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Le silence coupable
Toxicomanie en Tunisie entre la réalité et les « non-dit »
Publié dans Le Temps le 04 - 03 - 2008


* Sujet-tabou mais il est temps d'y faire face...
* Que disent les spécialistes ?
* Sanim Ben Adallah, sociologue : « Il faut oser aborder ce phénomène »
* Fathi Touzri, Psychiatre : « La planification et la programmation sont les meilleurs moyens pour cerner la question ».
* Témoignages des jeunes victimes de la drogue
* Jeune ouvrier dans une usine, âgé de 28 ans
* Jeune chômeur de Sfax, 20 ans
La consommation de la drogue ou la toxicomanie, est encore un sujet tabou, pourtant il ne cesse de faire la Une des journaux de la place. « Démantèlement d'un réseau de trafic de drogue, arrestation d'un groupe de consommateurs de hachich... », il s'agit notamment, des titres que nous lisons presque tous les jours. Ce phénomène est encore sous-estimé. Par contre les sociologues et les spécialistes dans le domaine commencent à tirer la sonnette d'alarme, d'où l'urgence de réaliser des enquêtes approfondies sur la question pour saisir son ampleur. En effet, les différentes tranches d'âge issues de toutes les couches sociales (riches, moyennes ou pauvres) sont concernées directement ou indirectement par la toxicomanie. Il ne faut pas croire que cela n'arrive qu'aux autres.
« L'usage de la drogue est malheureusement sous-estimé en raison des conséquences pénales et sociales qu'encourt le consommateur des drogues », c'est ce qu'a démontré le rapport des Nations Unies « Adolescents et jeunes, données et défis » publié l'année dernière. Les sociologues, les psychologues et encore les médecins spécialistes confirment cette idée. En fait, la société tunisienne n'est pas à l'abri de ce problème, il s'agit même d'un thème qui est à l'ordre du jour à la faveur des mutations sociologiques que nous connaissons. Cela s'explique par la transition démographique de notre société, d'où l'importance à analyser de manière approfondie l'ampleur de la toxicomanie chez nous. Les recherches réalisées jusqu'à présent sont d'ordre académique. « C'est important d'avoir autant d'analyses, mais c'est important aussi de traduire ces recherches dans la réalité », insiste M. Sanim Ben Abdallah, Sociologue. Il précise qu'il existe même une faille à ce niveau.
Enquêtes non approfondies
Même, les enquêtes réalisées ne touchent pas le fond du problème. Elles sont limitées aux questions « culturellement acceptables » soulève le rapport. En effet, « la pratique sexuelle, la consommation de drogue et toutes les questions non-conformes aux valeurs de la société ont été souvent escamotées ou abordées de manière indirecte », toujours d'après la même source. Les conséquences sont dès lors lourdes, car nous ne pourrons pas avoir une idée sur l'état des lieux ni cerner la réalité. Les spécialistes soulèvent un autre point qui ne manque pas d'importance ; l'absence des données statistiques et d'informations fiables sur la toxicomanie et la consommation de la drogue. Il est essentiel de disposer des chiffres révélateurs pour mesurer l'ampleur du phénomène et identifier les priorités d'intervention dans le domaine.
Les comportements à risque
Les comportements à risque sont plus fréquents chez les jeunes qui s'adonnent, entre autres à la drogue. C'est une menace réelle qu'il faudrait contrer par une véritable politique d'information et de formation. Grâce à cette démarche, nous pourrons protéger ceux qui sont tentés par les stupéfiants et qui sont manipulés par les trafiquants. D'ailleurs le rapport parle même d'une mutation des produits sur le marché. « Les changements perceptibles au niveau de la circulation des produits et l'apparition des drogues dures, héroïne, cocaïne en plus des dérivés cannabiques et des médicaments psychotropes, témoignent de la gravité de la situation ».
Les chiffres disponibles actuellement, ne reflètent pas réellement l'état des lieux. Notamment le Centre de l'Espoir « Amal » du complexe sanitaire de Jebal-Oust a traité depuis son inauguration il y a presque dix ans, 1500 toxicomanes, dont 500 personnes en liberté. Par ailleurs, une enquête réalisée en 2005 par l'Institut National de Santé Publique auprès d'un échantillon formé de 2953 jeunes âgés de 15 à 24 ans a démontré que 10 % de cet échantillon ont consommé la drogue et 3,3 % continuent à consommer au moment de l'enquête. Elle a également révélé que 3,5 % de cette population consomme la drogue par voie injectable. Une très forte prévalence est enregistrée dans le gouvernorat de Nabeul, viennent par la suite successivement, Beja et Mahdia.
« Une autre étude rétrospective sur 5 ans, réalisée dans le cadre d'obtention du DESS en médecine de travail et portant sur 367 patients de sexe masculin hospitalisés pour une prise en charge de leur toxicomanie, a permis de cerner le profil des toxicomanes. 93 % d'entre eux , sont célibataires, 78 % ont commencé à consommer la drogue avant l'âge de 20 ans et 63 % entre 15 et 20 ans. Le produit d'initiation est le cannabis dans 84 % des cas, 88 % sont dépendants, 51 % sont poly intoxiqués. Les principaux produits consommés sont les cannabis (90,2 %) et l'artane (28,5 %) », selon le rapport.
Crises existentielles ?
