Attention Tunisiens : le ''lait pour bébés'' vendu sur Facebook présente des risques    Aymen Montacer présente les Volvo EX90 et ES90 : Le futur de l'électrique débarque en Tunisie    Pluies, neige et vents violents : une situation météo agitée dans le Nord-Ouest    Décès de l'actrice de'' Home Alone''    Intempéries : appel urgent à la prudence à Tunis dès 19h    Match Tunisie vs Egypte : où regarder la finale de la CAN Handball 2026 ce 31 janvier?    Interpellation de Sani Sener, l'ancien patron de TAV à cause de l'aéroport d'Enfidha    Virus Nipah : l'OMS rassure mais appelle à la vigilance mondiale    La selle et le cavalier de Mohamed Laroussi El Métoui: Une nouvelle traduite par Tahar Bekri    Eyas Naif Assaf : Avec Jendoubi, Ooredoo Tunisie mise sur l'excellence et la fierté nationale    Mohamed Ali ben Hafsia – Ooredoo Tunisie : Avec Jendoubi, Ooredoo soutient la Tunisie vers l'or et la fierté olympique    Nouvelair lance une offre exclusive dédiée à son programme de fidélité Jasmin    L'Université de Sfax et l'Université algérienne Abbes Laghrour Khenchela signent une convention de coopération    Lotfi Ben Haj Kacem annonce le rebranding de Hayett Assurances et fixe le cap des prochaines années    Ooredoo Tunisie Sponsor Officiel du Champion du monde Mohamed Khalil Jendoubi    Dry January : un mois sans alcool face au déni tunisien    The Aviator Institute rejoint le réseau Airbus et positionne la Tunisie comme hub de formation aéronautique    Météo en Tunisie : Des vents forts à très forts attendus dans la plupart des régions    Mahindra Tunisie lance le nouveau 3XO: Une nouvelle référence dans le segment des SUV compacts    Le ministère du Commerce avertit : dites NON au café non contrôlé !    La FIFA en mission en Tunisie pour évaluer l'usage du VAR    La Tunisie au Conseil de Sécurité : Rien n'a changé dans les territoires palestiniens occupés, le cessez-le-feu reste violé par la puissance occupante (Vidéo)    Maledh Marrakchi - IA en 2026: D'après Stanford, l'heure des comptes a sonné    Match Tunisie vs Algérie : où regarder la demi-finale de la CAN Handball 2026    Constituants sans constitutionnalisme, thème des Journées Abdelfettah Amor    Météo en Tunisie : temps pluvieux au nord    Le Forum Chokri Belaid des Arts se déroule dans sa 9ème édition du 1er au 7 février 2026    Les experts confirment : la Tunisie peut-elle connaître des ouragans ?    Rapport entre monde de la recherche et monde de la pratique: La recherche collaborative    Le cirque Paparouni s'installe à Carthage durant les vacances scolaires et présente Jungle Book    D'où vient un trésor historique découvert à Houaria ?    Forum Chawki Gaddes pour les droits numériques - Journée d'étude sur la protection des données personnelles : Mercredi 28 janvier 2026, faculté des sciences juridiques, politiques et sociales de Tunis    Décès d'une star du football, Mahfoudh Benzarti : une carrière singulière    Inondations : Kaïs Saïed appelle à des mesures concrètes et à une mobilisation nationale    Vagues géantes à Nabeul : des vestiges antiques dévoilés après les tempêtes    Baker Ben Fredj revient avec l'exposition 'Le Reste' à la galerie Archivart après 20 ans d'absence    Kais Saied reçoit l'ambassadrice de Pologne à l'occasion de la fin de sa mission en Tunisie    Justice : trois ans et demi de prison pour Borhan Bsaies et Mourad Zeghidi    Document – Le discours-évènement du Premier ministre canadien Mark Carney à Davos : privilégier les valeurs, face à la domination    Tahar Bekri: Saule majeur    Penser le futur par le passé: Carthage antique et le boomerang colonial dans la géopolitique du Groenland    Abdellaziz Ben-Jebria – Mes périples et maisons : lieux en souvenir    Professeur Amor Toumi: Père de la pharmacie et du médicament en Tunisie    Programme Ceinture Verte en Tunisie : reboisement pour lutter contre la dégradation des sols et la désertification    USA: La suspension de la délivrance de visas affecte-t-elle un visa en cours de validité et s'applique-t-elle aux visas de tourisme ? Voici la réponse    Secousse tellurique en Tunisie, au nord de Béja ressentie par les habitants    L'Université de Sousse et le Centre Universitaire de Maghnia (Algérie) scellent un partenariat stratégique    Tunisie–Mali (1-1, tab. 2-3): Une élimination frustrante    







Merci d'avoir signalé!
