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Impératifs du développement agricole et rural
Publié dans L'expert le 05 - 07 - 2011

classés comme adaptés à l'agriculture et à l'élevage («surface agricole utile»). Les surfaces cultivées occupent 4,9 millions d'hectares réparties comme suit:


cultures annuelles
cultures pérennes
espaces forestiers
friche
Superficies (*)
2,7
2,2 (**)
1,1
0,7
(*) en millions d'hectares
(**) dont plus de la moitié pour la culture des olives, le reste étant réparti entre les autres arbres fruitiers et les vignes

Les précipitations sont faibles et variables, à la fois sur le plan temporel et spatiale. 78,6% de la terre arable se trouve dans des zones arides ou désertiques avec des précipitations annuelles inférieures à 300 mm.
Bien que 35% (en 2005) de la population totale tunisienne vit dans les zones rurales, seulement 7% des dépenses publiques sont consacrés au secteur agricole.
Raison pour laquelle le dernier rapport de la Banque mondiale, sur le développement dans le monde (2008) constate que «le secteur agricole et le secteur rural ont été négligés et n'ont pas bénéficié d'investissements suffisants ces 20 dernières années».
En Tunisie, l'agriculture contribue pour 11% à la croissance du PIB, alors que dans les pays en développement comme l'Inde et le Maroc, cette contribution est de 7% seulement.
L'agriculture joue un rôle important dans l'économie du pays: elle représente un dixième des exportations et des investissements et emploie presque un cinquième de la population active. Elle constitue une source principale de revenus pour un grand nombre de ménages vivant dans les zones rurales, qui souvent complètent leur revenu par des activités non agricoles.
Le taux de couverture de l'ensemble des besoins alimentaires est passé de 65 % entre 1987 et 1991 à 78 % entre 2002 et 2006.
Données sur la Tunisie
• La population rurale représente 35.1% de la population totale (2003-2005)
• La main-d'œuvre agricole féminine est de 41.7% (2003-2005)
• Les produits agricoles représentent 9.3% du total des exportations (2005)
• La valeur ajoutée de l'agriculture représente 11% du PIB (2006)
Selon le rapport précité, il faut accorder plus d'importance et insuffler plus de dynamisme dans les secteurs rural et agricole pour atténuer les disparités entre revenus ruraux et urbains et réduire la pauvreté, mais sans tomber dans le piège des subventions importantes génératrices de distorsions au niveau des marchés et qui bloqueraient la croissance et augmenteraient la charge fiscale sur les consommateurs.
Cette disparité entre les revenus risque d'accélérer les mouvements migratoires vers l'étranger ou vers les zones côtières où la densité de la population est déjà relativement élevée, et où les coûts d'approvisionnement en eau et en denrées alimentaires, les coûts de transports, les coûts de la pollution de l'environnement deviennent de plus en plus importants.
D'autres voies possibles.
En raison des ressources limitées en terres et en eau. Inciter les petits exploitants à se lancer dans les domaines très porteurs et à forte valeur ajoutée de l'horticulture, de l'aviculture, de l'aquaculture et des produits laitiers ce qui servira à augmenter la productivité dans le secteur des produits alimentaires de base et à aussi créer des emplois ruraux non agricoles.
Des mesures pour protéger l'environnement
Ces 20 dernières années, les secteurs de l'agriculture, de l'industrie et du tourisme, tous grands consommateurs de ressources, ont été les principaux moteurs du développement. Les performances enregistrées ont été impressionnantes, mais elles ont engendré des pressions importantes sur l'environnement naturel fragile de la Tunisie en particuliers sur ses ressources limitées : eau et sol.
L'eau mobilisée par l'infrastructure hydraulique tunisienne est d'environ 4,7 milliards de m3 dont 2,7 milliards de m3 d'eau de surface et de 2,0 milliards de m3 d'eau souterraine. Les taux de mobilisation de ces eaux sont de l'ordre de 90 à 95%.
Les eaux usées traitées sont de l'ordre de 200 millions de m3 par an.
Ces ressources en eau se concentrent principalement dans le nord et dans l'intérieur du pays, ce qui génère des coûts élevés de transport pour les consommateurs des régions littorales.
Environ 82% des ressources mobilisées en eau sont utilisées dans le secteur agricole, surtout pour l'irrigation des terres (394,000 ha).
Les jours de pointe, l'irrigation par gravité de 1.000 hectares consomme l'équivalent d'une ville d'un million d'habitants (MAHR 2006), ce qui génère un coût d'opportunité élevé de l'affectation de l'eau à des cultures sans grande valeur sur des terres peu productives.
Un tiers de la nappe aquifère du pays est fortement surexploité (ce qui a entrainé une baisse de ces nappes).
Cette surexploitation a affecté la qualité de l'eau et augmenté sa salinité ce qui a contribué à la dégradation des ressources en terre.
La salinité et l'engorgement sont essentiellement constatés dans les sols à faible drainage. Presque la moitié des surfaces irriguées ont actuellement des niveaux élevés de salinité et environ 22% de ces surfaces sont affectées par un certain degré d'engorgement.
La baisse de la fertilité des sols affecte actuellement la majorité des périmètres irrigués, provoquant des baisses importants des rendements, malgré l'utilisation des engrais chimiques. L'insuffisance ou l'absence de restitution de la matière organique au sol (fumier, résidus des cultures) accélère le déclin de cette fertilité.
Les techniques de production intensive ont contribué aussi à la «fatigue» des sols, entrainant des baisses des rendements et de la qualité des productions.
L'érosion hydrique et éolienne :
Près de 3,5 millions d'hectares de terre ont été affectés, à des degrés divers, par l'érosion éolienne et hydrique, soit environ31% des terres arables.