Mais quelles sont les causes qui poussent les jeunes ou autres personnes à s'adonner à la drogue ? Les spécialistes justifient ce comportement par les crises et les difficultés existentielles. Cette population souffre de carence affective voire de maladies mentales caractérisées. D'autres facteurs expliquent ce comportement à risque qui peut même coûter la vie dans des cas extrêmes. Ils sont d'ordre psychologique, plus particulièrement, éducatif, familial et environnemental. La famille a, certes un rôle primordial dans la formation et l'éducation des enfants. Dès lors, prendre en charge ces enfants est d'une importance majeure. Il existe aussi une autre cause qui ne manque pas d'importance. Mais nous ne pouvons pas parler de la consommation de la drogue sans relater les problèmes relatifs à la pauvreté, le chômage, en d'autres termes, les problèmes d'aspect social.
Toujours dans le même contexte, le rapport a démontré que « la perception des risques de toxicomanie par les jeunes et les ados et les facteurs favorisant la consommation des drogues n'ont pas fait l'objet d'analyse approfondie ». Toutefois, quelques « travaux ont montré que les jeunes disposent d'informations riches et précises sur les différentes formes de toxicomanie. Ils pensent que c'est un phénomène qui concerne une frange de la population issue d'un milieu socio-économique défavorisé. Ils imputent la toxicomanie à des causes personnelles sociales et environnementales. La défaillance de la famille dans l'éducation des enfants, les mauvaises fréquentations, la coercition sociale et la relative facilité d'accès aux substances seraient les facteurs de risque de la toxicomanie dans notre pays ».
Dispositifs interventionnels
En dépit des carences en termes de dispositifs interventionnels, il existe des structures et des textes législatifs qui régissent la question. La loi tunisienne interdit strictement la consommation et le trafic des drogues. En plus de ces dispositifs, la société civile vient en aide aux toxicomanes, à l'instar de l'Association Tunisienne de Prévention contre la Toxicomanie fondée en 1995 à Sfax. Cette ONG assure la prise en charge des personnes qui dépendent de la drogue et qui manifestent une volonté à s'en débarrasser. Le centre d'aide et d'écoute de l'association a une capacité d'accueil de 20 lits. Il dispose d'un atelier de formation professionnelle, d'une salle Internet, d'un espace sport et loisirs et d'une bibliothèque. Le centre ouvre ses portes 24 heures sur 24 à tous ceux qui désirent de reprendre une vie normale.
Le trafic et la consommation de la drogue sont indéniablement un problème qui se pose dans la société tunisienne. Apporter des solutions adéquates à ce phénomène avant qu'il ne soit tard est d'une importance primordiale. Il faut informer et sensibiliser toutes les franges quant aux dangers de la consommation de la drogue.
Sana FARHAT
Que disent les spécialistes ?
Sanim Ben Adallah, sociologue : « Il faut oser aborder ce phénomène »
« Nous ne pouvons pas se taire par rapport au problème de la drogue en Tunisie. Il est important de trouver un moyen pour informer sur la question », c'est ainsi que le sociologue appelle à mieux prendre au sérieux la question de la drogue dans notre pays. Il précise dans ce cadre qu'il « existe encore une résistance sociale qui nous empêche de parler ». Mais « il faut oser aborder ce phénomène et informer sur la question », appelle-t-il. Et d'insister ; « Il y a un travail à faire à ce niveau. Il y a des jeunes qui vivent un malaise ». Ils peuvent se réfugier dans les stupéfiants ou les drogues d'où l'importance de les soutenir et de les sensibiliser », conclut-il.
Fathi Touzri, Psychiatre
« La planification et la programmation sont les meilleurs moyens pour cerner la question ».
M. Touzri critique le fait que nous ne disposions pas d'un système d'information ni d'un tableau de bord ou des statistiques sur la toxicomanie, ni le profil des dépendants à cette substance. Il considère que la planification et la programmation sont les meilleurs moyens pour cerner la question. « Elles sont même indispensables pour la résoudre et réduire le gap dans le domaine ».
Témoignages des jeunes victimes de la drogue
Préférant bien sûr garder l'anonymat, ces jeunes nous racontent leur expérience avec les stupéfiants, la drogue et les matières hallucinogènes. Ils ont recours à ces matières sans en calculer les conséquences. Ils se sont rendus un peu en retard qu'ils avaient tort. Ils considèrent qu'ils sont victimes d'un concours de circonstances.
Jeune ouvrier dans une usine, âgé de 28 ans
Ce jeune se drogue dès l'âge de 23 ans. Il a fini par s'injecter le SUBUTEX, un médicament aussi dangereux que l'héroïne. Il justifie son comportement par le chômage, les difficultés financières et les problèmes familiaux. La nouvelle fut catastrophique pour les parents qui n'arrivent pas à concevoir que leur enfant adopte ce comportement à risque. Mais ils ne l'ont pas assisté pour surmonter cette expérience douloureuse pour lui. Il continue de la vivre en silence et difficilement.

Jeune chômeur de Sfax, 20 ans
Sa première expérience avec les drogues remonte à cinq ans. A l'âge de 15 ans, l'enfant sniffait la colle. Il se réfugiait dans cette matière pour surmonter les problèmes familiaux dont il souffre. La mauvaise fréquentation et l'environnement où il vit ont eu aussi un impact négatif sur le comportement du jeune qui a fini par être dépendant de la drogue. Cette dernière l'a mené vers la prison plusieurs fois, à cause des crimes, du vol et des braquages qu'il a commis inconsciemment. Le jeune juge que le rôle de la famille dans l'éducation est très important et même indispensable. Elle en est même responsable à 80 %. Viennent par la suite l'école et la société.
Chiffres
*30 % des personnes portant le VIH en Tunisie sont toxicomanes
*30 millions, c'est le nombre des toxicomanes dans le monde
*1500 toxicomanes, dont 500 personnes libres ont été traités dans le Centre de l'Espoir


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