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Michèle Gazier : Il était une fois Leila Menchari
Publié dans Leaders le 07 - 04 - 2020

« Accompagner ceux que l'on aime avec un arbre ou avec des mots, témoigner de l'affection qu'on leur porte est si important. », Michèle Gazier, à qui Leila Menchari avait demandé de rédiger ses mémoires pour le livre-hommage que la maison Hermès souhaitait lui consacrer « La reine Mage » (Editions Actes Sud, 2016) est encore sous le coup de l'émotion. « Avec des mots », trempés de sincérité et de talent, elle lui rend sur Leaders cet hommage poignant. Un texte pétri d'amour et d'"admiration qui s'ajoute à celui de l'ambassadeur de France à Tunis, Olivier Poivre d'Arvor : Ma reine de Carthage.
Le destin a ses cruautés. Alors qu'elle était depuis des lustres sous les lumières de la création et de la beauté, Leila Menchari, reine Mage des vitrines Hermès, a pris ses quartiers d'éternité dans le silence et la solitude du confinement. Elle avait 92 ans et le Covid-19 a eu raison de sa résistance.
Cette Tunisienne, fleuron du luxe et de l'élégance et qui avait au cœur deux amours Hammamet et Paris a su sa vie durant réunir dans sa création ces deux lieux et ces deux cultures.
Née dans un famille tunisoise éclairée, d'un père juriste et d'une mère première femme à s'être dévoilée et à courir le pays pour exhorter les femmes à lui emboiter le pas, Leila, dite Lili, a toujours raconté sa vie comme un rêve. Petite fille sportive, nageuse émérite et volontiers sauvageonne, elle avait un jour par erreur franchi le seuil d'un domaine enchanté, un jardin extraordinaire ouvrant sur une plage d'Hammamet. Et telle Alice, elle avait pénétré dans un pays des merveilles que régissait un Américain, Jean Henson et son épouse l'anglaise Violet.
Le lieu était connu des intellectuels et des artistes du monde entier, et Leila-Lili y reviendrait tous les ans fidèlement, accueillie et choyée par le couple.
C'est là qu'elle a découvert sa vocation, le dessin. C'est auprès de Jean et Violet qu'elle a acquis l'assurance suffisante pour tenter la grande aventure des Beaux arts de Paris où malgré les réticences familiales elle est aller étudier.
Dessinatrice talentueuse, jeune femme éblouissante, Leila, a d'abord été mannequin vedette chez Guy Laroche, mais le dessin, la création lui manquaient et c'est en allant proposer des dessins à la décoratrice de la maison Hermès, Annie Beaumel, qu'elle va entrer dans le deuxième lieu extraordinaire de sa vie, la grande maison du Faubourg Saint Honoré, dont elle enchantera les vitrines pendant plusieurs décennies.
Annie Beaumel lui avait demandé de dessiner ses rêves et elle n'a jamais cessé de les dessiner, de les mettre en scène, de les sublimer, de les enrichir de sa vie et de ses voyages. Ses rêves nous ont fait rêver parce qu'ils nous offraient derrière la transparence de la vitrine, des contes nomades où se mêlaient les imaginaires d'Orient et d'Occident. Le luxe parisien et la beauté méditerranéenne, la rigueur française et la luxuriance orientale. Tout un univers où elle aimait réunir les matières et les formes, les parfums capiteux et les senteurs de ce Jardin des Henson dont elle fut l'héritière à la mort de Jean.

Tout l'art de Leila Menchari est dans cette synthèse harmonieuse entre les deux pays de son cœur, les deux mondes dont elle est née une deuxième fois dans la création.
En 2016, elle m'avait demandé de rédiger ses mémoires pour le livre-hommage que la maison Hermès souhaitait lui consacrer et qui réunirait les photographies de toutes ses vitrines. Pour ce livre - La reine Mage - publié aux éditions actes Sud, elle avait dû revisiter sa vie, réveiller les moments les plus sombres et ceux qui étaient pure lumière. Il y avait de la douleur dans son récit car ses amis les plus chers - Jean, Violet, Jean-Claude Pascal, Azzedine Alaïa, Danièle Eyquem, César, Michel Tournier, Jean-Louis et Rena Dumas, Jeanne Moreau... - étaient partis et que le monde était devenu plus étroit, plus sombre.
Restait comme une lumière dans ce clair obscur de sa vieillesse, Le Jardin d'Hammamet avec ses grands arbres, ses paons, ses bassins de nénuphars et son jasmin en fleur. C'est là que reposeront ses cendres, là dans ce lieu merveilleux où la petite fille était devenue fée. Là où, comme l'écrivait René Char, "Toute la place est pour la Beauté".


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