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Artistes et intellectuels, comment vivent-ils le confinement (II)
Publié dans Le Temps le 09 - 04 - 2020

Les témoignages d'artistes et instinctuels contactés en Tunisie et en dehors de nos frontières, continuent à nous parvenir des quatre coins de la planète pour décrire comment vivent-ils le confinement.
On pourra croire qu'il n'y a rien à faire en cette période de pandémie et qu'on tournera vite en rond, mais la réalité est autre, car le confinement a plusieurs bons côtés, et que cette période si particulière, constitue même un moment privilégié. Certains mettent à profit ces heures retrouvées pour lire, écrire, ou peindre ; du temps retrouvé pour s'adonner à un travail intellectuel ou artistique, souvent repoussé dans la vie quotidienne, faute de calme et de silence… Les propos de nos interviewés en disent long.
Ils sont : Mouna Jmel Siala, (artiste d'envergure internationale et mère de triplés), et Marwen Trabelsi, (photographe et réalisateur, auteur de « L'homme qui est devenu musée », sur la vie et l'œuvre d'Aly Issa).
De Bruxelles, Daniel Soil, ancien Délégué général de Wallonie Bruxelles à Tunis, auteur d'un livre sur la Révolution tunisienne « l'Avenue, la Kasbah » ? Et enfin, du Québec, Marlène Luce Tremblay, artiste photographe, qui, en voyageant à travers l'Europe (dont Florence et Lac de Côme en Italie), le Moyen- Orient et les pays du Maghreb, (dont Tunis et Sidi Bou Said), a pu capter les aspects de différentes cultures, et l'histoire des grandes civilisations, tout en mettant en lumière, la beauté du monde naturel.
Pour Marlène, vivre en harmonie, est un choix que nous devons faire à chaque jour, et ce, non seulement au niveau de notre commune humanité, mais aussi, pour vivre en harmonie avec la nature.
Marlene Luce Tremblay : (artiste photographe canadienne)
Premièrement, je tiens à vous remercier, vous les journalistes humanistes à tous points de vue, de m'avoir invitée à participer à ce projet pour exprimer ce que l'on vit durant cette période sombre de l'Humanité.
Pour ma part, étant donné que je vis au Canada et plus particulièrement à la campagne au Québec, j'estime avoir beaucoup de chance, contrairement à mes amis qui vivent à New York, ou un peu partout en Europe, et surtout dans les grandes villes.
Cette période de confinement est pour moi l'occasion de refléter sur, non seulement ma vie en particulier, mais aussi sur l'ensemble de notre société, les valeurs que nous avons véhiculées depuis l'après-guerre. Plus précisément, la consommation à outrance qui a contribué à la destruction de notre belle planète. Cette présumée richesse en Occident a aussi contribué aux inégalités partout à travers le monde, tout en occultant une grande partie de la société d'ici et d'ailleurs.
Cette pandémie nous fera tous réaliser que le partage est nécessaire pour éradiquer ce virus qui touche les pauvres autant que les riches, et surtout, qu'il n'a pas de frontières. Peut-être que nous pourrons faire un « reboot » pour évaluer ce qui est important dans la vie, et rejeter ce qui fait souffrir les autres, car nous partageons tous cette commune humanité.
En tant qu'artiste, cette période de confinement me permet aussi d'exprimer par le truchement de mon art, ce qui est le plus important dans ma vie. Je n'ai pas l'ambition d'avoir tout plein de succès, de devenir riche et célèbre à l'américaine, mais tout simplement, de répandre l'amour, l'harmonie, la paix et la beauté de notre monde. L'amour de la vie que j'éprouve, je le cultive parmi mes amis ainsi que ma famille, car c'est ce qui est le plus important et d'autant plus maintenant.
L'amour de la vie, je le transmets également dans ma créativité qui réside dans le monde sublime de la nature, les arbres étant les plus sublimes de tous. Les arbres sont non seulement beaux, mais incarnent également, l'altruisme car ils fournissent de l'oxygène à toute la vie sur terre.
