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«Nous vivons une situation politique critique même si les apparences sont calmes»
Publié dans Le Temps le 20 - 11 - 2016

Cette semaine a été fortement tendue à cause du verdict du non-lieu prononcé dans l'affaire de l'assassinat de Lotfi Naguedh. La semaine est de même décisive pour Nidaa Tounes, après son communiqué révélateur, et la réunion qui sera organisée aujourd'hui même et qui résultera d'une nouvelle direction à la tête du mouvement. Dans cette interview dominicale, l'avocat et politicien Abdelaziz Mezoughi revient sur l'actualité de plus en plus tendue du pays.
-Le Temps : Le non-lieu prononcé dans l'affaire de l'assassinat de Lotfi Naguedh continue de remuer toute la scène nationale. Ce verdict était-il prévisible pour vous ?
Abdelaziz Mezoughi : Je n'étais pas très optimiste par rapport au déroulement de cette affaire compte-tenu des différentes déclarations qui ont suivi cet assassinat politique, mais je ne pensais pas qu'ils pourraient en arriver là. Au final, ils ont osé et cela démontre, justement, la nature politique de cet acte. Je suis certain que le mouvement d'Ennahdha et le Congrès pour la République (CPR) ont poussé vers l'acquittement pour montrer leur puissance à la société et pour rassurer leurs militants. Ce qui s'est passé est doublement grave parce que ceux qui ont été accusés de ce crime ont été acquittés au mépris de la loi : l'article 214 du Code pénal stipule qu'après l'appel fait par le ministère public, les accusés doivent rester sous l'effet du mandat de dépôt jusqu'à ce que la Cour d'appel se prononce définitivement. Il est vrai qu'au niveau de la cassation, ils auraient pu être libérés, mais au niveau de l'appel, cela n'est tout simplement pas possible. Je ne comprends pas ce qui s'est réellement passé ; s'il y a eu des pressions exercées à l'encontre des juges ou est-ce que ces mêmes juges sont favorables aux accusés. La relaxation immédiate pose plusieurs questions quant au déroulement de toute l'affaire et a de grandes conséquences psychologiques sur tout le pays.
-Ce verdict a, aussi, chamboulé toute la scène politique vingt-quatre après son annonce. Au cours de la semaine, on a entendu certains comparer la tension à celles vécues en 2012 et en 2013.
On pensait que les élections de 2014 allaient être décisives en tranchant, définitivement, la question d'Ennahdha et des mouvances islamistes en général. Plus tard, on s'est aperçu que ce que nous vivons aujourd'hui est une simple trêve et que le mécontentement continue à se faire ressentir des deux côtés : ceux qui ont soutenu Nidaa Tounes sont révoltés de l'alliance postélectorale du mouvement et c'est la même chose chez les sympathisants d'Ennahdha. Nous sommes devant une espèce de fausse trêve ou de faux armistice où les problèmes fondamentaux sont restés en suspens. Je ne sais pas comment on pourrait s'en sortir dans la mesure où les institutions sont bloquées et le mode électoral est inadapté à la situation ; il n'existe aucune solution institutionnelle permettant la résolution d'une crise politique. Dans les pays qui ont adopté le régime parlementaire, il y a toujours la possibilité de dissoudre la Chambre pour essayer de régler un problème politique et reposer la question aux électeurs quant à l'orientation politique. Nous, nous sommes coincés et nous n'avons aucun moyen pour dissoudre rapidement le Parlement et reposer la question au pays. Donc, nous avons un système qui est bloqué et qui nous empêche de mener des politiques bien déterminées.
En politique, ne mécontenter personne revient à ne rien faire. Nous vivons une situation politique critique même si les apparences sont calmes. A l'occasion du verdict de l'affaire Naguedh, on a réactivé ces milices du temps de la Troïka et cela était un avertissement au pays pour dire ceci : si jamais vous n'êtes pas contents de la situation d'immobilité dans laquelle s'est installé le pays, nous sommes prêts à revenir à la stratégie de la tension, à revenir à cette période noire de notre histoire récente Malheureusement, certains intériorisent ce raisonnement et choisissent, du coup, le « lâche soulagement » d'une paix civile trompeuse plutôt que d'aller vers la fermeté pour éviter précisément les vrais affrontements.
-Le fait que les LPR reprennent, d'une façon ou d'une autre, leurs activités aujourd'hui représente-t-il une réelle menace ?
Nous vivons dans un pays où des milices ont existé et se manifestent sur commande, où il y a des terroristes qui existent encore, où des armes continuent de circuler. C'est un pays qui est encore fragile sur le plan sécuritaire et ce qui se passe actuellement est grave dans la mesure où le calme précaire qui règne est lié à une certaine forme d'abdication devant Ennahdha. Tout semble indiquer que c'est le mouvement islamiste qui détient la clé de la violence ou de l'apaisement. Quand un parti politique peut alterner le calme et la tempête selon ses objectifs politiques, cela représente un élément alarmant et cela démontre, surtout, que l'on ne vit pas dans un pays réellement stable.
