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L'école des femmes
Féminisation massive du corps enseignant
Publié dans Le Temps le 08 - 01 - 2010

Allons-nous vers une société de plus en plus matriarcale ?
L'autorité masculine en prend un coup sérieux dans le milieu scolaire.
En réalité, l'autorité n'a pas changé de sexe mais elle a quitté l'institution pour céder sa place au pouvoir des acteurs (enseignants, élèves, parents, Etat etc.)
Depuis près de 20 ans, nous assistons en Tunisie à une progressive mais nette féminisation du corps enseignant, notamment au niveau de l'école de base (enseignement primaire et collège).
Des dizaines de milliers d'enfants et d'adolescents n'ont eu durant ce cycle de 10 années successives que des institutrices et que des professeures pour leur dispenser les cours. Ajoutez à cela qu'avant d'être inscrits à l'école, ils avaient pour la plupart été encadrés par des femmes à la crèche et au jardin d'enfants. Si l'on tient compte, en plus, de l'importante marge de pouvoir et d'autorité acquise par la femme au sein de la nouvelle famille et de son rôle prépondérant dans l'éducation des enfants, n'est-on pas en droit de se demander si, à terme, tout cela ne risque pas d'introduire des changements profonds dans la manière avec laquelle un écolier et un collégien de chez nous se représentent le rapport entre l'homme et la femme ?. L'image que l'enfant se construit de la structure familiale et sociale au cours de cette période de sa vie est déterminante dans sa représentation des hiérarchies qui prévalent dans son entourage, ne doit-on pas s'attendre à ce qu'un jour sa conception de la place de chacun des deux sexes soit à l'opposé radical de la représentation que faisait prévaloir jusque-là la tradition patriarcale ? Attachera-t-on désormais le même prix à la notion de virilité ? L'autorité est-elle en train de changer de sexe ? Quelle image du sexe masculin la féminisation du corps enseignant favorisera-t-elle auprès des jeunes apprenants ? Allons-nous vers une société de plus en plus matriarcale ? Ce lot de questions en appelle sans doute bien d'autres que nous vous laissons la liberté de soulever.
Badreddine BEN HENDA
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Eclairages sociologiques
Chokri Memni, sociologue spécialisé dans l'éducation : « Un sujet hautement problématique »
M. Chokri Memni, sociologue spécialisé dans l'éducation, nous fait part de ses réflexions sur l'impact que peut avoir la féminisation massive du corps enseignant au primaire et au collège sur la représentation par les élèves du rapport entre les deux sexes. Sa réponse nous fut donnée dans ce développement très pertinent et très instructif.
" De mon point de vue, vous traitez là un sujet hautement problématique : il s'agit au moins de trois questions portées à l'ambigüité. La première est celle de la féminisation du corps enseignant au primaire et au collège jugée comme massive. La deuxième concerne l'autorité en classe comme élément constructif du rapport à l'institution et au monde des adultes. La troisième est la plus délicate, puisqu'elle dépasse le niveau des faits et celui des représentations pour toucher celui des rapports sociaux de sexe. Là, en effet, il n'est pas question d'une simple représentation mais de rapports construits socialement et culturellement entre personnes sexuées.
Féminisation ou mixité ?
" La situation telle qu'elle se présente actuellement ne porte pas à croire que les écoles primaires et les collèges soient totalement féminisés et dirigés par les femmes. Les statistiques concernant le corps enseignant dans l'école de base donnent une différence peu significative quant à la présence des femmes ; soit 49.196 enseignantes contre 43.188 enseignants (53 % contre 47 %). Quand on pousse la recherche plus loin, on voit que l'effectif des directrices chefs d'établissements reste encore dérisoire. Ceci n'exclut pas, bien sûr, la féminisation ascendante constatée au cours des deux dernières décennies et le nouveau phénomène de l'accès progressif des femmes aux postes clés du secteur de l'éducation. Bref, l'espace scolaire n'est plus le monopole des hommes dans le contexte actuel marqué par une mixité nouvelle qui pourrait jouer en faveur des femmes. "
L'autorité change-t-elle de sexe ?
" Quand on remonte à l'Antiquité arabe et gréco-romaine, on réalise que les femmes y étaient totalement exclues du savoir et de la puissance de l'esprit humain. Seul un sujet masculin pouvait accéder au savoir transcendantal. Notre maître d'école hérita de ce privilège. Il va de soi que la représentation de l'autorité masculine tire ses origines, à la fois du savoir divin et de l'institution scolaire. Cette dernière est en fait l'incarnation du pouvoir de l'Etat revêtu par le patriarcat dominant. Mais au fil du temps, la femme fit preuve d'une grande capacité d'apprentissage et d'un passage réussi du privé au public. En soi, cela constitue déjà un grand succès. Le métier d'enseignante lui est donc devenu accessible et même favorable. En même temps, l'autorité du maître tout comme son statut ont subi une dégradation notable dont les femmes ne sont pas responsables. L'école s'est ainsi transformée en un espace d'exercice de pouvoir et du coup, l'autorité s'y est dissolue dans un nouveau rapport de forces. En réalité, l'autorité n'a pas changé de sexe mais elle a quitté l'institution pour céder sa place au pouvoir des acteurs (enseignants, élèves, parents, Etat etc.) Le public des élèves se féminise et les enjeux de pouvoir changent en fonction des groupes de sexe. Une panoplie de cas de figure s'impose désormais et les situations semblent plus complexes qu'auparavant. L'intervention de la mère biologique est par ailleurs une complication supplémentaire. Résultat : l'autorité masculine en prend un coup sérieux dans le milieu scolaire. Les femmes ont certainement compris ce jeu devenu une de leurs armes favorites pour se réaliser en tant que femmes. Les hommes, eux, ont du mal à l'assimiler. Dans un milieu social déserté par les hommes en tant que parents ou éducateurs, la mixité joue en faveur des femmes lesquelles au contraire s'investissent à fond dans l'éducation de leurs enfants. Pour tout dire, le milieu scolaire ne se féminise pas de manière officielle, ni par une invasion quantitative, mais à travers le genre et les cultures différentes. Les hommes n'ont pas les moyens de s'y intégrer afin d'y faire face. Les jeunes garçons, eux, (c'est-à-dire les hommes de demain) seront certainement impliqués dans ce jeu au féminin, et actuellement, les choses évoluent d'une façon dite naturelle, mais sans doute dans un sens bien différent de l'exemple de leurs pères. "
Evolue-t-on vers une domination féminine ?
" Un petit peu, peut-être ! Mais une chose est sûre : l'autorité masculine ne s'exercera plus comme autrefois. Jusqu'aujourd'hui, les deux sexes ont du mal à céder du terrain l'un à l'autre. La femme voudrait posséder le monde tandis que l'homme veut la posséder elle-même ! Partager le pouvoir et l'autorité, revendication féminine à la base, serait peut-être à l'avenir la revendication d'une catégorie d'hommes déstabilisés par la domination féminine et victimes de ses désagréments. Partager les biens et les corps, au lieu de les posséder, serait la revendication d'une catégorie de femmes qui échappent à la domination masculine. Partager les idées et la vie, le corps et les biens, les enfants et l'avenir, ce sera peut-être la meilleure voie pour les nouveaux apprenants du partage, appelés ensemble, filles et garçons, à s'engager dans un même combat!"
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Chiffres
Les statistiques concernant le corps enseignant dans l'école de base donnent une différence peu significative quant à la présence des femmes ; soit 49.196 enseignantes contre 43.188 enseignants (53 % contre 47 %).


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