Le Quai d'Orsay avait convoqué lundi l'ambassadeur des Etats-Unis en France, Charles Kushner, après la diffusion d'une lettre critiquant vivement la gestion par le gouvernement français de la lutte contre l'antisémitisme. Mais à la surprise des diplomates français, le représentant américain ne s'est pas présenté et a délégué la rencontre à son chargé d'affaires. Selon une source diplomatique, ce dernier a été reçu par la Directrice générale adjointe des affaires politiques et de sécurité ainsi que par la directrice des Amériques et des Caraïbes au ministère de l'Europe et des Affaires étrangères. Au cours de l'entretien, Paris a signifié que les propos de l'ambassadeur constituaient une ingérence dans les affaires intérieures de la France, contraire aux dispositions de la Convention de Vienne de 1961 sur les relations diplomatiques. Des propos jugés inacceptables par Paris Dans la lettre publiée dimanche et adressée également à Donald Trump et à Benyamin Netanyahou, Charles Kushner exprimait « sa profonde inquiétude face à la flambée de l'antisémitisme en France et à l'absence d'action suffisante du gouvernement pour le combattre ». Des propos immédiatement rejetés par le Quai d'Orsay, qui a dénoncé des « allégations inacceptables ». De son côté, Washington a affiché son soutien à son représentant, affirmant que « l'ambassadeur Kushner est le représentant du gouvernement des Etats-Unis en France et effectue un travail remarquable en faisant progresser nos intérêts nationaux ». Pour Paris, ces déclarations portent atteinte non seulement au principe de non-ingérence, mais également à la qualité des relations transatlantiques, que la France estime fondées sur la confiance entre alliés. Analyse : un geste diplomatique lourd de sens Dans le langage diplomatique, le fait qu'un ambassadeur convoqué ne se présente pas personnellement et envoie son chargé d'affaires traduit une volonté d'exprimer un mécontentement ou une mise à distance symbolique. Cela permet de respecter la convocation sans totalement l'honorer, une manière de signifier que l'ambassadeur — et donc son gouvernement — ne reconnaît pas pleinement la légitimité de la critique adressée par l'Etat hôte. Autrement dit, ce geste n'est pas anodin : il marque une friction sérieuse entre Paris et Washington, tout en laissant une porte ouverte au dialogue par l'intermédiaire du diplomate délégué. Commentaires Que se passe-t-il en Tunisie? Nous expliquons sur notre chaîne YouTube . Abonnez-vous!