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Pour une stratégie nouvelle de l'artisanat en Tunisie
Publié dans Le Temps le 20 - 02 - 2016

Les articles d'histoire dédiés à l'artisanat dans notre pays et parus dans le journal « Le Temps » ces deux dernières semaines ont essayé de montrer les continuités mais également les ruptures dans ce formidable accomplissement de l'homme à travers ses créations artistiques/artisanales pas toujours distinctes les unes des autres et ceci durant de très nombreux siècles.
L'artisanat en Tunisie mais aussi dans toute l'Afrique du Nord a connu une très longue période préhistorique qui a abouti à l'explosion de la période capsienne et à la culture néolithique de traditions capsiennes. L'art de la sculpture des bustes féminins en pierre d'El Maktaa devancèrent les gravures de Redeyef et celles de Sidi Aïch et d'autres sites du Néolithique en Afrique du Nord.
L'artisanat, d'abord phénicien qui a été également méditerranéen, a été suivi par celui romano-africain et byzantin. La présence de cet artisanat antique dans l'artisanat musulman va être constaté pendant au moins deux siècles (VII et VIII siècles). La rupture opérée par la société arabo-musulmane d'avoir les pratiques artistiques et artisanales antiques va prendre beaucoup de temps mais elle va finir par avoir lieu. Le patrimoine antique va basculer dans celui musulman sans heurts et rejets brutaux. L'Islam a su aménager la production d'objets, de son art et de ses espaces urbains et architecturaux.
Importance de l'Artisanat, aujourd'hui, en Tunisie
Malgré la crise très profonde (économique, sociale, culturelle, voire civilisationnelle) vécue par l'artisanat dans notre pays dans le début du 20ème siècle et caractérisée par une perte d'importance et par une marginalisation de plus en plus grande à tous les niveaux de ce secteur, l'artisanat continue à être l'une des activités les plus ancrées dans le tissu économique et social du pays. En effet, ce secteur, présente un très grand potentiel d'emplois, de création de petites entreprises familiales et de proximité, générateurs de revenus pour les familles et les individus.
L'artisanat participe fortement, en outre, à la cohésion du système économique notamment en temps de crise. Il est également parmi les secteurs les plus répandus dans le territoire et se prête le mieux au développement des zones les plus reculées du pays tout en jouant un rôle d'ascenseur et d'élévation sociale et économique très puissant.
L'artisanat développe des activités de production, de transformation, de réparation d'objet et de systèmes sur la base du travail manuel avec l'implication éventuelle, aujourd'hui d'équipements mécaniques susceptibles de satisfaire les nouveaux besoins utilitaires, fonctionnels ou décoratifs inspiré du riche patrimoine national, mais aussi des recherches artistiques du design moderne. Une nouvelle définition de l'artisanat devrait tenir compte de ces approches nouvelles.
Où en sommes-nous aujourd'hui ?
Les statistiques disponibles pour ce secteur et les quelques études effectuées par l'administration 2002 ont essayé d'identifier la réalité du secteur de l'artisanat et ses perspectives à l'horizon 2016.
La conclusion la plus importante à laquelle elle a abouti est l'inexistence d'un plan d'action pour accroître l'efficacité de l'artisanat dans tous les domaines et surtout de son apport au développement.
Cette étude a eu pour objectif d'augmenter la capacité concurrentielle du secteur. Elle a visé également à améliorer le potentiel de développement, de modernisation des structures en charge de l'artisanat et de la fédération nationale de l'artisanat (UTICA).
L'artisanat a perdu, aujourd'hui, beaucoup de ses effectifs à tous les niveaux, surtout par rapport à ses anciens métiers traditionnels qui étaient encore très performants pendant la première moitié du 20ème siècle dans les médinas et les quartiers populaires.
L'artisanat selon les statistiques livrées par l'ONA se présente comme suit :
Effectifs des artisans inscrits au 31 décembre 2010 : 131.628 dont 1455 entreprises artisanales.
Nombre d'apprentis en 2009 : 2286 dont 1532 dans le tissage.
Nombre de projets crées en 2010 : 8000 pour un montant de 20 millions de dinars permettant la création de 9500 emplois.
Crédits accordés au secteur dans le cadre du FONAPRAM au titre de fonds de roulement en 2010 : 2000 pour une valeur de 4 millions de dinars permettant la création de 2000 emplois.
Total des exportations 462 millions de dinars soit 1.9% du total des exportations dont 140 millions exportations directes et 350 millions exportations indirectes.
Les points forts
Le secteur de l'artisanat possède une capacité importante de création d'un grand nombre de postes d'emploi à moindre frais et à coût faible par rapport au secteur industriel par exemple.
Il est un secteur de valorisation la plus adéquate des matières premières naturelles locales sans recourir à leur importation (céramique, mosaïque, bois, verre, tissage, etc.).