Cette image sera automatiquement bloquée après qu'elle soit signalée par plusieurs personnes.



Houcine Jaïdi: A Tabarka, un rendez-vous heureux du nautisme avec le patrimoine
Publié dans Leaders le 15 - 07 - 2019

Le mardi 16 juillet, la ville de Tabarka vivra un évènement riche en significations, qui est sans doute la plus belle manière de renouer avec la longue histoire de la cité, de marquer l'actualité et de baliser la voie à suivre pour un développement qui valorise de grands atouts jusque-là négligés. Il s'agit de l'arrivée d'une régate composée de six voiliers en provenance de Pegli, un quartier situé à l'ouest de Gênes, où l'activité portuaire est présente depuis la nuit des temps. Le nautisme servira, à l'occasion de cette manifestation, d'appui à la promotion d'un patrimoine historique qui aspire à une dimension universelle.
Une passion de la navigation à voile qui rappelle une histoire partagée
Baptisée ‘'Sur la route du corail'', la traversée bénéficie de l'appui de nombreux organismes et institutions d'Italie et de Tunisie, à commencer par les autorités communales de Gênes et de Tabarka ainsi que la société civile. Elle tirera parti d'une bonne et importante couverture médiatique assurée par des médias tunisiens et italiens.
La traversée rappellera l'histoire de la famille des Lomellini originaire de Pegli et qui a conduit, en 1544, l'installation à Tabarka des pêcheurs ligures, en application de l'accord obtenu, quelques années plus tôt, par Charles Quint dans un contexte où il rivalisait avec les Ottomans pour la maîtrise du sultanat hafside en décomposition. L'accord confiait aux Lomellini un ‘'comptoir'' où ils allaient exercer le monopole de la pêche et de la commercialisation du corail. Cette installation, qui devait durer deux siècles, est encore marquée, aujourd'hui, dans le paysage, par la fière allure du ‘'Fort génois'', fief des Lomellini. Son achèvement a eu lieu en 1741, date à laquelle le Bey de Tunis, Ali Pacha a mis fin au monopole dont jouissaient les Lomellini. Il en a résulté une dispersion de la communauté ligure dont certains membres sont allés d'abord fonder Carloforte sur l'île sarde de San Pietro, alors que d'autres se sont installés, quelques décennies plus tard, dans la toute proche île de Sant' Antioco où ils ont érigé la ville de Calasetta. Les Tabarquins qui, peu de temps après, ont transité par Alger, ont eu pour destination finale l'Espagne où ils ont fondé, sur l'île de San Pablo, Nueva Tabarca située au large d'Alicante. Au total, les pérégrinations des ‘'Tabarquins'' auront duré près de trois siècles et marqué, de différentes manières, l'histoire de l'Italie, de la Tunisie et de l'Espagne.
Outre la visite du fort génois et de plusieurs autres lieux et installations touristiques représentatives de Tabarka et de sa région, les régatiers, qui seront reçus à Tabarka, auront l'occasion, le jour même de leur arrivée et le lendemain, de prendre connaissance du patrimoine culturel, des arts traditionnels et des produits artisanaux de la région et de visiter certains établissements de formation. Le surlendemain, la flottille quittera la cité du corail pour gagner Carloforte, la cité sarde jumelée avec Tabarka.
