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La boulimie "glaciale"
Santé : C'est la période
Publié dans Le Temps le 24 - 01 - 2010


Les fantasmes de l'anorexie
Avec le froid et le changement de température, il est important de faire attention à sa santé. Certaines personnes mangent n'importe comment, dévorent tout et n'importe quoi, ingurgitent des quantités énormes et très caloriques. La boulimie s'exerce seul, à l'abri du regard des autres en cette période de froid.
Cette boulimie touche aussi bien les jeunes que les adultes notamment les femmes. Cette maladie consiste à des prises alimentaires, dans un temps court, d'une quantité de nourriture largement supérieure à celle que la plupart des personnes mangeraient dans le même temps et dans les mêmes circonstances..
Ces crises de boulimie risquent à la longue de peser sur la balance des personnes boulimiques. D'où des préoccupations excessives de l'aspect physique, voire une peur maladive de grossir, et d'où aussi la nécessité de prendre en charge cette pathologie .
Entretien avec M. Riadh Bouzid, Professeur agrégé en psychiatrie à la Faculté de Médecine de Tunis et chef de service des consultations externes à l'Hôpital Mohamed Tahar Maâmouri
Le Temps : Qu'est ce que la boulimie ?
Dr Riadh Bouzid : La boulimie consiste en des épisodes de compulsion alimentaire (crises) au cours desquels la personne mange une très grande quantité de nourriture de manière incontrôlée. Ensuite, elle utilise des moyens pour éliminer l'excès de calories ingérées, en se faisant vomir, en utilisant des laxatifs ou des diurétiques, en faisant de l'exercice physique ou en s'imposant des restrictions alimentaires de type anorexique. Certaines personnes peuvent combiner ces différents moyens. Ses causes sont complexes et multiples et sont issues d'une combinaison de facteurs émotionnels, comportementaux, psychologiques et sociaux
*Comment se manifeste la maladie ?
-La boulimie entraîne des comportements compulsifs de consommation de nourriture, en grande quantité, sur un court laps de temps. Les aliments choisis sont assez stéréotypés : aliments très caloriques, volontiers sucrés (gâteaux, crèmes, glaces,...) parfois salés (charcuterie, fromages)
*La boulimie est –elle liée au froid hivernal ?
-La dépression saisonnière survint typiquement à la baisse de la luminosité du soleil et contrairement aux autres dépressions, cette dépression est caractérisée par une hypersomnie et un hyperphagie (boulimie) avec une appétence pour les substances trop sucrées. Cette dépression est plus fréquente chez la femme et se caractérise par des troubles du caractère et peut conduire à un surpoids. On peut la traiter par des antidépresseurs ou des séances d'expositions à une lumière artificielle. C'est la luxthérapie.
*Mais en général, quelles sont les personnes touchées par la boulimie ?
-La boulimie touche plus volontiers les femmes que les hommes (9/10), notamment la femme jeune, débutant souvent en fin d'adolescence (18-19 ans), mais les hommes peuvent également être concernés. L'hyperphagie boulimique concerne 2,5% des femmes et 1,1% des hommes aux Etats-Unis et sa prévalence est encore plus élevée en Europe, soit respectivement 2,8% et 1,9%. Elle est beaucoup plus importante chez les patients ayant un problème de poids (environ 30% des femmes et 20% des hommes) et augmente avec la sévérité de l'excès pondéral : plus de 40% des patients avec un index de masse corporelle supérieur à 35 kg/m2 en souffrent.
*Comment se manifestent les crises de boulimie ?
-Ces crises consistent notamment en l'absorption, en une période de temps limitée, d'une quantité de nourriture largement supérieure à ce que la plupart des gens absorberaient dans des circonstances similaires, et un sentiment de perte de contrôle sur la consommation d'aliments. Ces crises surviennent en secret (dissimulation). Elles sont déclenchées par un état de dysphorie et de tension émotionnelle. Elles se poursuivent jusqu'à une sensation pénible, douloureuse de distension abdominale. Après la crise, la personne boulimique ressent un sentiment de honte et de culpabilité et une certaine humeur dépressive.
