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Tunisie : pourquoi toute cette violence ?
Publié dans Leaders le 11 - 11 - 2021

Par Azza Filali - Les faits divers pointent du doigt les grands problèmes d'une société: multi-déterminés, unissant des défaillances de tous bords. Le professeur du Lycée Ibn Rachiq à Ezahra a échappé à la mort par un hasard bienheureux. Agressé par une hache et un couteau qui lui ont ouvert le crâne sur tout le long, lui ont déchiqueté la joue, la nuque et ouvert le poignet. Si on pense que le cou contient l'artère carotide, et le poignet l'artère radiale, deux sources de saignement abondant, capables de vider un homme de son sang en deux à trois minutes, ce professeur s'en est sorti par miracle. Cette agression, survenue lundi 8 Novembre, a été perpétrée par un élève de dix-sept ans, sur les conseils de la bande de délinquants de son quartier.
Cette violence individuelle, horrible, non justifiée, existe dans les autres pays. Mais celle qui a lieu en Tunisie nous concerne, et nous interpelle en premier. Inutile de chercher un responsable à cette violence : nous le sommes tous et les causes sont multiples. Je voudrais tenter d'exposer la complexité de ces causes qui ont mené un adolescent de dix-sept ans à attaquer sauvagement son professeur lequel avait refusé de lui faire repasser un examen.
C'est que la violence est plurielle, mais lorsqu'elle prend une dimension physique, de corps à corps (ce qui concerne 54% des violences dans notre pays, dont 30% dans l'espace public), c'est alors que l'opinion publique s'agite, sort dans la rue, manifeste.
Mais il existe d'autres types de violence : la parole peut être violence, certains silences sont violence, la non-apparition de dirigeants aux moments où le peuple, désemparé, attend qu'on lui parle, qu'on lui explique, cela aussi est violence. En réalité, la violence est un nœud de cristallisation au niveau duquel se croisent des manques pluriels. Donc soyons lucides : vouloir éradiquer la violence suppose un effort provenant de nombreux secteurs, effort s'étalant sur au moins une génération. C'est que les responsables de la violence foisonnent.
Premier responsable : la famille. La mise à distance de la violence commence dès le jeune âge : les parents doivent savoir comment parler à leur enfant, âgé de quatre à cinq ans, des relations à instaurer avec ses amis au jardin d'enfants, puis à l'école. Trop de parents installent leurs enfants face à un écran en leur tendant un jeu télévisé, où deux adversaires se poursuivent, jusqu'à ce que l'un d'eux abatte l'autre ; et l'enfant de manipuler avec adresse les touches pour achever l'un des adversaires. Déjà, dans la conscience de l'enfant, l'espace des jeux est envahi par la violence. L'enfant va transposer cette violence à l'école, exerçant pendant la récréation, ce qu'il a vu faire sur l'écran.
Pendant la scolarité, l'encadrement des élèves demeure rudimentaire, se limitant au contenu du programme, enseigné par le maître ou le professeur, avec plus ou moins de charisme et de compétence. Pour ce qui est de ce contenu, aucun programme des premières années (années cruciales), ne comporte une matière se rapportant à ce qu'on peut appeler « éthique du comportement. » De même, en parcourant le contenu des matières (dont certaines n'ont pas été modifiées depuis vingt ans), on constate la place minuscule et le faible coefficient, consacrés à ce qu'on appelle les humanités : langues, histoire, (y compris histoire des religions) philosophie, notions rudimentaires en histoire de l'art…En revanche, maths, physique, technique, sont valorisées par un fort coefficient et des perspectives professionnelles plus alléchantes.
Pourtant, seule la mise en valeur de ce que l'on nomme « humanités » permettrait à l'élève de se transformer, à la fois dans sa manière d'être, tout comme dans sa relation avec les autres.
