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Les remparts de la justice s'écroulent...
Publié dans Le Temps le 09 - 03 - 2021

Ces derniers temps, les voix s'élèvent et débattent des sujets relatifs à la corruption et aux dépassements enregistrés dans le système judiciaire. Les tunisiens sont au su et au vu de ce qui se passe dans les coulisses des institutions de la justice, à travers les médias, les réseaux sociaux, et les productions artistiques comme le cinéma et le théâtre. L'art est, en effet, ce chemin qui permet de traiter esthétiquement les questions sociales et politiques.
La « Robe » est une création théâtrale produite par le Centre des Arts Dramatiques et Scéniques de Kairouan. Elle porte la signature du metteur en scène Hamadi Louheibi, en collaboration avec l'équipe technique composée de Rim Hamrouni, Basma Hadfi, Wiem rahmani, Rachida Liwane, Anwar Malki, Taha Jabari, Kaies Ben Mabrouk, Omar Fersi et Ghassen Jawahdou. Les rôles sont interprétés par les comédiennes et comédiens : Awatef Abidi, Semia Bouguerra, Khouloud Bdida, Noureddine Hammami, Mohamed Chawki Khouja, Lotfi Msehli.
Le recours à un emploi métonymique du titre « Robe » est une mise en relief des emblèmes déontologiques de ce costume porté par les professionnels du droit et de la justice, lors de l'exercice de leurs métiers. Il ne s'agit pas d'un simple paraitre prestigieux, mais d'un serment de fidélité aux valeurs et à l'éthique sous jacentes, telles que l'intégrité, l'égalité et la justice. Il ne peut en aucun cas devenir un habit permettant l'abus du pouvoir, le subterfuge, la fausseté, la fraude, etc .
La structure de la pièce
La conception de l'espace scénique repose sur une dynamique de la verticalité. Nous percevons un mouvement qui va de la surface (la salle du tribunal), vers le bas (la cave, le souterrain). La descente est opérée suite à la catastrophe. La première scène qui braque la lumière sur le déroulement routinier et l'atmosphère habituelle du tribunal, fonctionne comme un « incipit » préparant la perturbation et la complication des événements. Le deuxième mouvement repart de la cave et remonte vers le haut, après le pacte du mensonge suite à la mort de Maître Touhami par le surnommé Gouba et constitue la scène finale de la pièce. Ce retour à la surface, (à la salle du tribunal) est un retour normal au quotidien, c'est-à-dire au premier état initial!
Au niveau de la composition du canevas, on perçoit une structure classique, un schéma traditionnel de la progression de l'action : (un état initial, des situations intermédiaires et un état final (dénouement)), représenté dans une conception brechtienne. En effet, la configuration de l'espace est conçue immatériellement sur une scène dépouillée de décor. Son premier auxiliaire, outre le champ lexical du souterrain perçu dans le dit des personnages, c'est la lumière. L'impression, d'être en dessous, est suggérée par l'obscurité et la lumière filtrée des fenêtres qui sont hautes. Egalement, les plongées des projecteurs, qui focalisent sur les apparitions, déplacements ou interventions des comédiens, miment la descente.
Le recours à des stéréotypes esthétiques présentés dans un amalgame de styles artistiques prouve que l'artiste n'a pas inventé un nouveau langage théâtral, mais il s'ingénie à fusionner des expressivités et des technicités, et c'est une des caractéristiques du théâtre postdramatique, comme le précise Gilles Lipovetsky dans son livre phare L'ère du vide « Le postmodernisme s'insurge contre l'unidimensionnalité de l'art » , il « n'a pour objet ni la destruction des formes modernes ni la résurgence du passé mais la coexistence pacifique des styles, la décrispation de l'opposition tradition-modernité. » P175
La pesanteur de l'immersion
dans l'abîme
Et l'insoutenable légèreté de la remontée...
La dynamique de la verticalité ne possède pas le même poids dans les deux moments de la descente et de la remontée. Si le premier mouvement se caractérise par une pesanteur de l'immersion dans l'abîme, le deuxième, c'est-à-dire le mouvement de la remontée, est marqué cependant par une insoutenable légèreté.