Un apport bienvenu pour l'offre touristique du Nord-Ouest tunisien
La régate permettra d'attirer l'attention sur les atouts de Tabarka en matière de nautisme dont la plus-value est bien connue dans le domaine du tourisme. Dans la cité du corail, la marina, inaugurée, il y a de longues années est loin de connaître une activité débordante. La rareté des bateaux de croisière et la léthargie des services de tout genre rappellent inlassablement aux visiteurs que le nautisme y est plutôt un projet qu'une réalité percutante. Le problème est manifestement un problème de vision et de gouvernance d'une part parce que les investissements n'ont pas manqué et d'autre part parce que la tradition maritime, à Tabarka, remonte à la haute Antiquité. Les vestiges antiques témoignent du rôle de Tabarka dans l'exportation, vers de nombreux pays méditerranéens du célèbre marbre jaune de Chimtou (l'antique Simitthus) exploité d'abord par les rois numides puis, à grande échelle, par l'administration romaine.
Dans les premiers temps du tourisme tunisien, Tabarka a déjà montré qu'elle était capable d'une offre touristique originale. Le club nautique municipal, créé en 1972 est le plus ancien du genre en Tunisie. Il continue à constituer l'une des meilleures attractions de la cité et la modestie de ses moyens n'a pas entamé la sûreté de ses services et la variété de ses programmes.
Le festival international de Tabarka lancé par Lotfi Belhassine, en 1973 avec le fameux slogan ‘'Je ne veux pas bronzer idiot'' s'est rapidement constitué une très bonne réputation à l'échelle nationale et internationale. Son atout majeur était la culture (musique, théâtre, conférences, ateliers et expositions) proposé aux estivants ; la scène était simple mais prestigieuse ; il ne s'agissait ni plus ni moins que de la ‘'Basilique'' de Tabarka, vestige rare de la ‘'Thabraca'' antique.
Rebaptisé, en 1997, ‘'Tabarka Jazz Festival'', l'évènement culturel a connu une évolution en dents de scie (fluctuation des dates, manque de financement, annulation de certaines sessions). La mise en exploitation de l'aéroport international de Tabarka en 1992 et du tronçon d'autoroute Béja-Bousalem, en 2016 et l'inauguration du Théâtre de la mer en 2018 n'ont pas assuré une relance définitive pour un Festival emblématique de Tabarka et vieux d'environ un demi-siècle. Pour la session de 2019, aucune annonce n'est encore faite, ce qui n'augure de rien de bon.
Au total, une ville, pourvue d'une chaine d'hôtels, d'une marina, d'un aéroport international et rapprochée par une autoroute, n'arrive pas à retrouver le dynamisme du véritable tourisme culturel qu'elle a connu dans les années … 1970. Le paradoxe est d'autant plus frappant que la ville de Tabarka est adossée à un arrière-pays riche en ressources naturelles et patrimoniales variées et originales (montagne, forêt, sites archéologiques majeurs, sépultures protohistoriques taillées dans les rochers…). Ainsi, la faiblesse du développement du tourisme, culturel surtout, est inversement proportionnelle à l'importance et à la multiplicité des atouts. Un véritable cas d'école pour un échec presque total du ‘'modèle de développement''.
Attachés au développement de leur région, les Tabarkois n'ont pas cessé de multiplier les initiatives en créant des associations et en lançant des manifestations artistiques originales. En témoigne, par exemple, le ‘'Tabarka Sky Lantern Festival'' qui en est, cette année, à sa cinquième session et qui compte parmi ses grands succès, la pièce de théâtre ‘'Roméo et Juliette à Tabarka'', jouée en 2016 au Fort génois. En témoigne aussi la forte implication des Tabarkois dans les manifestations de la ‘'Saison bleue'' organisée en 2018.