Fait intéressant, les chercheurs ont démontré que les arbres ont des réseaux sociaux dynamiques qui fonctionnent sur un principe de base: l'harmonie. Ils sont altruistes les uns envers les autres. Dans le vaste réseau de racines, les arbres parlent, s'entrecroisent et s'adaptent à leur environnement pour s'entraider. Dans la forêt humaine, nous gagnerions tous à suivre ce principe de base de l'harmonie. Les arbres en automne nous font voir que nous sommes liés aux mêmes rythmes que le monde naturel.
Nous vivons un grand tournant de l'histoire qui nous mènera, je le souhaite de tout cœur, vers un monde plus juste et meilleur pour l'Humanité tout entière.
Marwen Trabelsi : (artiste photographe et réalisateur)
Je viens de participer au Festival du Cinéma Africain à Louxor en Egypte, du 6 au 12 Mars 2020. Quand j'ai voulu rentrer dans mon pays, je me suis retrouvé hélas coincé au Caire, à cause de la fermeture de l'espace aérien tunisien. Le 29 Mars dernier, nos autorités ont affrété un avion de rapatriement des Tunisiens au Caire.
L'avion a atterri à l'aéroport international de Monastir, et tous les passagers ont été conduits vers l'un des hôtels de la ville pour le confinement obligatoire de 14 jours. Nous y sommes encore avec l'espoir de jours meilleurs.
Je vis mon confinement en isolement total …Cette expérience est très bénéfique pour les artistes et les créateurs, car la solitude est un stimulateur de création.
J'ai commencé à rédiger un journal quotidien où j'écris chaque jour, les aventures d'un terrestre dans la planète du COV19 que je publie sur les réseaux sociaux Facebook. Je viens de publier aussi, quelques textes/aventures qui ont été beaucoup appréciés et commentés par les internautes, ce qui m'encourage à écrire encore et encore. Il faut dire, que ces quelques jours de confinement m'ont permis de découvrir ma vocation pour l'écriture. Aussi, le confinement est une chance inestimable pour aller à la rencontre de soi-même.
Daniel Soil : (écrivain et ancien Délégué Général de Wallonie-Bruxelles à Tunis)
Chaque pays invente ses propres règles de confinement. En Belgique, il est interdit d' « aller à la mer » ou dans les Ardennes, même pour un jour. Or, ces excursions sont un plaisir très répandu ici, les plages ou les forêts étant situés à 100 km à peine de la capitale. La police est très vigilante à repérer les fraudeurs. Alors, il reste une seule évasion possible et autorisée : la balade à vélo. Seul ou à deux. La distance d'un mètre cinquante entre les cyclistes est respectée, l'exercice est bon pour la santé et on voit du pays. Alors, on y va. Et entre deux sorties ? L'internet. Ecrire aux amis et aux amies en Tunisie !
Mouna Jmel Siala : (artiste plasticienne)
Pour le moment je vis ce confinement bien. Je dirais même que je m'y plais. En restant chez moi, je me protège, je protège ma famille, mes amis et le monde. J'avoue qu'en tant qu'artiste, j'apprécie l'isolement. Avant, je rouspétais toujours, car je manquais de temps…Je courais toujours et partout, dans tous les sens... Là, avec cette guerre contre ce petit virus invisible, ça m'a permis de voir l'espace et le temps autrement ! L'espace se réduit à mon intérieur, et le temps est à l'arrêt. Ce qui me donne la possibilité de me concentrer sur des projets artistiques déjà entamés, et de réfléchir sur des projets à venir j'espère, après cette crise mondiale. Car, il est vrai aussi, qu'il y a des moments d'angoisse, mais je reste confiante, et je suis certaine qu'après ce confinement, on ne verra plus la VIE de la même manière.
Témoignages recueillis par :


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