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«La poésie est la création artistique laconique, profonde et compacte...»
Publié dans Le Temps le 04 - 12 - 2016

Ataol Behramoglû est poète, traducteur et essayiste turc. Il a publié un bon nombre de recueils de poésie, des traductions et des écrits sur les théories de l'art et de littérature. Dans sa jeunesse, ce poète anti système, avait dérangé les autorités de son époque à travers sa plume et ses actions militantes. Bien évidemment, il a vécu en exil, fuyant les répressions de sa société, notamment dans la période qui suivit le coup d'Etat militaire de 1982.
Il était très actif, militant, et fondateur de plusieurs revues, telles que la revue Halkin Dostalri (les amis du peuple), la revue Militan en 1974. Durant son séjour à Paris en 1970, certains de ses poèmes ont été publiés dans les revues « Lettres Françaises » sous la direction de Louis Aragon et Action poétique. A partir de 1995, il enseigne comme maitre de conférences au département de langue et littérature russe de l'Université d'Istanbul. En reconnaissance à cette sommité littéraire et militante, l'Etat turque a érigé de son vivant, sur une place à Istanbul, sa statue parmi les autres emblèmes turcs. Ce poète est en vérité, très peu connu chez nous. Nous l'avons rencontré dans le cadre du Festival International de Poésie à Sidi Bou Saîd dirigé par le poète tunisien Moez Majed et présidé par Raouf Dakhlaoui. Interview.
Le Temps: Vous jouissez d'une grande popularité chez vous, en Turquie. Qu'est-ce qui distingue votre poésie ?
Ataol Behramoglû:Je suis essentiellement un poète lyrique. Je traduis en vers mes pensées sur l'existence, d'une manière en quelque sorte philosophique, parce qu'un poète réfléchit avec des métaphores, et non pas des concepts. Même quand j'écris sur une question sociale, je garde la tendance lyrique. Je crois qu'on ne peut pas désunir l'aspect personnel du social, c'est le même univers. Tout dans le monde m'intéresse et m'interpelle. Je m'engage à exprimer la voix du peuple, je milite contre tout ce qui le dérange, essentiellement l'injustice. Ma spécificité réside dans ma manière de m'adresser aux lecteurs. Je leur parle directement, et par la suite je touche leurs cœurs. C'est pour cela, peut-être que je suis un poète populaire.
Vous avez écrit des textes sur la théorie de l'art et de la poésie, de la littérature en général. Peut-on confiner la poésie dans des canons esthétiques, ou est-elle libre de toute théorie, de toute règle ?
Les théories existent, il y a eu des écoles et des mouvements poétiques, tels que les futuristes, les symbolistes, le imaginistes, les réalistes, etc... Mais un poète devrait garder sa personnalité, sa voix particulière dans ses écrits. A partir de cela, j'ai écrit ma théorie sur la poésie organique, qui émane de mon for intérieur, de mon existence. J'aime lire et écrire sur les théories de l'art en général, car il y a des intersections entre tous les arts. Je pense que la poésie est la création artistique laconique, profonde, compacte. Elle est profonde dans la langue, pas seulement au niveau des concepts mais même au niveau de l'image.
Vous êtes un poète qui a côtoyé des noms célèbres du monde de la poésie, tels que Louis Aragon, Nazim Hikmet, Pablo Neruda, d'ailleurs vous étiez publié dans la revue dirigée par Louis Aragon. Ces rencontres avec les illustres, avaient elles exercé un effet quelconque sur votre poésie ?
Quand j'étais jeune aux années 70, j'étais à Paris, j'ai rencontré Pablo Neruda. Il était à la maussade de Chili à Paris c'était une occasion heureuse pour moi. Mais avant de le rencontrer je connaissais bien sa poésie, je l'appréciais beaucoup, c'est aussi un poète profondément lyrique. Je crois qu'il y a une liaison fraternelle entre tous les poètes quelles que soient leurs écoles poétiques. Avant de connaitre Aragon, je connaissais ses poèmes aussi. Quand j'ai rencontré ces grands noms, les racines de ma poésie étaient déjà définies. Par contre je n'ai pas côtoyé Nazim Hikmet, car quand j'ai publié mon premier recueil en 1965, il était en exil. Il est bien entendu notre maître. Malgré les relations avec nos poètes et ceux étrangers, ma génération écrivait différemment, sachant que les conditions sociales étaient aussi différentes. Si vous voulez je suis influencé un peu de surréalisme parce qu'on peut créer les images spontanément, il y a la subconscience et d'autres conditions qui se fusionnent pour créer.
Les critiques contemporaines admettent qu'il n y a plus La Poésie mais des expressions poétiques diverses. Appréciez-vous les styles modernes?
Justement, il y a différents styles et chaque expérience poétique a ses spécificités. Pour moi, un poème c'est essentiellement un écrit qu'on doit dire pour toucher les gens. Il ne s'agit pas de toucher uniquement la raison et l'affect, mais aussi, l'ouïe, et ce à travers la musicalité de la langue maternelle. C'est pour cela d'ailleurs que c'est compliqué de traduire des poèmes. On peut traduire les métaphores, mais la musicalité des mots est intraduisible.
Vous aviez subi beaucoup de pression dans votre pays. Vous étiez anti système.
Dans notre époque, les conditions sociales étaient difficiles. Je militais pour la liberté, pour les valeurs humaines. Il y a des répressions contre l'existence humaine. Je suis donc je me révolte, pas seulement avec mes poèmes, mais aussi mes articles et mes actions. Je suis un poète qui n'est pas enfermé dans la vie littéraire, j'organise des actions sociales
Pour quelle raison vous étiez détenu, on vous a censuré un recueil
J'étais l'un des fondateurs d'une organisation pour la paix en Turquie. Après le coup d'état de 1980, toutes les organisations libérales, pour la paix, pour la démocratie, etc, étaient interdites et nous fûmes arrêtés. J'avais aussi quelquefois des problèmes à cause de mes poèmes.
Aujourd'hui, c'est la reconnaissance, on a dressé votre statue
Pour moi, le plus important, c'est que personne n'a été contre l'idée d'ériger une statue de mon vivant. Ceci dénote de la tolérance générale. La vraie statue c'est l'amour de vos lecteurs !
Avez-vous une idée sur la vie culturelle en Tunisie ?
Franchement nous savons très peu sur la poésie tunisienne et en général sur la littérature des pays d'Afrique du Nord. Bien sûr je connais quelques poètes contemporains. Nous étions plus ouverts sur les pays voisins. On connait la poésie grecque, bulgare, russe. Pour moi, la Tunisie est une vraie découverte, je suis très impressionné.
Que pensez-vous de la Turquie d'aujourd'hui ?
La situation de la Turquie géopolitiquement est très délicate. Malgré toutes les difficultés que nous avions eu et que nous avons maintenant, je pense, que la révolution laïque et démocratique de Mustapha Ataturk, a été fondée irréversiblement dans notre pays. On ne peut plus dévier du chemin démocratique.
Même avec Erdogan ?
Il ne le pourra pas.
Et qu'en est-il du coup d'état ?
C'est futile, ce n'est pas important, c'est même ridicule. Maintenant le gouvernement exploite cela. Le coup d'état réel c'est le coup d'Etat civil et non militaire.


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