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Or, les serpents se mordent toujours la queue !
Publié dans Le Temps le 27 - 05 - 2020

Rien n'est plus déroutant et n'est plus inintelligible qu'un discours qui déborde par-delà son propre contexte. Comme c'est de coutume, le Chef de l'Etat adresse ses vœux de l'Aïd au peuple. Et, généralement, ces vœux en appellent autant à la mansuétude divine qu'à la solidarité du peuple. En aucun cas, cela ne justifierait qu'un Chef d'Etat tombe dans la trappe politicienne et dans le piège classique du contexte qui serve de prétexte. Au fond, n'est-ce pas là une déclaration de guerre ?
A l'évidence, Kaïs Saïed en avait trop sur le cœur. Il s'est même soustrait à l'Aïd pour aller sur le terrain de « l'ennemi ». Ce terrain, justement, sur lequel cet « ennemi » veut l'entrainer, pour mieux le confondre dans les querelles politiciennes bêtasses, pour mieux le banaliser après l'avoir méthodiquement provoqué allant sur son terrain à lui, foulant ses plates-bandes et le menaçant même de représailles (comme l'a fait Seifeddine Makhlouf) après le fameux discours de Kébili, discours perçu comme un appel à la sédition.
« L'affreux croquemitaine » toujours sous la main
Pour autant, ce peuple que Kaïs Saïed érige en seul détenteur de la légitimité, a plus besoin d'actes que de leçons de droit constitutionnel. Ce peuple, dont les 70% l'ont plébiscité, n'a que faire des longues dissertations tenant à l'éternelle dichotomie entre légitimité et légalité. Ce peuple est même, aujourd'hui, gavé de discours lyriques, d'envolées métaphoriques et de ces chimères lui faisant miroiter l'illusion d'être, lui, le décideur final. « C'est au peuple que doivent revenir les richesses dont il a été spolié », déclare en effet le Chef de l'Etat. De quels « biens » s'agirait-il dans un pays gangréné par la corruption ? Il affirme travailler sur des initiatives législatives dans ce sens, exhume même un plan déjà exposé depuis 2013, là où il a commencé à avoir des apparitions médiatiques, mais un plan très inspiré du « modèle kadafien », sinon de celui des soviets suprêmes.
Et, avec l'enfer bureaucratique spécifique à notre pays, ses concepts tenant à la décentralisation -avant de se rétracter à l'annonce du Coronavirus- sont-ils vraiment praticables, dans un pays qui n'en finit pas lui-même de creuser ses propres disparités régionales et de faire resurgir les démons du tribalisme ? Des régions entières échappent au contrôle de l'Etat, en effet. Qu'a-t-il, Kaïs Saïed, de concret à proposer, par exemple, quand les sites de production vitaux dans le pays (le Bassin minier par-dessus tout) sont squattés par les autochtones, il est vrai las de vivre un chômage interminable ?
Et, au-delà de ce messianisme le confondant dans des relents donquichottesques, ces Tunisiens qu'il invoque se reconnaissent-ils vraiment dans « la citoyenneté et la vie digne » qu'il met en facteur dans son discours, formule-bateau, qui n'émeut plus personne, parce que personne n'y croit plus. En fait, on en arriverait à se demander si Kaïs Saïed a réellement envie de gouverner (avec notre constitution le terme approprié est : présider) ou qu'il en ait l'art et la manière ! Il n'empêche : entre lyrisme, poésie et incantations religieuses invoquant le jugement de Dieu, Kaïs Saïed sait que le peuple a toujours besoin d'avoir un affreux croquemitaine sous la main. Sa stigmatisation permanente permet d'édifier les masses tout en divisant le monde entre gentils et méchants.
Il n'aime pas ce régime…
Kaïs Saïed veut-il réellement gouverner, disions-nous ? Présider, oui, mais à sa manière ! Du coup, il lance cette phrase qui, normalement, devrait déstabiliser Rached Ghannouchi : « La Tunisie a un seul Président à l'intérieur et à l'extérieur ». Pas mal inspiré, en tous les cas, sentant, surtout, que le vent est en train de tourner pour le président du Parlement qui n'a de cesse d'impliquer la diplomatie tunisienne dans le brasier libyen, tout en cherchant à l'arrimer à l'axe Ankara/Doha.
Qu'un président de Parlement (tunisien) félicite le Président du Gouvernement d'entente libyen (un gouvernement dont le mandat international a, en fait, expiré) pour avoir reconquis une base proche de nos frontières, cela suffit, justement, pour l'audition du 3 juin prochain. On ne saurait dire si, en son for intérieur, Kaïs Saïed reconnaisse le mérite à Abir Moussi d'en avoir déclenché le processus. Il se trouve même que le PDL a été relayé dans cette requête par le Bloc démocrate, Tahya Tounes, Qalb Tounes et Al Massar.
Le 3 juin sera en effet une plénière inédite, cependant que, secouée de sa torpeur, la société civile appelle maintenant au sit-in Bardo II. Pas évident, cependant, que Kaïs Saïed veuille cela. Pas évident qu'il voue de la sympathie pour Abir Moussi, dès lors qu'il stigmatise « les nostalgiques ». Si l'on exclut « son peuple » à lui, il met tout le monde dans le même panier : « Certains sont nostalgiques et rêvent d'un retour en arrière, d'autres sont animés par des ambitions purement personnelles et d'autres encore sont dans l'hypocrisie, le mensonge et la diffamation », lance-t-il sans ménagement.
« La pire des maladies est celle qui touche les esprits ». Ou, encore ceci : « Ceux qui veulent mettre le feu finiront par se brûler ». Il vise, en somme, tous ceux qui veulent installer le pays dans le chaos. Soit. Mais ce n'est pas clair dans l'esprit des Tunisiens : qui vise-t-il, en fait ? On sait qu'il n'aime pas ce régime. On sait aussi qu'il n'aime pas cette classe politique, à ses yeux très loin des aspirations populaires. D'où cette légitimité qu'il veut restituer au peuple tout en préservant la légalité des institutions.
Quant à la légalité des partis, il ne la reconnait pas comme telle, dès lors qu'elle a généré un fossé par rapport à la légitimité des électeurs. Son leitmotiv de toujours, en somme, puisqu'il a le beau rôle : il n'est pas l'émanation de la nomenclature partisane, mais bien le produit d'un raz-de-marée plébiscitaire. Cela, Ghannouchi ne saurait le lui contester.
Au final, Kaïs Saïed agira-t-il pour réformer le régime ? Son discours comprend plus d'invectives que de vœux traditionnels. Au fond, les vœux, le peuple s'en serait passé. Il veut du concret. Quant aux invectives, elles ne sont toujours que le vivier de ces serpents qui se mordent la queue. Donc, ils n'en meurent pas.


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