La cave installe les protagonistes dans la profondeur de l'obscurité. L'immersion dans l'abîme entraine une perturbation psychique marquée par la lourdeur, l'étouffement, l'enlisement, l'isolement. Le lieu, suggère l'abaissement et l'humiliation. Cette descente dans la cave est suivie d'un bouleversement du statut social, c'est à dire d'une perte de considération et de valeur. Le président du tribunal, l'avocat, le criminel se trouvent au même niveau, les titres et les étiquettes sociales tombent. Cette chute prépare la vraie chute morale ! L'imagerie cauchemardesque devient une réalité tangible qui s'enfante lentement dans les tréfonds, dans l'abîme dépourvu de lumière. La chute est opérée par le metteur en scène afin de braquer la lumière sur la chute morale de certains professionnels de la justice pendant leur carrière. C'est dans le gouffre du tribunal que les gouffres intérieurs des protagonistes se révèlent, ils se mettent paradoxalement en lumière dans l'obscurité. Nous assistons bel et bien à une séance de dépouillement, de dénudement, de déshabillage de ceux qui portent la Robe! Ils se transforment en condamnés en s'auto-jugeant (le cas de Touhami) et en s'auto-défendant (le cas de l'avocate Fatma) ou pire en s'étant jugés par le criminel Gouba, qui s'avère leur associé. Ce dernier est en position de force, il domine la situation. C'est le moment le plus absurde de la pièce ! L'accusé devient maître, et les autres lui sont subordonnés. Avec l'assassinat de l'avocat Touhami, tous les protagonistes consentent au pouvoir du clochard et à ses caprices. Tous acceptent le mensonge pour pouvoir remonter de l'abîme à la surface. C'est une fausse lutte qui finit par l'obtempération et le règne du mensonge. La scène du retour à la vie normale prouve à quel point, il est facile d'endurer les faussetés et les subterfuges, à quel point les convictions et les principes peuvent être altérables, à quel point le mal l'emporte sur le bien. Cette altération des valeurs divise leur être, les pousse à une schizophrénie. Certes, Ils sont sauvés de la cave qui les a mis à nu, qui a révélé leur horreur, leur saleté, mais, ils restent prisonniers d'un autre monstre qui est la culpabilité, d'un autre juge, sévère et tranchant qui est l'Histoire ! L'Histoire du pays bien évidemment ! Bien qu'ils s'affranchissent de la lourdeur de l'abîme en remontant à la surface, ils demeurent dans une légèreté insupportable, amère, insoutenable par le poids des remords...
L'ébranlement de l'institution
judiciaire ! La chute !
La chute était un moment de défloration des secrets. La laideur se manifeste à travers les aveux et les jugements des maîtres de la justice, à travers les récits de la hantise, de la décadence, de l'horreur. Des comptes rendus sur l'abus du pouvoir, les chantages, la sexualité, les fraudes et les faux jugements sont désagréablement divulgués. La victoire du clochard Gouba sur le corps de la justice en est une preuve, c'est le comble de la bêtise, c'est l'absurdité en toute lumière, c'est la catastrophe ! Hélas, cette scène représentée est amèrement vraie, elle reproduit en quelque sorte une réalité vécue aujourd'hui dans le paysage de la justice tunisienne, avec certains criminels qui sortent indemnes par l'intervention d'un haut responsable politique. C'est la période la plus noire dans l'histoire de la Tunisie. Cette note pessimiste avec laquelle s'achève la pièce dérange un peu même si elle traduit une réalité. La mise en soupçon de toute l'institution, ou presque, par le metteur en scène est dure à avaler. Tous les acteurs sauf un, ont obtempéré aux ordres de l'accusé afin d'être sauvés. Le seul avocat qui s'est dissocié de ses collègues c'était Maitre Chafik, le jeune militant. Il a quitté la scène vers le public dans un geste symbolique. Tout désenchanté, il pointe le doigt vers le public-témoin, à la quête, peut être, de personnes qui sont honnêtes, accusant ceux qui ressemblent à ses collègues. Nonobstant l'acte héroïque de la jeune avocate, en s'accaparant du flash voulant révéler les documents des dépassements et les horreurs de sa collègue maître Fatma. Cette dernière demeure prisonnière de ses intérêts personnels, en tant que chroniqueuse collaborant avec certains médias louches qui cherchent le buzz, plus qu'une conviction en la loyauté de la justice et du pays.
Qui doit assumer la responsabilité ? Nous sommes tous, d'une façon ou d'une autre responsables, nous sommes tous coupables, ceux qui sont criminels et ceux qui ont participé au crime avec leur silence ! « La démocratie ce n'est pas la loi de la majorité, mais la protection de la minorité » disait Albert Camus dans son roman La Chute ; dans notre cas, c'est-à-dire elle est au service de la minorité corrompue !
F.M


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