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Face à la faiblesse du gouvernement: Ces corporations et lobbies qui veulent imposer leurs diktats
Publié dans L'expert le 21 - 04 - 2016

Tout le monde affirme que la période postrévolutionnaire donne de nouveaux droits, notamment au niveau de la démocratie et des libertés, mais tout le monde oublie, aussi, que les droits sont, toujours accompagnés de devoir qu'il faut assurer, à commencer par le droit des autres et de la nécessité de devenir un citoyen au vrai sens du terme... un citoyen qui paie ses redevances à l'Etat, imbu d'esprit civique et qui aide au développement du pays...
Mais, hélas, ces principes ne sont pas légion, en ces temps qui courent et, face au mauvais sort, nombreux sont ceux qui sont, aujourd'hui, en première ligne pour crier haut et fort qu'ils « ont fait la révolution pour que le Tunisien vive dans la dignité », alors que, tout d'abord, ils n'ont rien à voir avec cette révolution qu'ils ont regardée à travers les écrans de télévisions, et qu'ils ne cherchent qu'à s'enrichir aux dépens des autres.
Ces principes ne font donc pas partie du lexique des lobbies et de certaines corporations qui cherchent à imposer leur diktat au pays et tentent de tirer un profit maximum de cette faiblesse conjoncturelle de l'Etat et de ses structures.
A ce propos, il n'y a qu'à voir le tollé provoqué par la nouvelle loi des finances pour l'année 2016 qui a été accueillie par les holàs de nombreuses corporations, en particulier celles des fonctions libérales, entre médecins, pharmaciens, avocats, notamment, et qui se sont ligués pour dénigrer certains articles de cette loi des finances qui leur impose de nouvelles règles du jeu, dans l'acquittement de leurs redevances envers le fisc.
En outre, le pays qui était sous la coupe des Trabelsi et des Ben Ali, avant la révolution, est, aujourd'hui, saigné à blanc par de nouveaux riches qui ont trouvé dans la contrebande et le marché parallèle une nouvelle manne pour se remplir les poches, sans contrepartie, arrivant même à s'approprier les biens de l'Etat, jusque là, en toute impunité.
En, plus, de nombreuses corporations ne reculent devant rien pour obtenir la satisfaction de leurs revendications, comme c'est le cas pour les sécuritaires, certains journalistes et médias, les syndicats des travailleurs, entre autres.
Pourtant, comptant sur la compréhension, le civisme et l'expérience des sages de ce pays, la Tunisie aurait pu aspirer à mieux, surtout après les dizaines d'années de dictature durant lesquelles personne n'osait contester ou ouvrir la bouche, et ce qui l'ont fait sont là, encore, pour nous rappeler les sévices qu'ils avaient subi, durant cette période noire.
Dans tout ce magma, certains rêvent, encore, de ce qu'ils qualifient d'union et de solidarité populaires, tout en oubliant que l'égoïsme humain prime toujours et qu'il est la ligne directrice des agissements de ces corporations et de ces lobbies qui font autant de mal que d'autres fléaux malsains, notamment les maladies, la mauvaise situation de notre formation académique, le terrorisme et l'extrémisme.
Faouzi Snoussi
Rejet total par les professions libérales
La corporation des professionnels de la santé du secteur privés se sont mobilisés contre l'article 22 de la loi des finances 2016. Pourtant, la transparence des opérations et des relations avec les patients exige que le praticien honnête s'acquitte sans rechigner, de la TVA de 6 % incluse dans les honoraires, et cela dans le cadre du respect du serment d'Hippocrate.
La situation est la même pour d'autres professions libérales, notamment chez les avocats qui pensent que leur métier ne leur rapporte pas beaucoup et qui accusent l'Etat de vouloir leur enlever leurs bénéfices.
Un sit-in des avocats à travers tout le pays avait, en outre, été prévu vendredi 8 avril pour protester, entre autres, contre la nouvelle taxation prévue par la loi de Finances de 2016 qui prévoit d'obliger les professions non-commerciales d'émettre des notes d'honoraires justifiant la facture.
Ces notes d'honoraires seront destinées à faciliter le contrôle fiscal et diminuer les risques de fraude. Les avocats, ingénieurs, médecins et autres professions libérales sont visés par cette loi.
Dans un communiqué publié le 7 avril, l'Ordre des avocats appelle à «une mobilisation massive» par des sit-in devant les tribunaux et en portant un brassard rouge, en signe de désapprobation.
Le communiqué évoque «un harcèlement fiscal» qui est «inadapté aux spécificités du métier».
« L'obligation d'émettre des factures justifiant les honoraires de l'avocat aura comme conséquence de l'obliger à divulguer le secret professionnel en mentionnant le nom de son client, le montant et la nature de l'affaire. C'est une transgression de la déontologie du métier », a déclaré Amer Meherzi, le président de la section de Tunis de l'ONAT au quotidien «Assabah» du 7 avril.
Amer Meherzi fustige cette loi qui prévoit une privation de la liberté, «ceci est dangereux», a-t-il fustigé.
L'Association tunisienne des jeunes avocats est sur la même longueur d'ondes et considère que l'Etat a dépassé les lignes rouges. Son vice-président, Mohamed Ikbal, souligne que la loi de Finances est « fasciste » de même qu'elle menace l'avenir du secteur, et est « contraire au principe de justice fiscale consacré dans la Constitution ».