-Les dirigeants Nahdhaouis donnent toutefois l'impression de tenir énormément à cette stabilité politique qui a résulté de leur alliance avec Nidaa Tounes. Cette impression se traduit dans quelques récentes déclarations comme celles de Noureddine Bhiri ou de Sahbi Atig.
Je pense que les islamistes craignent une seule chose : l'isolement. Ils ont toujours besoin d'être accompagnés et ont la hantise de l'isolement. C'est pour cette raison qu'ils tiennent à cette fausse entente avec Nidaa Tounes qui ne les pénalise aucunement En réalité, ils sont en train de gagner du temps en espérant des jours meilleurs. L'affaire Lotfi Naguedh a précisément montré qu'ils sont dans une logique dure et qu'ils n'ont pas abdiqué leurs ambitions antérieures. Ce n'est pas encore un parti politique ordinaire et il ne faut pas oublier qu'ils n'ont quitté le pouvoir qu'après le séisme politique qui avait frappé l'Egypte. La politique d'Ennahdha a radicalement changé après la chute de Mohamed Morsi ; il faut revenir sur leurs déclarations d'avant la chute de Morsi pour comprendre qu'ils ont été forcés de renoncer à leur projet initial. Toute cette histoire du Printemps arabe a été pensée avant et a été mise en œuvre à l'échelle internationale : nous avons limité les dégâts pour des raisons plus au moins objectives mais dans tous les autres pays touchés par ce Printemps, les choses ont vite dérapé.
-De l'autre côté, Nidaa Tounes continue de vivre des clivages internes sans fin. Pensez-vous que le mouvement pourrait, un jour, réunir ses rangs ?
Pour comprendre ce qui se passe à Nidaa Tounes, il faut se remettre dans l'ambiance qui a permis sa naissance. Nidaa Tounes n'est pas un parti politique, mais un front hétéroclite de circonstance venu limiter les dégâts d'un vrai désastre qui s'est abattu sur le pays par la prise de pouvoir des islamistes et leurs supplétifs. Les élections de 2011 ont été dramatiquement perdues par les forces démocratiques qui n'ont pas su se rassembler. Le problème s'est donc posé au lendemain de ces mêmes élections. D'ailleurs, le principal mérite de Béji Caïd Essebsi c'était d'avoir réussi à rassembler une coalition que rien n'unissait. Cette coalition hétérogène a rassemblé ceux qui ont perdu aux élections de la Constituante : des syndicalistes marginaux, une gauche traînant un lourd passé parsemé d'échecs à répétition, des destouriens et des rcdites orphelins et des indépendants qui n'avaient pas réussi à trouver leur voie. Toutes les tentatives de rassemblement des forces démocratiques avaient échoué avant Nidaa Tounes. Il était tout à fait normal que celui qui a réussi à les fédérer, à savoir Béji Caïd Essebsi, ait un pouvoir exceptionnel. Cette coalition, fragile du point-de-vue de sa composition humaine, rassemblait des personnes qui ne pouvaient pas s'entendre sans qu'il y ait un leader qui les fédère. De ce fait, Béji Caïd Essebsi décidait de tout et cette coalition a réussi parce qu'elle représentait la majorité. L'élan unitaire a créé une dynamique dans la société qui a permis de renverser l'équilibre des forces.
Je suis toutefois sceptique quant aux résultats des élections de la Constituante parce qu'elles ont été faites dans un climat où les terroristes vivaient encore dans les quartiers des grandes villes et exerçaient une pression invisible mais réelle sur les électeurs.
Nidaa Tounes a réussi à renverser l'équilibre des forces mais a échoué à se structurer : le mouvement n'a jamais voulu se structurer avant les élections par peur d'un éventuel affaiblissement et ce fût une grande erreur , peut être même une erreur mortelle
-Vous avez été parmi les premiers à avoir été renvoyé de Nidaa Tounes, mais cela ne vous a pas empêché, par la suite, de soutenir la candidature de Caïd Essebsi. Vous en êtes où aujourd'hui par rapport à ce mouvement ?
La question n'a jamais été pour moi d'être dirigeant ou pas au sein de Nidaa Tounes. Quand on avait constaté les dégâts causés au pays par la Troïka – et surtout le duo CPR-Ennahdha – on ne pouvait que nous réunir pour y mettre fin. Je pense que nous avons réussi à stopper tout cela même si je continue de dire que la victoire aurait pu être bien plus large si on avait respecté un minimum de principes démocratiques. Aujourd'hui, mon problème n'est pas dans le fait d'être dans un parti parce que, pour moi, la démocratie ne peut pas être instaurée dans ce pays qui a un parti islamiste – il aurait pu être un parti relevant d'une autre idéologie – fort qui risque, d'une élection à une autre, de changer complètement de stratégie. Tant que les partis islamistes existent et tant qu'ils sont forts, on ne pourra pas avoir de démocratie réelle. C'est pour cela que je militerai au sein de n'importe quel rassemblement qui s'oppose à cela, pour moi, c'est fondamental.
