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Nabiha Ben Miled : une femme dans l'histoire
Hommage
Publié dans Le Temps le 08 - 05 - 2013

« L'expérience et l'histoire nous enseignent que peuples et gouvernements n'ont jamais rien appris de l'Histoire, qu'ils n'ont jamais agi suivant les maximes qu'on aurait pu en tirer »
Hegel
Leçons sur la philosophie de l'Histoire
Nabiha Ben Miled, décédée le 6 Mai 2009, fait partie de cette génération de pionnières des années 30 qui ont, par leurs actions individuelles, associatives ou politiques, affirmé leur droit à participer au devenir de leur société ; à ce titre, elle mériterait largement de figurer en bonne place dans les livres d'Histoire. Elle qui adhéra dès sa fondation en 1936, à l'Union Musulmane des Femmes de Tunisie fondée par Bchira Ben Mrad, qui rejoignit en 1944, à sa création, les rangs de l'Union des Femmes de Tunisie (Parti Communiste Tunisien) dont elle fut Présidente de 1952 à 1963, date de sa dissolution. Elle qui, plus de trente ans plus tard et alors que, déjà âgée, elle vivait retirée de la vie associative et politique, a tenu à apporter son soutien à la jeune ATFD dont elle fut la première adhérente (1989) : mais elle était déjà venue, quelques années plus tôt, au début des années 80, à la rencontre des féministes du Club Tahar Haddad pour parler de l'expérience de l'UFT et avait été attentive aussi à celle des féministes. Elle disait avec ce parler vrai et cette simplicité qu'elle avait : « nous n'étions pas comme vous, nous n'avions pas la conscience que vous avez, mais nous avons fait des choses pour soulager le quotidien des femmes. ».
Il est courant que l'on dise aux femmes – et cela ne date pas d'aujourd'hui - que leurs droits leur ont été « offerts sur un plateau », signifiant ainsi qu'elles ne se sont pas battues pour les avoir. Comme si les femmes qui ont milité pour l'indépendance nationale, celles qui, dans les années 30-40-50, ont les premières investi le champ public, celles qui ont défendu l'instruction des filles et refusé de porter le voile, n'avaient jamais existé. Quelques unes sont connues pour des actions inédites chez les femmes( Habiba Menchari qui ôta son voile dans les années 20, Taouwhida Ben Cheikh qui fut la première femme médecin) ou des appartenances idéologiques ( Bchira Ben Mrad qui fonda l'Union Musulmane des femmes de Tunisie, Radhia Haddad qui fut la première Présidente de l' Union Nationale des Femmes de Tunisie) et sont quelques fois citées brièvement dans certains livres d'Histoire ; pourtant elles sont par centaines et par milliers ces femmes militantes ou anonymes qui, dans les villes et les campagnes, les ateliers et les usines, les arts et la politique, parfois dans les foyers et entre les murs des maisons ont été combattantes et actives ou simplement présentes et solidaires.
En relisant le témoignage de Nabiha Ben Miled publié dans l'ouvrage collectif du CREDIF et de l'Institut Supérieur d'Histoire du Mouvement National « Mémoires de femmes, Tunisiennes dans la vie publique 1920.1960 » (Automne 1993) on découvre cette volonté tenace des femmes, d'hier et d'aujourd'hui, d'affirmer leurs droits au respect et à la dignité et leur participation citoyenne à la vie publique. Il aura fallu pour celles d'il y a quelques décennies, franchir les barrières des tabous et des traditions qui confinaient les femmes entre les murs des maisons, des croyances et des voiles.
Moments décisifs
Née le 4 mars 1919, dans une famille ouverte et aisée de la petite bourgeoisie tunisoise, Nabiha Ben Miled nous laisse entrevoir, dans le témoignage cité plus haut, quelques moments clés de son itinéraire personnel que l'on peut considérer comme constitutifs des choix qui furent plus tard les siens.
Une forme d'insoumission dès l'âge de 12 ans qui lui fait mal accepter le port de la voilette que sa mère veut lui faire porter » : « …il m'arrivait souvent, de retour de l'école, de la fourrer dans le cartable et de rentrer le visage découvert».
La déception de découvrir ne pas être l'égale de son frère qui décide de faire médecine alors que son père voulait qu'il fasse du droit. « Voyant mon père déçu j'ai dit : c'est moi qui ferais droit ». La réponse fut cinglante : « il n'en n'est pas question, pourquoi ferais-tu des études de droit puisque tu ne travailleras pas à l'extérieur ». Depuis ce jour, reconnaît-elle « mon ardeur au travail a baissé et le découragement m'a gagné ».
Son mariage très jeune, à 15 ans avec Ahmed Ben Miled, médecin et militant nationaliste, homme ouvert et progressiste qui a amélioré son niveau d'instruction et l'a incitée à sortir sans voile et à ne pas vivre cloitrée.
Son adhésion, en 1936, à l'Union Musulmane des femmes de Tunisie, créée par Bchira Ben Mrad qui lui était apparentée. « Les revendications de notre association étaient surtout axées sur l'enseignement des jeunes filles » ; L'Union organisa une grande fête en l'honneur de Tawhida Ben Cheikh, première femme médecin et deux autres au profit des étudiants nord africains sans ressources. « Nous manifestions à l'occasion d'évènements importants comme la déportation de Moncef Bey, nous rendions visite aux prisonniers politiques » pour qui elles préparaient des couffins.