L'autre point fort est représenté par l'existence de compétence et talents professionnels nombreux dans toutes les régions du pays capables de faire évoluer, de diversifier et d'améliorer la qualité des produits. Parallèlement à cette richesse locale traditionnelle, on constate l'existence d'instituts supérieurs et centres de formation s'occupant de la formation dans les métiers d'art, susceptibles de faire évaluer les produits, à les enrichir dans leur design, leurs méthodes de production et de réalisation dans un esprit artistique.
Les jeunes peuvent devenir de grands experts et des promoteurs de projets professionnels et créateurs de nombreux emplois. Le secteur de l'artisanat peut ainsi créer des liens avec l'agriculture, l'industrie, le tourisme et la culture créant également une certaine employabilité. De nouveaux produits peuvent être promus dans le sens de l'enrichissement des produits du patrimoine mais aussi dans le sens de la création de nouveaux produits, nombreux quantitativement, compétitifs économiquement, de qualité et à fort potentiel d'exportation.
L'artisanat peut ainsi participer à sauvegarder les anciens métiers, les restaurer, les réhabiliter mais aussi explorer les nouveaux moyens technologiques, la créativité et la recherche pour accroître la compétitivité de nos produits en vue de retrouver leur place dans notre pays mais aussi dans le marché international.
Les points faibles
L'importation sauvage, massive et illégale de produits étrangers provenant en général d'Asie, très souvent limités, et répandus dans le marché parallèle a produit des effets négatifs graves sur l'artisanat tunisien et menace lourdement son existence. Des dizaines de métiers sont déjà disparus et d'autres sont en voie de l'être. Les artisans se reconvertissent en commerçants de ces produits provenant de Chine, d'Inde, etc...
La production connaît aussi un recul grave. Le produit artisanal a perdu sa compétitivité devant les produits importés. L'entreprise artisanale n'est plus capable de maintenir le niveau de qualité requis, ni le prix adéquat. L'artisanat productif ne recrute plus. L'attirance pour beaucoup faibli.
L'apprentissage sur le tas n'existe plus. Les centres de formations modernes ferment leurs portes également.
Les jeunes ne veulent plus travailler dans l'artisanat. Ils ne veulent plus apprendre les métiers en l'absence de garanties d'emploi et de rémunération valable.
Les femmes productrices de tapisseries et de tissages abandonnent ces métiers pour les ateliers de confection, l'artisanat ne leur offre plus que 80 à 90 dinars mensuellement.
Pour les métiers encore en état de fonctionner, les matières premières et les services manquent après la liquidation de la SOCOPA. Les intervenants dans les circuits de commercialisation sont de plus en plus nombreux, gonflent les prix. Le non transparence dans les circuits touristiques s'installe.
La production, la commercialisation et la formation ont été perturbées par une mondialisation de plus en plus dominante. Les menaces de disparition de la totalité des métiers de l'artisanat sont réelles, tant les acquis de ce secteur sont modestes et ne répondent pas aux exigences de la période actuelle.
En résumé
Les acquis de ce secteur sont très modestes : une loi récente (2005) qui porte essentiellement sur la définition de l'artisanat et instaure la liberté d'initiative, un instrument financier (le FONAPRAM) qui ne bénéficie pas aux promoteurs dans ce secteur, deux structures d'appui (ONA.C3T). Au niveau de la profession, inutile de signaler que l'artisanat est le parent pauvre de l'UTICA et des Chambres de commerce.
Les handicaps sont, eux, très nombreux et freinent son développement : absence d'une vision stratégique et cohérente pour ce secteur, pas d'environnement favorable pour l'investissement et le commerce (domination des activités informelles), pas d'incitations financières et d'incitations fiscales adaptes, insuffisance sinon inexistence de l'information, inexistence d'encadrement aussi bien administratif que professionnel, absence totale d'exigences en matière de qualité des produits et des services, non attractivité de la formation et de l'apprentissage.
La Tunisie postrévolutionnaire a besoin d'explorer toutes les potentialités de développement économique dans les régions et créer suffisamment d'emploi pour aussi bien la main d'œuvre qualifiée que les diplômés de l'enseignement supérieur. Beaucoup de demandeurs d'emplois sont des jeunes et es femmes notamment dans les zones les plus vulnérables. Les investissements dans l'artisanat ne nécessitent pas à l'instar de l'industrie manufacturière, de grandes infrastructures d'investissements lourds et coûteux et présente peu de risques liés à des périodes d'attente plus ou moins longue et des aléas climatiques à l'instar de l'agriculture. Il s'agit d'un levier de croissance et de développement qui peut donner des résultats rapides et probants. Son rôle de ciment social et économique n'est plus à démontrer.


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