-Les prochaines élections sont pour bientôt et sont d'une extrême importance pour l'avenir du pays. A part Ennahdha, quel autre parti pourrait affronter les Municipales en ayant un minimum de garantie pour la victoire selon vous ?
Pour moi, il existe deux étapes impératives ; la première c'est d'essayer de retaper Nidaa Tounes. Je sais que le problème du mouvement relève des ambitions personnelles de certains. Au niveau de l'idéologie, tout le monde est contre Ennahdha – toutes ces personnes qui gravitent et qui sont à l'origine du problème ont des ambitions purement personnelles – donc, la solution est pour moi toute simple : organiser des élections directes, sans passer par un congrès électif, supervisées par un organisme indépendant qui nous donneront un nouveau bureau politique, un nouveau Comité central et de nouveaux dirigeants. Cette proposition, je l'ai faite au Président de la République la dernière fois que je l'ai rencontré. Si cette solution n'est pas réalisable, il faudrait en chercher une autre pour créer un nouvel élan et cela ne sera pas évident.
-Et que faites-vous de la crise de confiance ?
Quand on aura des instances incontestablement élues via des élections supervisées par un organisme indépendant (comme ATIDE), tous les dirigeants bénéficieront d'une légitimité indiscutable. Le vrai problème de Nidaa Tounes aujourd'hui c'est la légitimité. La guerre qui existe aujourd'hui oppose les deux parties qui ont organisé le congrès de Sousse. Or, ce même congrès était anormal puisqu'il a résulté d'un putsch. Personnellement je n'ai pas bougé d'un iota depuis la réunion avortée par la violence du bureau exécutif d'Hammamet.
-Pendant que vous parlez de la tenue d'élections internes, des dirigeants se réunissent aujourd'hui même pour annoncer une nouvelle direction à la tête du Nidaa et ce indépendamment de Hafedh Caïd Essebsi qui est, toujours, directeur-exécutif et représentant légal du mouvement.
Cela n'a aucune importance. Cette manœuvre représente une continuité des luttes claniques menées par certains pour s'accaparer le pouvoir. Aujourd'hui, certains se sont aperçus que Nidaa Tounes demeure un parti fort qui existe dans toutes les régions du pays et veulent donc en prendre le contrôle. Or, ce parti ne peut être dirigé que d'une manière démocratique regroupant toutes les forces vives du pays. Personnellement, je crois qu'on aurait dû s'allier avec les grandes forces syndicales du pays pour que le parti ait une représentation au niveau de la partie active de la société. Aujourd'hui, rien ne se passera et rien ne changera. Ces personnes, avec pour certains un lourd passé de combines et d'intrigues ; continuent de suivre la même politique qui les a menés au désastre. Même s'ils élisent une autre direction, elle n'aura jamais l'aval de tous les militants et le problème ne changera pas. Il faut que tout le monde accepte de se soumettre à la règle démocratique. Le meilleur moyen pour y arriver c'est de passer, comme je l'ai dit, à des élections directes par l'ensemble des militants et le même jour de toutes les instances à tous les échelons du mouvement.
-Les clivages du Nidaa continuent à influencer le gouvernement d'union nationale qui fait cavalier seul devant le Parlement avec la loi de Finances de 2017. Aurait-on évincé Essid pour se retrouver avec un gouvernement souffrant des mêmes maux ?
Je vais choisir une formule provocatrice pour répondre à votre question ; le gouvernement, je m'en fous complètement !. Il est à l'image du paysage politique. Le plus important c'est la vigueur et la cohérence de ses soutiens politiques Nous avons choisi un très mauvais système qui ne peut mener à rien. Ce régime parlementaire et notre mode électoral ne permettent à aucune entité politique d'avoir la majorité pour gouverner efficacement. De ce fait, tout le monde est obligé de magouiller. Plus important encore que le gouvernement, c'est les partis politiques qui le soutiennent. Or, à ce niveau-là, il existe un problème qui est relatif à Nidaa Tounes. Ce n'est pas parce que nous avons fait participer tout le monde à cette équipe que nous avons un gouvernement fort. Je pense qu'on aurait dû faire participer l'UGTT et l'UTICA, en tant que tels, parce qu'ils sont beaucoup plus représentatifs que d'autres partis qui ont eu des places au sein de ce même gouvernement alors qu'ils n'ont aucun poids sur la scène politique En plus, le tout a été aggravé par la nomination d'inconnus à la tête des différents ministères. Dans un système parlementaire qui se respecte, c'est les chefs des partis gagnants qui sont nommés ministres. Ce gouvernement, quelle que soit sa bonne volonté, n'a pas surmonté les difficultés qu'a affrontées le gouvernement d'Habib Essid et est en train de se «sidiser».