Sa prise de conscience « de la gravité des évènements politiques » le 9 Avril 1938 où le patio de sa maison recueille les blessés de la manifestation et est transformé en hôpital de fortune « à cette date, quelque chose a changé en moi » ;
Son activité sociale à Halfaouine et en particulier, l'organisation d'une grande soupe populaire durant l'hiver 1944 : « la famine sévissait et Halfaouine était investi par les mendiants venus de plusieurs régions du pays ». L'organisation de cette soupe populaire qui distribue de 150 à 200 repas par jour durant près de 9 mois, permet à une véritable « chaîne de solidarité » de se constituer (syndicat du marché central pour la fourniture des légumes, collecte de pain auprès des boulangers et de produits d'épicerie auprès des commerçants). Cette activité sociale la met en contact avec les gens du peuple et lui permet de développer des liens étroits de solidarité entre ses voisins et elle.
L'hébergement durant deux ans, pendant la guerre, d'une réfugiée politique communiste française qui « a contribué à ma formation politique ».
Son adhésion à l'Union des Femmes de Tunisie (UFT), liée au Parti Communiste Tunisien, en 1944 « car j'étais déçue par la démobilisation de l'Association Musulmane des Femmes de Tunisie, par son caractère « bourgeois » et sa dépendance vis-à-vis du Destour. « J'ai continué à travailler à l'UFT jusqu'à après l'Indépendance. J'ai été nommée dans le Bureau Directeur en 1951 et en 1952, j'ai été nommée Présidente » jusqu'en 1959 où une nouvelle loi sur les associations les soumettant à l'obtention d'un visa jamais obtenu( l'UFT fut dissoute en 1963.) « Le Destour ne voulait pas d'une organisation féminine proche du Parti Communiste ». Sollicitée vers les années 60 à adhérer à l'UNFT, Nabiha Ben Miled « tente l'expérience » mais est vite déçue « par l'ambiance mondaine et les méthodes de travail très bureaucratiques » qui n'avaient rien à voir avec celles de l'UFT.
Son expérience professionnelle hospitalière comme assistante sociale à l'Hôpital Charles Nicolle « mes enfants ayant grandi j'étais disponible pour travailler ». On lui demande de faire un rapport sur le Docteur Franz Fanon, « j'ai refusé net en leur disant que je n'étais pas à la solde de la police » ; quelque temps plus tard, au mois de Ramadan, elle refuse d'exécuter la circulaire présidentielle qui invitait les employés de l'hôpital à ne pas respecter le jeûne et à déjeuner à la cantine de l'Hôpital, « par principe » répond-elle au chef du personnel lui demandant pourquoi, alors qu'elle ne jeûnait pas, elle refusait « de s'attabler »avec eux. Elle prend alors un mois de congé à l'issue duquel elle présente sa démission : « c'est ma seule expérience de travail non bénévole dans le domaine social ».
Les choix
Ces moments décisifs dans la vie de Nabiha Ben Miled sont incontestablement le produit de choix précis faits par une femme, puis une militante dont l'indépendance d'esprit s'affirme au fil du temps alors que la condition des femmes de cette époque était généralement la soumission à l'ordre masculin et à la société traditionnelle. Certes, Nabiha Ben Miled a bénéficié d'avoir grandi dans une famille relativement ouverte pour l'époque, d'avoir épousé un homme moderniste qui croyait en l'instruction des femmes et à une certaine forme de liberté, qui l'a en quelque sorte encouragée dans les choix qu'elle a fait ou qui les a acceptés. Mais de son côté, très tôt, dès l'âge de 12 ans, elle a manifesté une résistance face à certaines traditions (le voile), elle a su profiter de la marge de liberté dont elle a bénéficié dans son couple pour intégrer la vie associative et s'y investir de plus en plus ; elle est entrée en politique dans une organisation de femmes dépendante d'un Parti qui n'était pas celui de son époux ; elle a refusé l'influence du Destour et des militantes de l'UNFT et est entrée dans la vie professionnelle à l'âge où certaines femmes de cette époque prenaient leur retraite ; elle a refusé de dénoncer un militant progressiste et anticolonialiste et d'appliquer les diktats des communiqués présidentiels. Bien plus tard, elle est venue vers le mouvement féministe parler de son expérience, s'intéresser à de nouvelles formes de pensée et de luttes des femmes. Chaque fois qu'elle le put, elle assista aux réunions publiques des féministes, adhéra tout de suite à l'ATFD et ne refusa jamais d'apporter sa contribution dans les débats par son témoignage ou ses critiques toujours formulées avec gentillesse et cet espèce d'étonnement de jeune fille qui la caractérisait.
Nabiha Ben Miled est certes une femme d'un autre temps mais elle est aussi femme de notre temps comme le sont toutes ces femmes qui, bien avant l'Indépendance, ont participé aux luttes nationales et populaires. La rencontre qui se tiendra le 11 mai à 15h à l'Université Ilhem Marzouki, en hommage à Nabiha Ben Miled, nous dira dans quelle mesure les jeunes femmes et les féministes d'aujourd'hui se reconnaissent, par rapport aux objectifs du présent, dans les luttes menées, dans le passé, par les femmes,.


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