être réorganisée suivant le modèle des forces, chacun pouvant être appelé à tout moment pour rejoindre son poste. Afin de demeurer opérationnels, sur le modèle suisse, une période de 15 jours par année ou tous les deux ans de retour au sein de l'institution militaire afin de mener les manœuvres et les entraînements nécessaires pourrait être instituée. Ainsi, progressivement, une réserve organisée, efficace et mobilisable à tout moment pourrait être constituée.
Abou Iyadh, chef de l'organisation terroriste Ansar Echaria, a constamment renouvelé son appel en faveur du jihad en Syrie et invité les Tunisiens à rallier les rangs du nouveau califat. Ces derniers représentent, avec un nombre estimé à 3.000 individus dont plus de 500 rentrés en Tunisie, le plus important contingent au monde de jihadistes engagés en Syrie, loin devant les Marocains estimés à 1.500, les Algériens à 200 et les Libyens à 600 (total pour le Maghreb d'environ 6.000). Le retour de ces jihadises radicalisés, fanatisés et aguerris au combat représente la menace principale à la sécurité nationale tunisienne, menace susceptible de déstabiliser durablement le pays et d'entraver le processus de consolidation démocratique. Des mesures urgentes doivent être mises en place par les autorités tunisiennes afin de détecter ces individus, assurer la neutralisation des plus radicaux et réinsérer et déradicaliser les moins extrémistes à travers un processus d'encadrement judiciaire, professionnel et médical. Les mosquées, associations caritatives, sites internet, etc. doivent faire l'objet d'un contrôle rigoureux en conformité avec les droits constitutionnels afin de ne pas leur octroyer une caisse de résonance amplifiant leur capacité de nuisance (capacité à endoctriner eux-mêmes d'autres Tunisiens une fois de retour). Dans cette optique, les autorités tunisiennes pourraient :
Lancer un plan national de prévention de la radicalisation des jeunes pouvant être élargi aux pays du Maghreb et aux cinq pays de l'arc latin (plan dans le cadre du Dialogue 5+5).
Le succès dans l'éradication de la violence jihadiste en Tunisie ne peut se limiter au renforcement des moyens technico-opérationnels et de la coopération interservices, mais suppose également une attitude consensuelle de la part des différents courants politiques autour de cet objectif, une désidéologisation de l'enseignement religieux et des lieux de culte et enfin une synergie des services de l'Etat avec la société civile. Il s'agit là du volet « politico-social » de l'action publique contre l'extrémisme armé, trop longtemps négligé ou rejeté tant à l'époque de Ben Ali que sous le gouvernement de la Troïka, mais qui est indissociable du renforcement et de l'adaptation de l'outil sécuritaire.
Proposer la création d'une structure d'accueil en mesure de :
Assurer le débriefing par les services de renseignements.
Assurer le suivi policier et judiciaire.
Assurer un suivi psychologique et médical.
Assurer une formation professionnelle en vue de la réinsertion de ces individus dans la société.
Assurer un encadrement religieux et théologique afin de réhabiliter ces individus imprégnés d'un islam étranger à notre culture.
Impliquer les familles dans ce travail de réendoctrinement.
Il serait bon de faire appel aux Nations unies afin d'obtenir les financements et d'ériger cette structure en expérience pilote au sein du monde arabe.
La lutte contre le terrorisme doit reposer sur un édifice cohérent. Les affaires relevant du terrorisme doivent échapper aux juridictions ordinaires, les enquêtes devant être confiées à des magistrats instructeurs ou procureurs hautement spécialisés. Dans le cadre de la loi antiterroriste de 2003, tout est centralisé au sein du tribunal de première instance de Tunis. Une lacune significative demeure : l'absence de spécialisation des acteurs judiciaires non surmontée par la création du nouveau centre judiciaire. Créer un pôle antiterroriste au sein du tribunal de première instance de Tunis instituant la fonction de juge d'instruction antiterroriste (4 juges à titre indicatif collaborant avec les services de renseignements et leurs homologues étrangers, etc.) constituerait une avancée certaine. Il va de soi que le cadre législatif et donc le vote d'une loi antiterroriste efficace et adaptée à la nouvelle menace dans tous ses aspects est une priorité absolue. Les atermoiements de l'ancienne ANC dominée par la Troïka et le parti Nahdha interpelle
Le défi posé par le développement du jihadisme, couplé à des activités de contrebande et de trafic d'armes et de stupéfiants dans les régions frontalières, requiert une mutualisation des missions menées par les appareils sécuritaires qui, s'ils doivent conserver leur spécificité, sont complémentaires. Il convient en outre de renforcer les capacités d'analyse des services de renseignement et de restaurer un maillage sécuritaire étroit du territoire national. Parallèlement, il incombe d'initier une réforme en profondeur du système de sécurité tunisien, qui passe par la création d'une structure de coordination dans la lutte antiterroriste. Pour être efficace, elle devra s'appuyer sur un cadre politique et institutionnel solide et légitime.