*Comment se comporte la personne boulimique ?
-La personne boulimique a recours à un ou plusieurs des actes suivants : provocation du vomissement, utilisation inappropriée de laxatifs et/ou de diurétiques, des exercices physiques excessifs et une imposition de restrictions alimentaires de type anorexiques afin de rééquilibrer la balance.
*Quels sont les signes associés à cette boulimie ?
-La boulimie peut aussi se rencontrer avec d'autres troubles : les syndromes dépressifs, les troubles anxieux (anxiété de séparation, phobie sociale) de la personnalité, des conduites adductives et des difficultés d'intégration sociale. De 30 à 60% des personnes qui souffrent de troubles alimentaires souffrent d'une trouble de la personnalité. La boulimie est alors un symptôme
*Comment se fait la prise en charge de ces personnes boulimiques ?
-Les aides psychologiques les mieux évaluées sont les psychothérapies cognitivo-comportementales. Les résultats sont encore controversés. Mais elles semblent plus efficaces que des traitements médicamenteux.
K.B
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Les fantasmes de l'anorexie
Les troubles de comportements alimentaires chez les adolescents sont un véritable phénomène de société. Ils touchent 5% des adolescents. Ils forment la troisième maladie chronique en importance chez les adolescents. Ces troubles se manifestent suivant deux formes : restrictive et boulimique. L'anorexie mentale est un trouble caractérisé par la privation de nourriture en vue de devenir mince. Comment se manifeste cette pathologie ? Quels sont ses facteurs et comment se fait la prise en charge ? Les explications du psychiatre Wahid Koubaa, trésorier de l'Association Tunisienne des psychiatres d'exercice privé
La troisième maladie chronique
L'anorexie est une comorbidité importante avec les troubles anxieux et dépressifs avec une perte de poids provoquée par le patient par évitement des aliments caloriques, vomissements provoqués, laxatifs, anorexigènes, diurétiques, activités physiques, une perturbation de l'image corporelle et surtout une peur de grossir.
Perdre son aspect féminin
« C'est la troisième maladie chronique en importance chez les adolescents explique le psychiatre Wahid Koubaa. En effet dit –il 1 % des adolescents : 9 filles pour 1 garçon avec deux pics de survenue à 13-14 ans et 18-20 ans. Les formes pré pubères sont rares.1 à 2 % des jeunes enfants auraient des troubles du comportement alimentaire qui continueraient à l'âge scolaire dans 70 % des cas .20 à 42% des fillettes de 8 à 10 ans tenteraient de perdre du poids. L'anorexie inaugurale est souvent motivée par un petit excès de poids ou un embarras gastrique, une conduite active de restriction alimentaire qui va progressivement devenir une réelle perte d'appétit, un amaigrissement progressif et souvent massif, pouvant atteindre jusqu'à 50 % du poids initial(15 à 20 kg en quelques mois), un aspect physique évocateur avec une disparition des formes féminines, des corps anguleux, un visage cadavérique avec joues creuses, yeux
enfoncés, cheveux secs et ternes…L'aménorrhée accompagne l'anorexie dans 55 % des cas, la précède dans 15 % des cas et la suit dans 30 % des cas.
