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Serge Lancel, portrait d'un savant admirateur de la Tunisie
Publié dans Leaders le 02 - 10 - 2017

Pas besoin d'attendre le 9 octobre pour commémorer la disparition de l'un des plus illustres historiens français du XXème siècle car la communauté des historiens africanistes de tous horizons n'oubliera jamais cette figure imposante de l'historiographie française et nord-africaine.
Fondateur de la Société d'étude du Maghreb préhistorique, antique et médiéval (SEMPAM), directeur de la mission archéologique française lors de la campagne internationale pour la sauvegarde de Carthage, membre de l'Académie française et grand spécialiste de l'histoire ancienne de l'Afrique du Nord, Serge Lancel a ainsi sa place dans les dictionnaires et les encyclopédies ; les manuels d'historiographies reproduisent et répètent à satiété l'image d'un philologue rigoureux qu'il a d'ailleurs lui-même entretenue. Certains de ses ouvrages, régulièrement réédités, sont aujourd'hui encore disponibles sous des formats avantageux. Mais cette postérité éditoriale demeure partielle et n'a pas suffi à freiner l'effacement de certains de ses conclusions pourtant savantes, ouvertes et innovantes.
Un classique, Serge Lancel ? C'est la postérité qui désigne d'abord le classique. L'œuvre elle-même ne se définit-elle pas au-delà de la mort ? Du projet intellectuel souvent transformé, inachevé, c'est la mort qui marque la clôture, qui permet aussi l'ouverture herméneutique sur le sens, sens de l'œuvre, adéquation de l'œuvre à son auteur, à son temps. Ici, la postérité ouvre et offre à l'œuvre une nouvelle historicité qui ne se joue pas uniquement dans le plein du texte, mais dans des manifestations et des traces nombreuses comme les nécrologies, les témoignages d'ami(e)s et de disciples, les notices de dictionnaires, mais aussi dans un travail d'édition de manuscrits, achevé ou non, complets ou non, souhaités ou non par l'auteur, par un travail sur l'œuvre, par les interprétations, les traductions et les relectures.
En effet, toutes ses traces ne sont pas uniquement textuelles : les avatars posthumes vivent de commémorations, colloques, anniversaires, prix, ils s'incarnent parfois dans des institutions, des fondations, des associations, mais aussi des lieux, des auditoires, des places. C'est sur ces seuils, dans ces lieux, autant que dans les textes interprétatifs que se lit une postérité qui par la pérennité qu'elle sanctionne a des effets spécifiques : elle inscrit l'œuvre dans une tradition, une mémoire, qui précède.
Tous ces éléments qui impliquent la postérité, nouent ou renouent les liens entre un passé proche ou lointain et un présent vécu. Ils finissent par contaminer non seulement les représentations de la mémoire historiographique mais le sens de l'œuvre historique elle-même.
Dès le lendemain de la disparition de Serge Lancel, survenue un certain 9 octobre 2005, les pairs et les héritiers commencèrent à esquisser, chacun à sa manière, la trajectoire de l'un des plus grands spécialistes français des Antiquités nord-africaines. Son parcours académique fut plus que brillant. La parution, à titre posthume en 2007, de son ouvrage intitulé « Une saison en Numidie » a provisoirement clos le corpus des publications préparées par l'Académicien. Mais d'autres textes ont maintenu une certaines présence posthume de Serge Lancel, enrichie de la publication d'une traduction de Rutilius Namatianus (De reditu) et de quelques lettres de Saint Augustin. Son cours de latin tardo-antique est actuellement en train de se préparer pour enrichir son corpus auquel manque la part essentielle, laissée en chantier : les christianismes nord-africains de l'époque romaine, sujet auquel il avait déjà consacré un nombre important d'articles savants.
Dans ses dernières années, lorsque Serge Lancel s'efforce de définir une nouvelle conception de l'histoire ancienne de l'Afrique du Nord, il ne la dissocie pas à une démarche carrée mais plutôt à la perspective Braudelienne de la longue durée. C'est donc en fonction de nouvelles exigences épistémologiques qui se mettent en place dans sa lecture historique une dimension proprement « positiviste » et pragmatique. De ses grands travaux on peut ainsi retenir ses livres sur Carthage, Hannibal et Saint Augustin qui font de notre historien un savant pluridisciplinaire. Néanmoins, l'œuvre de Serge Lancel n'est pas réduite à un programme qui aurait été celui d'une Ecole, à une vulgate ou à un bréviaire. Ses travaux, et plus précisément encore ses interventions à l'Académie française au bénéfice d'une coopération historico-archéologique entre la rive nord et la rive sud de Méditerranée ont incontestablement donné à l'homme une dimension d'un Apulée des temps modernes.
Relire aujourd'hui Serge Lancel ne peut pas se limiter à une redécouverte ou une simple réactualisation. Les avatars posthumes de son œuvre rappellent ce curieux paradoxe de l'histoire intellectuelle et de l'histoire des livres. Pour qu'il y ait un retour, il faut aussi qu'il y ait eu au préalable une reconnaissance, il faut que cette reconnaissance soit également investie dans des opérations précises qui autorisent, comme le note Michel Foucault, « le retour même à cet acte instaurateur » que constitue ici le travail de l'historien Serge Lancel.
Mohamed Arbi Nsiri


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