On enregistre une perte de terres productives de 20.000 à 30.000 ha/an à cause :
De l'érosion, la salinité, la pollution et l'extension de l'urbanisation

Les responsables politiques doivent veiller à ce que le développement reste soutenable à long terme: un développement durable qui répond aux besoins de la société actuelle sans compromettre les ressources productives des générations futures, qui porte plus d'attention à la gestion efficace des facteurs environnementaux et à la responsabilité sociale.
Les responsables du développement doivent prendre des mesures pour mettre en place des systèmes de production plus viables et proposer des incitations et actions pouvant favoriser la protection de l'environnement.
Les programmes et projets régionaux de développement doivent permettre le reboisement, l'amélioration pastorale et assurer la gestion durable des sols et des eaux:
Des mesures de conservation, de dessalement, de recyclage et de rationalisation des techniques de production doivent absolument être prises pour conserver et augmenter l'efficacité de l'utilisation de ressources rares: eau et sol.
- Recherche de nouvelles sources d'eau, stockage d'importants volumes en prévision des années de sécheresses.
- Le dessalement, bien qu'il soit une technique coûteuse, semble inévitable pour desservir les zones urbaines du littoral.
- Limitation des pertes d'eau en réseau par la mise en place de systèmes de pompages et de réseaux de distribution efficaces.
- Application de tarification volumétrique pour l'eau d'irrigation.
- Choix des systèmes de culture moins consommateurs d'eau.
- Utilisation des systèmes d'irrigation localisée et limitation des pertes d'eau à la parcelle.
- Lutte contre l'érosion et la gestion rationnelle des eaux dans les zones pluviales par la confection et l'entretien permanent des banquettes, terrasses etc.
- Lutte contre les nuisances causées par la pollution industrielle, par les sous produits agricoles (ex: margines et grignons) et encouragement de la valorisation de ces sous produits.
- Lutte contre l'extension de l'urbanisme aux dépens des terres agricoles.
Le défi principal pour la Tunisie consistera à réformer sa politique économique et élaborer et mettre en œuvre des stratégies de croissance économique fondées sur un développement accru de l'agriculture et des infrastructures dans le monde rural permettant d'assurer un avenir durable et répondre aux besoins immédiats en termes de croissance économique, création de richesses et réduction de la pauvreté.
La stratégie de développement agricole devra être sur les priorités suivantes:
Création des opportunités économiques fiables répondant aux besoins de croissance économique du pays grâce à :
- l'amélioration des services de soutien aux activités productives en vue de l'amélioration de la productivité agricole;
- l'accroissement des possibilités d'exportation pour les producteurs performants.
- le développement des industries agroalimentaires.
- le maintien des cours des produits agricoles de façon à ne pas porter préjudices aux petits agriculteurs.
- l'utilisation rationnelle des capacités et des ressources locales et création de nouvelles capacités: «l'innovation comme levier de croissance durable».
Gestion durable des ressources naturelles au moyen de programmes de développement bien conçus et exécutés, en y associant les principales parties intéressées (gouvernements, société civile, communauté des bailleurs de fonds et secteur privé).
- Aider les agriculteurs à adapter leurs systèmes de production aux effets déjà évidents du changement climatique;
- L'utilisation efficace et recherche de nouvelles ressources en eau;
- la conservation des ressources naturelles et des sols;
Les programmes de développement doivent assurer des résultats durables sur le terrain par des approches de développement favorisant la participation et la responsabilité sociale.
- Adoption de l'approche de développement local dans les régions couvertes par les projets
- Création et promotion des organisations professionnelles (OP).
L'approche Développement local (régional) implique l'amélioration des conditions de vie d'une communauté donnée par une intégration harmonieuse des actions entre différents secteurs d'activité. C'est une approche globale, intégrée, communautaire et horizontale du développement des collectivités.
Il est axé sur une stratégie de développement agricole et rural et de promotion de l'emploi à travers le développement des exploitations agricoles et les micro-projets, le renforcement du dialogue social et de la planification du développement. Au centre de cette approche figure la création de partenariats entre les différents acteurs de l'économie locale: les représentants de l'administration, les représentants de la profession, les coopératives, les groupements de producteurs, les associations de développement et ONG.
Le partenariat est créé au sein d'une commission pour le développement local (régional). Ceci contribuera à une plus grande sensibilisation des populations aux besoins en matière de développement de leur région et à l'établissement de liens au niveau national et même international (exportation, signes de qualité, traçabilité, etc.).
Les acteurs doivent définir des priorités communes pour le développement de leur zone ou région, en tenant compte des contextes sociaux et environnementaux.
La société civile avec ses différentes organisations rurales, en particulier les associations de producteurs agricoles, doivent être davantage impliquées dans la définition des priorités et l'élaboration des stratégies et politiques agricoles".


LAIFI Mohamed Habib


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