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Mariages à risques et liaisons dangereuses
Drames conjugaux
Publié dans Le Temps le 14 - 02 - 2009


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Manque de sensibilisation quant aux règles qui régissent la vie de couple. Imprévoyance et dérives, dont l'alcool ou l'adultère : il y a urgence à mettre en place des cellules d'écoute et d'assistance
Les violences conjugales s'amplifient et connaissent une sérieuse recrudescence. Les affaires criminelles de ce genre inquiètent sérieusement et sont loin d'encourager les jeunes gens à contracter mariage.
Les journaux à sensation rapportent quasi quotidiennement des tragédies si terrifiantes en rapport avec la vie des couples de chez nous qu'on se demande si nos ancêtres n'avaient pas raison de penser qu' « une boutique fermée vaut toujours mieux qu'un mauvais locataire » ! A lire les rapports des faits qui ont conduit à des meurtres et la violence d'une façon générale, on se rend compte que souvent la liaison entre les époux concernés est à la base vouée à l'échec ou bien qu'à un certain moment de la vie du couple, il fallait la rompre avant qu'elle ne dégénère. Plusieurs facteurs entrent malheureusement en jeu pour retarder l'échéance funeste plutôt que d'enrayer à tout jamais le risque de récidive plus violente. On invoque alors le destin ou l'action maléfique de l'alcool ou de la jalousie ou tout autre motif plausible ou indéfendable, alors que la plupart du temps, l'un des conjoints ou bien les deux ensemble ont provoqué le drame.

Anticipation salutaire
En effet, que peut-on attendre d'une liaison suspecte au départ comme celle qui peut unir sous le même toit une jeune fille naïve et un repris de justice. Un de ces matins, l'épouse d'un tel homme se retrouvera sur le trottoir pour exercer le plus vieux métier du monde et pour s'exposer ainsi aux risques les plus graves. Quand par ailleurs, on découvre dès les premiers mois du mariage que le conjoint est trop violent et qu'il risque un jour de pousser son agressivité jusqu'au meurtre, ne vaut-il pas mieux anticiper la tragédie et épargner sa vie et celle de ses enfants ? Pour les maris possessifs et excessivement jaloux mais qui se lient à une fille volage et plutôt libre, une telle union n'est-elle pas propre à générer des drames à répétition. Un vieil ami nous a raconté il y a quelques jours comment il a failli assassiner sa première épouse qu'il aimait à la folie. Pourtant, avant le mariage, celle-ci avait une liaison avec un de ses proches cousins avec qui elle sortait fréquemment, mais comme il refusait de l'épouser et que mon ami l'avait déjà demandée en mariage à deux reprises, elle finit par accepter l'union. Seulement, elle continua à rencontrer son premier amant malgré les serments qu'elle a jurés à son mari de ne plus le revoir. Un soir que celui-ci lui demanda des comptes, elle l'insulta et le blessa dans sa dignité d'homme. Fou de rage, mon ami la gifla si fort qu'elle cogna contre une poignée de la porte-fenêtre pour ensuite perdre connaissance. « Tu ne peux pas imaginer dans quel état j'étais à cet instant précis; heureusement que j'avais encore assez de lucidité pour appeler un médecin de la famille qui la réanima et lui apporta les soins nécessaires. Le lendemain, ma décision de divorcer fut prise et c'est ainsi que s'est achevée mon histoire avec celle qui restera en dépit de tout l'amour de ma vie ! N'est-ce pas mieux que de finir ses jours derrière les barreaux ! ».

Entreprises suicidaires
Quand on accepte de vivre avec un alcoolique incorrigible qui fréquente les milieux suspects et qui ne rechigne pas à la violence, n'est-ce pas une entreprise suicidaire ? Lorsque les disputes deviennent quotidiennes entre un couple et redoublent chaque jour de violence, lorsque l'amour et la tendresse n'y sont plus, lorsqu'il n'existe plus une seule chance de faire revenir le conjoint à la raison, la séparation ne vaudrait-elle pas mieux que cette existence infernale qui peut très mal finir ? Si se marier devient une opération Kamikaze, autant rester célibataire toute sa vie. Le dernier drame que presque tous les journaux ont relaté et qui a coûté la vie à une épouse et à sa fille tuées toutes les deux par le mari de la première, a suscité chez un lecteur d'un certain âge le commentaire suivant : « Face à de tels crimes, nous devons- nous autres pères- reprendre les rênes du commandement quand il s'agit du choix du conjoint de notre enfant. Je ne me vois pas en train de bénir l'union de ma fille avec son tueur potentiel ! » Est-là le fond du problème ?

Ecole de sagesse
La violence conjugale n'est pas un fait d'aujourd'hui, cependant elle dépasse de nos jours les seuils tolérés. L'urgence est donc de multiplier les cellules d'écoute et d'assistance psychologique gratuite ou à tarif très réduit et qui se chargeraient de venir en aide aux couples en difficulté. Il faut généraliser la consultation des spécialistes engagés par ces structures dont on ne peut mesurer les avantages familiaux et sociaux. D'autre part, on doit habituer les couples les plus jeunes à lever certains tabous et à se confier sans complexes à leurs médecins qui sauront les conseiller et les orienter vers les spécialistes les plus compétents sur les questions matrimoniales. Mais il importe, en parallèle, de concevoir des programmes scolaires (ou qui passent à la télé) ayant pour objectifs principaux de contribuer à l'instauration d'un climat sain et stable au sein des familles et de proposer une aide psychologique et morale effective et un suivi régulier aux couples de condition modeste ou trop jeunes pour affronter seuls les aléas de la vie conjugale. Car la vie à deux doit rester une école de la sagesse et non une aubaine pour les psychopathes!


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