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«Il faut trouver un modus vivendi pour la période transitoire»
Azzam Mahjoub, économiste et professeur à la faculté des Sciences Economiques de Tunis
Publié dans Le Temps le 13 - 05 - 2011

L'emploi est plus que jamais une exigence vitale pour le devenir de notre pays, où les indicateurs clignotaient déjà de façon chronique.
Sa promotion, un enjeu de la plus haute importance, est un thème privilégié de réflexion par les temps qui courent, tant il est vrai que les mouvements d'agitation risquent de galvauder le capital de sympathie acquis grâce à notre Révolution, de freiner l'élan de solidarité manifestée partout dans le monde à notre égard et de donner à réfléchir aux investisseurs nationaux et étrangers. Quelle démarche adopter et quelle stratégie préconiser pour gérer une situation caractérisée par ses contradictions, étant tout aussi porteuse de promesses que parsemée d'embûches ? Comment tenir l'équilibre, pour le gouvernement provisoire, tenu d'assurer un minimum de stabilité tout en consacrant la volonté du peuple ? Comment réussir l'accomplissement du processus de transition démocratique ? Autant de questions auxquelles le professeur Azzam Mahjoub, économiste émérite va tenter d'apporter quelques éléments de réponse. Interview :

Le Temps : un petit rappel des données en matière de chômage?

Professeur Azzam Mahjoub : le taux de chômage se situe entre 14 et 15%. Compte tenu des femmes et du milieu rural il oscillerait entre 40 et 50%. Jusqu'à la Révolution, on comptait plus de 500 mille chômeurs dont une fourchette de 120 à 150 mille diplômés du supérieur.
Compte tenu de la déstabilisation de l'appareil de production du pays et du retour de nos émigrés de Libye, les chiffres publiés situent le nombre global de chômeurs à hauteur de 700 mille. A moins d'une amélioration sensible au cours du second trimestre, il est manifeste que le taux de chômage est appelé à grimper d'après les prévisions à 19 ou 20%. En tous les cas, la situation déjà bien tendue avant la révolution, l'est davantage aujourd'hui d'une façon conjoncturelle. Nous héritons ainsi d'un reliquat structurel important combiné avec l'effet de la conjoncture actuelle.

Les facteurs qui ont contribué à cette situation peu reluisante ?

Il y a une dichotomie, une distorsion entre notre système de formation et le marché de l'emploi Il importe par conséquent de réviser l'ensemble du système de formation. Par ailleurs, nous avons un modèle de production à faible intensité technologique, donc à faible qualification du travail, c'est-à-dire, un système d'emploi relativement peu employant en matière de travail qualifié. Si nous voulons nous attaquer d'une manière frontale et structurelle, il nous faudra aborder les deux pôles de cette problématique, à savoir, le système de formation dans sa globalité et penser au réajustement de notre système de production pour répondre à la demande additionnelle et à celle de qualification élevée.

Sur ce arrive la révolution puis la période de transition démocratique. Quelles en sont les spécificités ?

Sur le plan politique général, cette période de transition est marquée par deux pôles de tension: d'un côté par le fait de consacrer la volonté du peuple et la réalisation des objectifs de la révolution en rompant véritablement avec un système autoritaire et corrompu, et en instaurant un système démocratique et transparent, et d'un autre côté, par la volonté d'assurer un minimum de stabilité au pouvoir provisoire pour lui permettre de gérer la transition. Or, c'est à travers des compromis et des consensus plus ou moins fragiles, plus ou moins déconstruits et reconstruits qu'on procède. D'où l'alternance des avancées et des reflux. Mais à mon avis, nous sommes normalement sur les rails et la tension n'est pas quelque chose d'exceptionnel, en dépit de toutes les difficultés rencontrées.
Pourtant au vu des données chiffrées et les événements quotidiens, il n'y a pas lieu d'être optimiste ?
Je pense qu'il faut avoir la juste mesure des choses car aujourd'hui, si la situation économique est difficile, elle n'en est pas pour autant catastrophique. D'après les scénarios possibles, on pourrait escompter un taux de croissance de 3% et ce au vu de certains signes de reprises qui commencent à se dessiner. Le tout est une question de conscience quant aux défis et de confiance dans la capacité du pays à les relever, à condition bien sûr que chaque Tunisien assume convenablement ses responsabilités.

Mais comment gérer 700 mille chômeurs appelés à être rejoints par un autre contingent de 80 mille autres d'ici la fin de l'année?

