Le peuple tunisien qui a payé de son sang et au prix d'énormes sacrifices son affranchissement du joug de l'une des dictatures les plus ignobles de ce siècle, peut-il savourer en toute quiétude sa victoire triomphale ? Quelle raison peut-il y avoir pour que les jours et les nuits de la Tunisie post-Révolution ne soient pas une succession de fêtes et un perpétuel hymne à la vie après de longues années de stérilité et de mort clinique ? Normalement, le quotidien des Tunisiens devrait être empreint de joie, d'optimisme et d'espoir et refléter leur force à franchir les obstacles et à surpasser les situations les plus complexes. Car, l'œuvre accomplie est grandiose. Elle a émerveillé le monde, inspiré les peuples opprimés et instauré ce que les observateurs et les analystes baptisent le « printemps arabe ». Or, il s'avère que le plus dur reste à faire et que la période post-Révolution n'est ni une période de plaisir ni un prétexte au relâchement et à la désinvolture. Près de quatre mois après le 14 janvier, les Tunisiens réalisent que la réalité est peu réjouissante et qu'ils sont encore loin de réaliser les objectifs de la Révolution. Pour certains, la situation, au lieu de s'améliorer, empire. Ceci, naturellement, plonge une majorité de la population dans le pessimisme et le désarroi. A vrai dire, il n'y a pas lieu de se réjouir au vu du vide sécuritaire et de ses graves conséquences d'instabilité, de la montée des extrémismes, du marasme économique, conséquence de la multiplication des grèves et des sit-in et du paysage politique incompréhensible et pour le moins douteux. Ce n'est pas évidemment l'avis de tous. Et ils sont nombreux ceux qui jugent la situation normale après une Révolution, croyant fermement en la capacité du peuple à rebondir et regardant l'avenir avec confiance et sérénité.