Signes cliniques et autres
Ils y a tout d'abord, des signes cliniques qui peuvent être une hyperactivité motrice avec méconnaissance de la fatigue, des vomissements provoqués et une prise de laxatifs ou diurétiques. Mais aussi explique Dr Koubaa « des signes somatiques ceux de la dénutrition : Cheveux secs et tombants, ongles striés et cassants, peau sèche, hypertrichose, érosions buccales, dents abîmées, une hypertrophie de la glande thyroïdienne, des troubles cardiovasculaires : pâleur, acrocyanose, froideur des extrémités, hypotension, bradycardie, œdèmes de carence, une hypothermie, une constipation…sans oublier une comorbidite qui se manifeste par une dépression, une trouble panique, une hystérie, une trouble bipolaire, une psychose. Les signes de gravité sont un amaigrissement brutal, rapide et supérieur à 30 % du poids, un IMC inférieur à 13, une bradycardie inférieure à 40/mm, des troubles du rythme cardiaque (hypokaliémie), hypotension
9/5, une hypothermie, un retentissement biologique et une décompensation dépressive
Souci de conformisme
Tout d'abord des facteurs familiaux avec un souci de conformisme : correspondre aux attentes d'une mère hyper protectrice avec un père effacé, des difficultés d'individuation et d'autonomie… « des facteurs liés au processus de l'adolescence ajoute Dr Koubaa :
: Angoisse de la sexualité, réactivation de la problématique œdipienne et des conflits d'identification. Ceci sans oublier les facteurs culturels et sociaux:Idéal de minceur ; évolution du rituel du repas familial et un changement du rapport à la nourriture »
L'anorexique a un désir éperdu de minceur et une peur obsédante de grossir. Il a un besoin de maîtrise (alimentation, poids, scolarité hyper investie…) et de contrôle de son désir allant jusqu'a la négation des exigences fondamentales instinctuelles notamment les besoins alimentaires (fantasmes de toute puissance et d'immortalité). Il a une sexualité refoulée c'est-à-dire des caractères sexuels secondaires gommés par la maigreur avec une possible décompensation dépressive et une absence de troubles psychiatriques majeurs (psychotiques). L'anorexie mentale est donc une rencontre entre un individu vulnérable et la jouissance procurée par le contrôle restrictif de son alimentation. Le tout survenant au moment décisif de l'adolescence. Pour l'adolescente, l'anorexie mentale devient comme un refuge, un moyen de freiner le processus pubertaire qu'elle accepte mal, une façon de ralentir certains aspects de son développement (processus de séparation / individuation), une impasse de développement mentale qui s'accompagne d'une conduite d'autodestruction. C'est comme si, par l'anorexie, les adolescentes“gèlent” leur adolescence
La gestion de l'après-anorexie
Le temps a passé, l'adolescente est devenue une adulte. Elle doit faire des choix.
Souvent, elle se posera la question: Pourquoi ai-je été anorexique ? Plusieurs se reconnaissent une vulnérabilité psychologique, et à entreprendre une démarche psychothérapeutique. D'autres, nombreuses, voudront oublier et tourner la page. Celles qui continuent dans l'anorexie après leur adolescence nous dit Dr Koubaa « sont plus susceptibles d'être porteuses d'un autre trouble psychiatrique telle qu'une personnalité limite, un trouble du caractère, une dépression. Il faut souhaiter qu'elles ne se retrouvent pas dans une phase de chronicité et d'errance par rapport à leur anorexie. Le traitement de la conduite alimentaire, la personnalité et les dysfonctionnements familiaux constituent les principes de traitement. L'hospitalisation en milieu médical (voire en réanimation) ou psychiatrique est indiquée en cas de danger vital ou en cas de persistance de perte de poids. Le« Contrat » : porte principalement sur le poids (10 kg), la durée d'hospitalisation et les relations avec l'entourage. Négocier avec l'adolescente et sa famille (pas de visites ni lettres ni téléphone, pas de sorties). On peut recourir aux médicaments psychotropes dont les anxiolytiques et neuroleptiques sédatifs en cas de débordements anxieux et les antidépresseurs sérotoninergiques en cas de troubles dépressifs associés ou aux psychothérapies de soutien. La prise en charge de la famille pourra favoriser l'alliance thérapeutique, aider à dépasser les inévitables sentiments de culpabilité, supporter la séparation et l'autonomisation et réfléchir sur le fonctionnement familial. Il y a souvent une absence de demande ou une demande tronquée ou temporaire. Il faut créer une relation par le mot à la place du corps. Mais souvent il y a une difficulté de mise en mot. »Conclut Dr Koubaa.


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