Mobilisés pour les droits et non pour les devoirs
Dans le même sens, Le conseil de l'Ordre des avocats tunisiens qui s'est réuni, vendredi 08 mars 2016, a annoncé que les avocats pourraient porter le brassard rouge en signe de protestation le 10 avril et appeler à une grève générale dans les 25 tribunaux pour le 25 avril si leurs demandes ne seront pas satisfaites d'ici la fin du mois de mars courant rapporte l'agence TAP.
Dans un communiqué rendu public, le conseil explique cette décision par le manque de transparence dans l'affectation des affaires d'état et des entreprises publiques en dépit des correspondances répétées aux autorités compétentes, en vue d'adopter des critères clairs et équitables en la matière.
Mais, il y a une chose à ne pas oublier, c'est que celui qui se proclame comme défenseur de la justice doit commencer par être un exemple et un modèle, au niveau de la crédibilité, la transparence et l'honnêteté, pour ne pas tomber dans l'adage arabe qui prône la loi de la jungle et qui dit « Soutiens ton frère, qu'il soit agresseur ou victime ».
Ce dossier sera trop long si on énumère tous les lobbies et les corporations qui veulent faire de leurs revendications et leurs doléances un droit acquis, sans prendre en considération qu'il y a d'autres citoyens qui ont les mêmes droits qu'eux qui vivent dans ce pays et qui donnent la primauté à leurs devoirs.
Ces citoyens qui font la majorité anonyme et silencieuse, avec des travailleurs qui s'échinent au labeur, sans dire ouf, avec des personnes qui ne savent pas comment joindre les deux bouts, mais qui sont satisfaits de leur existence et qui font des louanges à Dieu, pour ce qu'il leur a donné.
Ceux-là ne font pas partie de ceux qui revendiquent des augmentations de salaires ou des subventions de l'Etat, alors qu'ils se la coulent douce et qu'ils profitent des joies de la vie, tout en demandant toujours plus.
Entreprises en difficulté et revers dans le tourisme
Au niveau des investissements et des entreprises économiques, nombreux sont ceux qui ont donné la preuve de leur incompétence à gérer leurs biens et à prendre en compte les situations difficiles, dans le déroulement de leur carrière d'exploitants d'entreprise.
La période postrévolutionnaire a démontré que les détenteurs de capitaux vivent, aussi, des situations précaires, et, ils ne sont pas conscient que leurs entreprises, actuellement, en difficulté, c'est le résultat d'une mauvaise gestion et d'un manque de savoir-faire flagrant.
Aujourd'hui, ils veulent imposer à l'Etat des soutiens à ces entreprises qui n'avaient vécu, jusque là que par la grâce de Dieu, alors que leurs propriétaires ou ce qu'on s'est habitué à appeler, communément, chez nous, des gérants, profitaient de la belle vie et introduisaient leurs dépenses personnelles et celles de leurs familles proche et parfois éloignée, dans les frais d'exploitation de leurs « sociétés » qui ne peuvent plus supporter autant de dépenses et de salaires faramineux, à l'état actuel des choses.
La solution est très simple, pour eux, et ils se rabattent sur l'Etat pour demander de l'aide, afin, soi-disant, pouvoir sauvegarder des postes d'emploi et poursuivre la production et l'exploitation de leur bien.
C'est le cas, aussi, dans le secteur du tourisme où certains professionnels attendent, toujours, une manne du ciel pour remplir leurs unités hôtelières ou leurs restaurants trois-fourchettes.
Qu'ont-ils fait pour prévenir cette situation, alors que la crise du tourisme était latente et attendue, avec ou sans le terrorisme qui n'a fait qu'aggraver les choses ?
Regain de régionalisme
C'est le cas, encore, pour les revendications syndicales, avec une Union générale tunisienne du travail (UGTT) qui doit se plier aux demandes de ses affiliés, afin qu'ils ne la quittent pas pour l'un des autres syndicats qui ont vu le jour, après la révolution.
La centrale syndicale est obligée, aujourd'hui, à la loi imposée par les syndicats sectoriels ou de base, dans la crainte de perdre sa puissance.
Le pluralisme syndical est devenu un malheur pour le pays, surtout que chaque syndicat fait de son mieux pour donner satisfaction à ses adhérents, même s'il sait, pertinemment que le pays, dans sa situation actuelle, ne peut pas supporter des augmentations salariales outrancières.
Les sans emploi se sont pour leur part, constitués en corporation, pour faire entendre leurs voies et, rapidement, leurs mouvements se sont transformés en obstacles à la production.
Il n'y a qu'à citer l'exemple de l'arrêt de la production du phosphate, dans le bassin minier, pour comprendre l'ampleur des dégâts causés par ces corporations, surtout qu'une groupe d'environ une dizaine de personnes a pu venir à bout d'un secteur de production, sachant que ces protestataires qui ont bloqué le transport et l'extraction du phosphate sont soutenus par des milliers d'autres personnes de leurs Arouch, du lobby des camionneurs et je ne sais qui, encore.
Sur un autre volet, le pays est retombé dans l'escarcelle du régionalisme et du tribalisme (Arouch) qui, selon ce qu'on croyait, auraient disparu du pays. Mais, hélas, les derniers développements, alimentés par des promesses électorales, ont fait miroiter monts et merveilles, aux régions, et voilà que nous retombons dans les divisions, avec chacune des régions qui tire la corde vers elle et qui se croit prioritaire, au niveau du développement.
Certes, certaines régions avaient été lésées, durant les dernières décennies, mais l'Etat n'a pas une baguette magique, pour tout remettre en ordre et la multiplication des revendications et des demandes ne fait qu'aggraver une situation déjà très difficile, dans la vie du pays.


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