Il est indéniable que depuis l'indépendance, le rôle de l'enseignant s'est peu à peu réduit comme peau de chagrin: depuis les années 1990, il s'est cantonné dans son rôle d'enseignant, délaissant un autre rôle, essentiel : celui d'éducateur. La famille prend rarement la relève de cette carence du maître : parents débordés par le travail, la pénurie, inconscients des attentes de l'enfant, eux-mêmes mal préparés à parler d'autre chose que du quotidien le plus plat, c'est-à-dire un mélange d'ordres, de vérifications, de réprimandes. Trop souvent, les parents ne sont pas des éducateurs, mais tout simplement des contrôleurs…
Lorsque l'élève quitte l'école ou le collège, la rue le happe. Là, traînent des adolescents déscolarisés, ou ayant séché les cours. Que font ces adolescents ? Ils parlent fort, marchent « comme des mecs », font les paons devant les filles, vendent de la drogue ou des psychotropes. La contagion est grande : même assidu en classe, l'élève est souvent enclin à les imiter : plus de 9% des élèves, toutes étapes confondues, consomment régulièrement de la drogue, adhèrent à ces clans d'adolescents, soumis à un chef aux consignes dures et durement structurées. Face à cela, ni les parents, ni l'école n'offrent d'alternatives suffisamment fortes : pour l'école, en dehors des matières inscrites au programme, il y'a peu d'activités intermédiaires (inexistantes, ou atrophiées) : clubs de cinéma, de photo, de lecture (!), activités sportives, tout cela est encore trop rare, et souvent peu attractif.
Lorsqu'il achève ses heures d'école, l'enfant ou l'adolescent est happé par les réseaux sociaux, présents sur téléphones portables, tablettes, ou ordinateurs, et que des parents bien intentionnés offrent, pour que leur rejeton soit « comme ceux de son âge. » Lorsque cet adolescent entreprend de naviguer sur le net, il va se gaver de séries où la violence est érigée en règle d'or, et où abondent meurtres, ruses, et affrontements. Les messages que ces séries délivrent sont particulièrement pervers. Même s'ils échappent aux séries télévisées, nos adolescents sont rattrapés par des feuilletons du genre « Ouled Moufida » qui décrivent la virilité comme un mélange de violence, escroqueries, magouilles en tous genres. Ce feuilleton, malheureusement très apprécié, vise à « décrire la réalité de notre société » ; en vérité il contribue à « perpétuer les maux de cette société » en encensant la violence auprès des jeunes qui regardent religieusement ce genre de production. La force des images crée en l'adolescent une adhésion et un suivisme qui dépassent de loin l'enseignement du maître.
Ainsi, le geste du lycéen d'Ezahra porte en lui, mêlés, une multitude de manques: manque de la famille, effet pervers de la rue, traumatisme ravageur émanant des séries télévisées, ou des films sur le net. La carence majeure reste celle de l'école : archaïque dans ses programmes, absente dans l'encadrement de l'élève, transmettant un savoir sec, souvent inutile dans la vie courante. Une école où les enseignants sont incapables de transmettre un savoir-faire et surtout un savoir-être… Des enseignants qui ressemblent étrangement à leurs élèves, et qui ont grandi avec les mêmes carences et les mêmes ingrédients.
Pour changer tout cela, le travail devra être long et complexe. Aucune solution ne peut, à elle seule, venir à bout d'une violence émanant de tant de sources: modifier les programmes scolaires, mettre en place des clubs de cinéma, d'échecs, de musique : voilà les solutions les plus faciles. Mais allez-donc changer l'immaturité psychologique et intellectuelle des enseignants ! Essayez donc de transformer la relation entre un père et son fils ! Rien n'est plus malaisé que de refondre des personnalités, parvenues à l'âge adulte, et déjà bétonnées. Nous devons, au moins, être conscients de la difficulté qu'il y'a à modifier les mentalités adultes, afin d'obtenir des générations au comportement différent. Venir à bout de la violence ? C'est l'affaire d'au moins une génération !


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