Si on arrive à réaliser 50 à 60 000 d'ici la fin de l'année, au vu de ce qui est projeté, le coût n'en sera pas aussi excessif qu'on semble le penser. A mon avis, tout est encore jouable, sauf qu'il y a des événements qu'on ne peut pas contrôler comme les événements de Libye par exemple qui surdéterminent l'ensemble des processus. Au cas où les prochaines élections se passeraient dans des conditions satisfaisantes, où le climat social s'assainirait et où la sécurité serait rétablie, je suis persuadé que nos partenaires vont aider notre pays. Au prochain gouvernement légitime, je voudrais suggérer de demander la reconversion de notre dette, c'est -à-dire que nous pourrons reconvertir ce que nous devons payer en projets de développement, ce qui est déjà fait : en Tunisie, nous avons quelques expériences avec quelques pays européens pour des projets de développement durable. Nous avons le droit de réclamer que notamment la dette publique au moins, vis-à-vis des bailleurs de fonds publics, puisse être reconvertie aux fins de création d'emploi, ce qui est censé avoir des effets immédiats. Car à mon avis, l'annulation de la dette n'as pas de sens : il faut qu'il y ait des engagements pour que l'argent que nous sommes en train de préparer pour les prochaines échéances soit reconverti en projets même co-pilotés, comme le font les Chinois. Il n'en demeure pas moins que le politique constitue le nœud.

Tout est tributaire aussi des relations entre les partenaires sociaux ?

Il est évident que l'entente entre les partenaires sociaux est primordiale au niveau national pour gérer la phase transitoire. Mais il faut que ça soit un package. Concernant le secteur privé, tout en reconnaissant les difficultés inhérentes à la période en cours, je considère qu'il est nécessaire de penser en terme de responsabilité citoyenne et non pas se focaliser sur les coups subis par son chiffre d'affaires et les pertes de son entreprise, qui sont parfois considérables. Les projections du gouvernement tablent sur la création de 20 000 emplois dans le secteur privé qui est d'autant appelé à réagir favorablement à ces prévisions qu'il s'est déjà engagé auparavant à créer je ne sais combien de milliers de postes d'emploi. La question est de savoir si le secteur est vraiment partie prenante dans l'édification démocratique.

Et la sacro-sainte compétitivité?

Pour le moment il ne nous est pas possible de changer notre modèle de développement mais il faut trouver un modus vivendi pour la période transitoire. Notre tissu productif exportateur est basé sur des productions à faible intensité technologique et sur un coût salarial faible. Les pays qui ont vraiment fait leur révolution économique ont opté pour un schéma tout à fait différent pour parvenir à l'équation productivité/salaire. Nous, on tire avantage des salaires pour exporter, or ce modèle a marqué ses limites et il faudra en construire un autre basé sur des productions à plus grande valeur ajoutée, à utilisation accrue de qualifications. C'est un modèle mis en œuvre dans certains secteurs mais on a aussi un point mort du secteur privé qui était en situation de quasi rente et qui s'est développé sur la base de pratiques de sous-traitance etc… C'est là à mon avis à remettre sur le tapis. Par la suite, il faudrait s'entendre sur un véritable pacte qui reformule avec un consensus au niveau des partenaires sur le nouveau modèle à asseoir, celui existant ayant fait faillite et fait dégénérer le pays et fait éclater toutes les disparités. Pour récapituler, autant les partenaires sont appelés à gérer convenablement cette phase de transition pour stabiliser le climat social, autant le privé est interpellé en terme de responsabilité historique avec des engagements fermes pour la création d'emplois. D'autre part, il faudrait que l'on réfléchisse ensemble sur la nécessité de refonte d'une économie pseudo-libérale basée sur des situations de rente et souvent malheureusement avec des pratiques de corruption systémique. Du côté syndical on demande une certaine lucidité et un plus grand sens des responsabilités.

Comment se présentent les finances du pays ?

De la table ronde avec le gouverneur de la Banque Centrale, il ressort que, nos réserves de change ont diminué durant ces trois mois, mais, globalement, notre niveau d'endettement est pour le moment gérable. Quand on tient compte des quatre fondamentaux de l'économie, à savoir, le niveau de l'inflation, le niveau des déficits budgétaires, le niveau du déficit de la balance des opérations courantes et l'endettement, en gros, jusqu'à aujourd'hui, nous ne sommes pas dans le rouge. Donc du point de vue macro-économique global, il n' a pas d'effet catastrophique a mis cet état de grâce si l'on peut dire dépendra de la conjugaison de plusieurs facteurs comme la stabilité, la sécurité, la transparence des élections, conditions à défaut desquelles il est certain qu'il nous sera difficile de tenir très longtemps. Si les choses ne venaient pas à empirer et si le processus de démocratisation n'est pas dévoyé au cours des trois prochains mois, s'il n'a pas d'effet de déstabilisation venant de l'intérieur ou de l'extérieur, nous pourrons nous en sortir avec des coûts moindres que pour l'Espagne ou le Portugal.
Dans la fonction publique, la pléthore était déjà décriée par les experts, bien avant la Révolution, malgré cela, il y a des recrutements projetés qui vont s'ajouter aux 500 mille déjà en fonction!
D'après ce que je sais, dans la fonction publique, au niveau des régions de l'intérieur, il y a des besoins en matière de recrutement, principalement dans les administrations relevant de la Défense et de l'Intérieur, puis de la santé et de l'Education. Il est nécessaire cependant qu'il s'agisse de vrais emplois au sens décent et durable et non pas fictif et dérisoire. Il faut dire que l'Etat subit des contraintes et qu'il gère le moment, pour atténuer l'éclatement social.
Entretien conduit par Taieb LAJILI


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