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L'igloo de Tunis (1)
Reflets
Publié dans Le Temps le 13 - 09 - 2011

«Satisfaire ses désirs, certes, mais lesquels ? Et dans quelle mesure ?
Déterminer précisément ce que je veux avoir et combien.
Des enfants ? De l'argent ? De la gloire ?
Combien ? »
Svami Prajnanpad
Tel un ver à soie, elle a tissé son cocon, au cœur de Tunis, là où fourmille, dans un mouvement incessant, une multitude de personnes, là où une foule pressée arpente les rues alentours, en ce mois de Ramadhan, en quête perpétuelle de produits à consommer, pour assouvir une faim insatiable de besoins, là où les magasins de luxe aux vitrines surchargées et insolentes proposent une profusion d'habits, de chaussures, de bijoux, de produits inutiles, souvent clinquants à souhait.
Là où des marchands ambulants se disputent les trottoirs pour exhiber leurs trésors et s'ingénient à crier les mérites de leurs marchandises. Là où de nombreux mendiants prennent leur quartier, le matin venu, et disparaissent au coucher du soleil, souvent des femmes, amenées, déposées, protégées et exploitées.
C'est là qu'elle a choisi de s'installer, sur le trottoir, devant « La Maison Dorée », comme un défi à cette société à la dérive, victime d'un système économique fou qui continue à courir à sa propre faillite, un système inégalitaire qui marginalise, chaque seconde, tous ceux qui refusent de poursuivre une course épuisante, harassante vers une consommation effrénée.
C'est là, tout près de la rue de Suisse, pas loin d'un marchand de meubles rutilants, qu'elle a planté sa maigre tente, un amas de lambeaux, un patchwork de morceaux de toiles défraichies, de plastiques rafistolés, de restes de vieux matelas, un igloo sans porte dont l'accès est connu d'elle seule. Elle a posé, à même le sol, sa vieille valise et un butin dérisoire.
C'est là qu'elle a rompu avec une société qui la rejette, c'est là qu'elle a choisi de s'isoler en s'exposant au regard hostile et curieux, sacrifiant toute intimité, s'offrant en spectacle, malgré elle. Mais, en définitive, ne serait-elle pas, elle, l'observatrice privilégiée d'une vaine parade ?
Elle s'est retirée du règne du paraître, de cette mascarade. C'est là qu'elle se tient, digne, sous le regard haineux de certains passants, gênés par la misère qui « envahit » la ville, eux les repus, les ventrus qui peinent à porter leurs paquets jusqu'au coffre de leurs voitures. Ils jettent un regard dédaigneux à cette «pauvre chose qui salit » la capitale et continuent leur route, préoccupés par les courses à venir, se ruent vers Les Grands Magasins, remplissent leurs chariots de bouteilles d'eau minérale, de sodas, de jus de fruits, de fruits juteux et se pressent pour atteindre les pâtisseries pour commander les douceurs de l'Aid et les délices ramadanesques. A la rupture du jeûne, ils se retrouvent devant des tables bien garnies, regardent, d'un œil distrait, la misère du monde sur l'écran télévisé, parfois compatissants devant la souffrance des réfugiés sur nos frontières et le calvaire des enfants de Somalie, rachitiques, le regard hagard, espérant la mort. Une famine effroyable sévit dans une région asséchée, balayée par des vents torrides, devant l'indifférence du monde. Ils daigneront, peut-être, donner de l'aide à ceux qui sont loin, mais que Dieu vienne en aide à la Somalie et à une pauvre femme, si proche, assise devant son igloo, exposée à la froidure du dédain des bien nourris.
Elle ne quémande pas, ne mendie pas, ne demande rien. Elle a choisi de quitter une société égoïste qui jette les laissés pour compte hors de la course, dans le désarroi et l'errance. .Elle a choisi d'être libre.
Tounès THABET

(*) Svami Prajnanpad (1891-1974) Professeur de littérature anglaise, de philosophie indienne et de physique. S'intéressa à la psychanalyse et rejoignit le mouvement de non coopération de Ghandi.


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