La coordination et le renseignement sont en effet au cœur de la lutte contre le terrorisme. De nombreuses lacunes caractérisent le système tunisien alors que le pays est en guerre. En ce sens, il conviendrait de créer au sein de la présidence de la République un Conseil national de coordination assurant la coordination entre :
Un pôle action constitué d'une direction centrale comptant un représentant dans chaque région militaire à créer (il conviendra de découper le territoire national en régions militaires regroupant plusieurs gouvernorats), responsable de la zone, chargé du commandement et disposant de l'ensemble des moyens basés dans la région. Il est l'unique responsable et rend compte de toute défaillance. Il dispose également d'une task force composée de forces spéciales bénéficiant de l'équipement de pointe dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et des moyens de projection (notamment héliportés). Il ne s'agit plus d'occuper le terrain mais de s'appuyer sur des unités mobiles hautement spécialisées. Cette task force doit être mobilisable et projetable dans un délai de 30 minutes afin de traiter la menace terroriste identifiée ;
Le pôle judiciaire constitué du pôle antiterroriste nouvellement créé et de la police judiciaire
Le pôle renseignement constitué des agences de renseignement (interne et externe). Afin d'optimiser l'exploitation du renseignement stratégique, créer une Agence nationale du renseignement centralisant, exploitant et diffusant le renseignement en provenance des institutions existantes au sein des ministères de l'Intérieur et de la Défense, du ministère des Affaires étrangères et du ministère des Finances (financement du terrorisme et douanes). Il s'agit de raccourcir au maximum la chaîne entre l'acquisition du renseignement et l'action sur le terrain.
Ce Conseil national de coordination se réunira à la demande du président de la République quotidiennement (en cas de crise) et de manière hebdomadaire en associant les ministres concernés selon les besoins (Intérieur, Défense, Justice, Affaires étrangères, etc.).
Renforcer la formation et l'équipement des forces spéciales (pas de sous-emploi) et en constituer un outil stratégique. Il s'agit de créer une articulation étroite entre le renseignement stratégique et des forces spéciales valorisées, formées aux dernières doctrines de lutte, équipées des moyens les plus modernes en termes d'armement et de capacités de projection, etc. l'objectif étant de raccourcir impérativement le délai d'action (la chaîne de commandement) entre l'identification d'une menace et son traitement par les forces spéciales.
La lutte contre le terrorisme va s'inscrire sur le long terme. Elle ne peut être victorieuse sans «gagner les cœurs et les esprits» (concept de base de la guerre contre-insurrectionnelle). Une population hostile aux forces menant la lutte contre le terrorisme est un handicap majeur, quasi insurmontable. A ce stade, s'établit la connexion entre l'impérieuse nécessité de mesures économiques et sociales urgentes afin de rompre le lien entre une population désœuvrée et des terroristes ou criminels en mesure, compte tenu de leurs capacités financières et de la crainte qu'ils inspirent, d'acheter leur complicité. Le concept d'économie de la lutte contre le terrorisme devra être théorisé et valorisé.
En s'appuyant sur l'articulation des trois plans dans l'analyse du terrorisme en Tunisie, une veille géopolitique relativement aux évolutions rapides et brutales de notre voisinage stratégique maghrébo-sahélien et de la scène moyen-orientale s'impose.
Créer un Observatoire national des crises et du terrorisme axé sur l'analyse géopolitique et sur l'anticipation de l'évolution du terrorisme et des menaces susceptibles de frapper la Tunisie et de menacer la transition démocratique et la sécurité nationale s'érige en impératif. Il s'agit de ne plus subir et de réagir dans l'urgence en mettant en avant l'attitude proactive.
Cet observatoire géopolitique et prospectif assurera au profit du président de la République une mission de veille, d'alerte, de suivi et de prospective (anticipation) des évolutions géopolitiques, des crises et des conflits à l'échelle régionale et internationale et de la menace terroriste et criminelle. Il opérera en fonction d'un découpage géographique. Dans un environnement international et régional marqué par une incertitude croissante, l'identification, l'analyse et l'évaluation des situations de crise et des menaces constituent un instrument indispensable de gouvernance et de prévention des crises susceptibles de déstabiliser la Tunisie. Le président de la République doit pouvoir disposer de l'ensemble des données pertinentes et des outils permettant d'éclairer la décision. En ce sens, une capacité permanente de veille, d'alerte et d'anticipation par la construction de tableaux de bord prospectifs doit être mise en œuvre. Il s'agit de renforcer de manière significative les capacités d'évaluation et d'anticipation géopolitique du président de la République. En ce sens, la mission pourrait être résumée en ces termes : évaluer et analyser (comprendre), anticiper, proposer.
Dans le cadre d'une montée en puissance de la menace terroriste, les aléas et les incertitudes inhérents au maintien de l'ordre et à la sauvegarde de l'intégrité de l'Etat peuvent affecter directement ou indirectement la sécurité nationale. En ce sens, l'action préventive acquiert une dimension centrale. Il s'agira d'être en mesure d'anticiper des situations que nous pouvons qualifier de «situations de seuil d'alerte sécuritaire».
Le fonctionnement et la performance des forces armées et de sécurité s'inscrivent au sein d'une représentation du champ des menaces non pas simplement du passé ou du présent mais également de l'avenir. Un Etat doit être en mesure de maîtriser les enjeux d'avenir de sa politique de défense et les besoins qui en découlent afin de jouer pleinement son rôle dans le maintien des grands équilibres internes.
La volatilité et la diversité des menaces pouvant peser significativement sur la sécurité du pays dictent de sensibiliser les dirigeants à la nécessité de la prise en compte de l'avenir dans leurs processus d'évaluation, de diagnostic et de traitement des sources de menace avérées ou potentielles.
Dans ce cadre, la prospective a pour vocation de «rajouter des cases dans les stratégies de défense du territoire national». Penser l'avenir, c'est se préparer à l'action, c'est forger une stratégie d'investigation de l'avenir (être en mesure de le baliser) débouchant sur un outil opérationnel d'aide à la décision stratégique.


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