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Mahmoud Ben Romdhane - L'ardoise des années noires 2011-2020: 273 Milliards de dinars de pertes économiques
Publié dans Leaders le 12 - 12 - 2024

La note est bien lourde. Entre 2011 et 2020, en une décennie de destruction massive de l'économie, chaque ménage tunisien aura perdu, près de 107 mille dinars, soit 28.4 mille dinars par habitant aux prix de 2023, selon une estimation de l'économiste Mahmoud Ben Romdhane. Le pays y a laissé l'équivalent de 2.1 fois son PIB (de 2020), enregistrant des pertes de 273.4 milliards de dinars (aux prix de 2020). Si la démocratie n'a pas de prix, la mise en coupe du pays par le mouvement islamique et ses alliés, au lendemain du 14 janvier 2011, a un coût. Très fort à payer. Très long à absorber. Le rebond ne s'annonce pas facile.
En ce 17 décembre, date de déclenchement de l'étincelle qui changera l'histoire contemporaine de la Tunisie, un retour sur l'économie des premières années de la transition s'impose. Dans un livre intitulé La révolution tunisienne. Une longue œuvre historique, la Tunisie de 1574 à 2023, le professeur des universités et président de Beit al-Hikma Mahmoud Ben Romdhane souligne qu'une augmentation de l'encours de la dette extérieure et une réduction des réserves de change sont venues obérer davantage les pertes accusées. C'est ainsi que l'encours de la dette est passé de 22.7 milliards de dollars américains en 2010 à 41 milliards de dollars en 2020, soit une augmentation de 18.3 milliards de dollars, équivalent à 49.2 milliards de dinars au prix de 2020. Quant aux réserves de change, elles ont baissé au cours de la même période de 65 millions de dollars américains, soit 174 milliards de dinars tunisiens, relève-t-il.
Son estimation, relevant d'une «mesure mécanique des coûts», comme utilisée dans l'évaluation des coûts de la guerre en Irak, par Linda Bilmes et Joseph Stiglitz (2006), prend en compte la diminution du PIB, l'augmentation de la dette extérieure et la diminution des réserves de change. L'analyse de Ben Romdhane évalue au titre des secteurs sinistrés les pertes engendrées par le terrorisme (impact sur le tourisme et sur le renforcement de la sécurité-défense, l'énergie et le phosphate et dérivés. Il y ajoute le coût de l'instabilité politique. L'effet Covid n'est pas comptablisé.
Synthèse des pertes économiques 2011-2020 et de leurs sources en milliards de dinars aux prix de 2020
Le professeur Ben Romdhane, ancien ministre des Transports, puis des Affaires sociales (2015-2016) dans le gouvernement Habib Essid, a mis en exergue «les équilibres macroéconomiques gravement atteints». Il a souligné «une explosion des dépenses» dans le budget de l'Etat, avec notamment des seuils inédits franchis par la masse salariale de l'Administration. Devant faire face à de multiples revendications sociales (intégration du personnel employé en sous-traitance, recrutements massifs et augmentations salariales), les gouvernements successifs ont poussé la masse salariale de 6.7 milliards de dinars en 2010 à 19.2 milliards de dinars en 2020. Son poids dans le PIB, écrit-il, augmentera de 10.3% à 16.0 % en 2020…
Les effectifs de l'Administration (y compris les collectivités publiques) croîtront de 488.067 en 2010 à 653.022 en 2020, selon les calculs de l'auteur d'après les données de la Cnrps. «Les trois premières années (2011, 2012 et 2013-), écrit-il, ont été des années de très forts recrutements: 148.407 nouveaux fonctionnaires, soit 30.4% des effectifs totaux.» Parmi eux figurent 51.000 agents employés par des sous-traitants.
«Les deux années suivantes, poursuit le professeur Ben Romdhane, c'était Ennahdha au pouvoir. 111 400 recrutements dans le secteur public (94.000 dans l'Administration, 3.400 dans les municipalités et 13.100 dans des entreprises publiques, à commencer par ses militants.»
Sous les gouvernements Mehdi Jomaa (2014) et Habib Essid (2015 -2016), la moyenne annuelle des nouveaux recrutements est «descendue» à 43.3 mille par an, et même à 25.7 mille seulement, si l'on ne comptabilise pas les forces de l'ordre et les militaires dont le recrutement est devenu nécessaire pour faire face au terrorisme.
Evolution du nombre de recrutements et de la variation du nombre de fonctionnaires (administration + collectivités locales) en Tunisie, de 2010 à 2019Source : Calculs de l'auteur d'après les données de la CNRPS
Abordant la situation des caisses sociales (Cnrps, Cnss et Cnam), l'économiste et ancien ministre des Affaires sociales Mahmoud Ben Romdhane a déploré l'effet négatif causé par l'absence de la moindre réforme tout au long des années passées. «Les caisses ont dilapidé toutes leurs réserves, puis ont accumulé des pertes considérables», souligne-t-il. Ces pertes cumulées durant la décennie 2011-2020, s'élèvent à 6.027 millions de dinars. «Des trois caisses, la Cnam est la seule à dégager des excédents qui atteignent 3.163 millions de dinars, ce qui situe les pertes des deux autres caisses à 9.190 millions de dinars.» Il livre une série d'explications utiles à ce sujet.
Evolution des résultats financiers des caisses de sécurité sociale en millions de dinars courants
Irréfutablement, Mahmoud Ben Romdhane attribue une grande partie des dégâts subis au mouvement Ennahdha et à sa galaxie, pointant du doigt sa gestion des questions politiques, économiques et sociales, ainsi que ses tentatives hégémoniques.
Une large part est faite dans ce livre à l'histoire politique de la Tunisie, depuis 1574, avec pour fil conducteur la notion d'Etat sous différentes mutations. L'accession à l'indépendance et l'instauration de la République sont scrutées. La force des revendications et l'enchaînement des affrontements déclenchés dès le 17 décembre 2010, couplés à la puissance du rejet de l'ancien système, avec comme point de bascule l'immense manifestation du 12 janvier 2010 à Sfax (60.000 personnes), dans une «révolution douce», «propre», finiront par contraindre Ben Ali à quitter le pouvoir. L'inébranlable détermination à démanteler le système déchu et la forte aspiration à la liberté constituent les fondements des attentes démocratiques.
Avec le recul, bien que limité, il s'agit à présent de dresser un état des lieux, de retracer des trajectoires, de chercher à comprendre et d'explorer les perspectives d'avenir. L'essai du professeur Ben Romdhane s'inscrit dans cet exercice peu aisé.


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