La régate génoise s'inscrit parfaitement dans le choix fait par les Tabarkois de ne plus tourner le dos à la mer et d'en faire un grand horizon pour un développement global qui se veut, à l'intérieur, adossé au patrimoine historique, archéologique et monumental et, à l'extérieur, ouvert sur le monde et prompt à saisir toute opportunité de coopération mutuellement profitable.
Un soutien précieux à un grand projet culturel
L'arrivée de la régate a lieu à une date où la Tunisie s'active pour achever la présentation de sa candidature conjointement avec l'Italie et l'Espagne pour l'inscription de l'aventure historique des Tabarquins sur la liste du patrimoine immatériel de l'humanité. Ce beau projet, original non seulement par son contenu mais aussi par l'association de trois pays, a pour titre ‘'L'héritage culturel immatériel de l'aventure des Tabarquins, un patrimoine méditerranéen partagé''.
Datant de quelques années, l'initiative a émané de la société civile. La figure de proue du collectif associatif qui a porté le projet est l'Association ‘'Le pays vert : la Tunisie du Nord-Ouest'' créée il y a une quinzaine d'années et présidée par Monique Longerstay, Tabarkoise de cœur qui ne cesse de fédérer les efforts en faveur d'un développement durable et inclusif du Nord-Ouest de la Tunisie, particulièrement dans sa dimension patrimoniale.
Relayée d'abord par les autorités officielles locales et régionales, la démarche a abouti à une mobilisation des autorités tunisiennes en charge du patrimoine ainsi que des autorités italiennes et espagnoles soutenues, elles aussi, par des initiatives locales et des personnalités de différents horizons. La première démarche entreprise auprès de l'Unesco, au mois de mars 2018, a été suivie, le 5 mai de la même année, de la signature, à Tabarka, du protocole préalable d'accord des communes tabarquines des trois pays. C'est au mois de mars 2020 que le projet de classement tripartite sera déposé formellement auprès de l'Unesco.
Compte tenu de son importance pour la ville de Tabarka et de sa région, le projet a rapidement convaincu et mobilisé de nombreuses composantes de la société civile et des personnalités tunisiennes attachées au patrimoine historique et assurés de sa capacité à dynamiser la vie économique et à rapprocher les peuples.
L'essor du tourisme alternatif est à portée de main si….
Puisse la régate, dont l'arrivée à Tabarka est prévue pour le mardi 16 courant, montrer la voie à suivre en matière de diversification du produit touristique, en valorisant le culturel, trop négligé jusque-là, tout comme le nautisme, deux atouts pour lesquels Tabarka est fortement pourvue. Nul doute que le développement du nautisme et le label de patrimoine immatériel de l'humanité contribueront à la montée en gamme du tourisme dans la région et participeront à la création des richesses jusqu'à des limites insoupçonnées.
Mais à Tabarka et dans sa région, comme partout en Tunisie, rien ne viendra sans un travail méthodique et une coopération efficiente entre le ministère du Tourisme et celui des Affaires culturelles ainsi que d'autres départements ministériels tels que celui de l'agriculture (qui monopolise la gestion des forêts et des barrages) et celui du Transport (qui gère le réseau routier, la voie ferrée et l'aéroport).
Les mesures prises le 11 courant, soit quelques jours avant l'arrivée de la régate génoise, à Jendouba, par le ministre du Tourisme et de l'Artisanat vont dans ce sens. Il y est, entre autres, question de la collaboration avec le ministère du Transport pour relancer l'activité de l'aéroport de Tabarka. Souhaitons-leur une exécution rapide. Il faut espérer aussi une collaboration prochaine avec le ministère des Affaires culturelles pour traiter des dossiers urgents tels que la dégradation du site de la ‘'Basilique'' à Tabarka, l'absence de véritables recherches archéologiques sous-marines et la léthargie des deux sites archéologiques de Bulla Regia et de Chimtou si peu présents dans l'activité touristique et plus généralement dans le développement régional.
Professeur Houcine Jaïdi


Cliquez ici pour lire l'article depuis sa source.