-Loin du système qui ne fonctionne pas correctement, le gouvernement Chahed est aujourd'hui devant un vrai problème puisqu'il n'a pas réussi à convaincre ses alliés à le soutenir dans sa stratégie de lutte contre l'évasion fiscale et contre la corruption.
Tout d'abord, le gouvernement est tenu de respecter tous ses engagements y compris ceux qui ont été signés par ses prédécesseurs. Si le gouvernement Essid a signé les augmentations salariales au niveau du secteur public, il faut trouver le moyen de les honorer au lieu de chercher à les reporter. Il faut rompre définitivement avec cette politique du ‘je signe mais je n' applique rien'. Cette politique, lancée par Hamadi Jebali, cherche à éviter les crises dans l'immédiat sans se préoccuper de ce qui se passe par la suite quand les engagements ne sont pas honorés.
Par ailleurs, il faut que le gouvernement soit honnête : on ne peut réformer la fiscalité en trois semaines. Au lieu de stigmatiser les médecins ou les avocats, il faut admettre et le dire que notre fiscalité est injuste et que notre administration est obsolète, expliquer que notre fiscalité et notre administration d'une façon générale, qui ont été mise en place il y a fort longtemps, ont besoin d'être réformées en profondeur. Il faut être souple, savoir communiquer et fixer des deadlines pour commencer à appliquer les nouvelles mesures. Cela s'applique même à la lutte contre la corruption : On ne peut pas, du jour au lendemain, chasser les corrompus alors qu'on les a laissés faire pendant cinq années. Il faut instaurer de nouvelles règles claires et annoncer une date ultime après laquelle tous ceux qui ne s'alignent pas se verront incriminés. Il faut que le gouvernement soit méthodique et pédagogue. Je pense que le gouvernement n'en fait pas assez : il s'agit d'une nouvelle équipe qui doit se faire connaître, qui doit expliquer ses visions et ses plans. Le travail principal d'un gouvernement est d'expliquer au grand public son programme et ses philosophies. Or, le gouvernement actuel est en train de devenir ce qu'était l'équipe d'Habib Essid ; il disparaît petit à petit du système. Quand on avait le parti unique, Ahmed Ben Salah tenait trois discours par jour où il expliquait aux citoyens les programmes et les visions du gouvernement. Donc, cette équipe – qui a réalisé une bonne chose en changeant de génération – doit être efficace en communiquant plus. Il faut qu'elle change de cap en mettant fin à ce dialogue de sourds. Il faut augmenter les salaires tout en réformant le système fiscal.
-Cette semaine a connu le démarrage des premières séances d'audition publique des victimes de l'oppression sous l'égide de l'Instance vérité et dignité. Quelles sont vos premières impressions ?
Je n'ai pas regardé ces séances mais j'ai eu quelques échos. Je pense que cette instance a été mise en place par la Troïka comme bombe de retardement. Sihem Ben Seddrine devrait être questionnée quant à son rôle dans le démantèlement des services de renseignement au temps de Farhat Rajhi et le tort qu'elle a fait au pays par ce geste qui a permis un certain nombre de crimes et de dépassements. Ben Seddrine et Rajhi ont démantelé la police politique de Ben Ali d'une manière tellement radicale que tout notre système sécuritaire en a été fragilisé. Par ailleurs, cette Instance aurait dû être créée avant les élections de 2011 pour que sa composition ne soit pas influencée par l'ordre des équilibres politiques. Mais même après la tenue de ces élections, la Troïka a traîné pour n'instaurer l'IVD que quelques temps avant de quitter le pouvoir. Aujourd'hui, cela est devenu une mascarade ; de l'accord signé avec Slim Chiboub jusqu'à celui signé avec Al Jazira pour la diffusion de ces mêmes séances, l'IVD continue à enfreindre toutes les règles.
-Pourquoi avoir choisi cette date-là pour débuter les auditions publiques selon vous ?
Parce qu'elle est dépassée par les événements ! Cela fait deux ans et demi que Ben Seddrine travaille dans l'illégalité tout en refusant de respecter les verdicts du Tribunal administratif. Aujourd'hui, elle a des contraintes de temps – puisque l'IVD prend fin dans une année et demie – et est dans l'obligation d'agir. En plus, j'ai l'impression que l'on est en train d'essayer de raviver la bipolarisation et ces séances rentrent dans ce cadre.
S.B


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