The liveblog has ended. No liveblog updates yet. L'annonce a surpris jusqu'aux cercles diplomatiques les plus aguerris. Le 31 octobre 2025, le président américain Donald Trump a publiquement menacé le Nigeria de sanctions sévères, allant jusqu'à évoquer une possible action militaire. Une escalade verbale inédite contre une grande puissance africaine, enveloppée dans un discours religieux alarmiste et relayée par des canaux médiatiques proches de la droite conservatrice américaine. Fox News, déclencheur d'une réaction présidentielle Selon les informations rapportées par les médias américains, tout commence lorsque Donald Trump regarde, à bord de l'avion présidentiel, un reportage de Fox News affirmant l'existence d'un ciblage systématique des chrétiens au Nigeria. Le sujet provoque la colère du président, qui demande à ses collaborateurs d'approfondir le dossier. Mais l'enquête interne attendue n'aura pas le temps d'aboutir. À peine arrivé à West Palm Beach, Trump se saisit de sa plateforme Truth Social pour multiplier les publications accusant Abuja de fermer les yeux sur des massacres de chrétiens. Le classement du Nigeria comme « pays particulièrement préoccupant » Dans ses messages, Donald Trump annonce son intention de classer le Nigeria comme « Country of Particular Concern » (CPC), en vertu de la loi américaine de 1998 sur la liberté religieuse internationale. Ce statut permet au département d'Etat d'imposer des sanctions à des pays accusés de violations graves de la liberté de culte. Le président affirme que « la chrétienté fait face à une menace existentielle au Nigeria », évoquant la mort de « milliers de chrétiens » et accusant des « islamistes extrémistes » d'être responsables de ce qu'il qualifie de « massacre de masse ». Des menaces politiques et militaires explicites Les jours suivants, le ton se durcit. Trump déclare que si le gouvernement nigérian « continue de permettre le meurtre de chrétiens », les Etats-Unis suspendront immédiatement toute aide au pays. Il va plus loin en évoquant une possible intervention directe pour « éliminer totalement les terroristes islamistes ». Dans le même temps, il ordonne l'envoi d'une mission de vérification des faits dirigée par le membre du Congrès Riley Moore. Le secrétaire d'Etat Marco Rubio annonce, de son côté, des restrictions de visas contre toute personne impliquée dans le financement ou le soutien de violences contre les chrétiens au Nigeria. Sur le plan militaire, Donald Trump affirme avoir demandé au département de la Défense de se tenir prêt à toute éventualité, y compris des frappes aériennes et un déploiement de forces terrestres, promettant une action « rapide et violente ». Une réaction ferme d'Abuja et de l'Union africaine Le président nigérian Bola Ahmed Tinubu rejette catégoriquement ces accusations. Il assure que qualifier le Nigeria de pays intolérant sur le plan religieux « ne reflète pas la réalité nationale » et rappelle les efforts constants de son gouvernement pour garantir la liberté de religion à tous les citoyens. L'Union africaine publie également un communiqué défendant la souveraineté du Nigeria et mettant en garde contre « l'utilisation de la religion comme arme politique » et la simplification abusive de défis sécuritaires complexes. Un pays multiconfessionnel et un Etat laïc Pour comprendre la portée de cette crise, il faut revenir à la réalité nigériane. Le Nigeria est une république fédérale présidentielle depuis la Constitution de 1999, qui a marqué le retour à un régime civil après quinze années de dictature militaire. Le pays compte 36 Etats et un Parlement bicaméral. L'Etat est officiellement laïc. Il n'existe aucune religion d'Etat, même si l'islam et le christianisme dominent largement la vie sociale et culturelle. Depuis l'indépendance, des présidents musulmans et chrétiens se sont succédé à la tête du pays. La population, estimée à environ 230 millions d'habitants, est composée d'environ 53 % de musulmans, 45 % de chrétiens et moins de 2 % de fidèles des religions traditionnelles africaines. Cette diversité se superpose à plus de 500 groupes ethniques, rendant toute lecture strictement confessionnelle réductrice. Des violences aux causes multiples Le nord-est du pays est marqué depuis 2009 par l'insurrection de Boko Haram et, depuis 2016, par la branche locale de l'organisation Etat islamique. Ces groupes attaquent indistinctement musulmans et chrétiens, ciblant mosquées, églises, écoles et villages. Dans le nord-ouest, l'insécurité est surtout liée à des bandes criminelles spécialisées dans les enlèvements contre rançon et le pillage des ressources rurales. Les victimes sont aussi bien chrétiennes que musulmanes. Dans la région centrale, dite du « Middle Belt », les conflits opposent principalement éleveurs nomades et agriculteurs sédentaires, sur fond de concurrence pour la terre, l'eau et les pâturages, exacerbée par le changement climatique et la désertification. Au sud-est, enfin, des groupes séparatistes issus majoritairement de la communauté igbo mènent des actions violentes pour tenter de ressusciter l'Etat du Biafra, s'en prenant souvent à des civils chrétiens. Des chiffres qui contredisent la thèse du génocide Plusieurs rapports relayés par des milieux conservateurs américains évoquent des milliers de chrétiens tués chaque année. Or, ces chiffres sont largement contestés par des organisations indépendantes spécialisées dans l'analyse des conflits. Les données disponibles montrent que l'identité religieuse n'explique qu'une faible part des violences ciblant les civils. Sur plusieurs centaines de milliers de morts liés à la violence depuis 2009, les victimes musulmanes restent majoritaires. Les groupes armés opèrent selon des logiques de pouvoir, de contrôle territorial et de prédation économique bien plus que sur des bases confessionnelles. Le poids décisif des évangéliques américains L'insistance de Donald Trump sur le dossier nigérian s'explique aussi par des considérations internes. Lors de l'élection de 2024, plus de 80 % des évangéliques blancs ont soutenu sa candidature. Cette base électorale exerce une influence majeure sur ses orientations, notamment sur les questions religieuses internationales. Dans ce cadre, le Nigeria est devenu un symbole dans une narration religieuse globale présentant les chrétiens comme les principales victimes de persécutions à l'échelle mondiale. Cette lecture trouve un écho puissant dans certains médias et cercles politiques américains. Derrière la religion, l'énergie et la géopolitique Au-delà du discours religieux, les enjeux économiques sont considérables. Le Nigeria est le premier producteur de pétrole d'Afrique et fournit un brut de grande qualité, très recherché sur les marchés internationaux. Les échanges commerciaux entre les Etats-Unis et le Nigeria ont dépassé 11 milliards de dollars en 2023, tandis que les investissements directs américains atteignent 5,6 milliards de dollars. En août 2025, Washington a approuvé une vente d'armes au Nigeria d'un montant de 346 millions de dollars, officiellement destinée à renforcer ses capacités sécuritaires. Dans le même temps, la présence croissante de la Chine inquiète les Etats-Unis. Pékin a investi plus de 14 milliards de dollars dans les infrastructures et l'énergie nigérianes depuis 2018, renforçant son influence stratégique en Afrique de l'Ouest. Un risque de conséquences contre-productives De nombreux analystes estiment que les menaces de Donald Trump pourraient produire l'effet inverse de celui recherché. Une pression militaire accrue risque d'alimenter l'instabilité, de radicaliser certains groupes et de pousser Abuja à se rapprocher davantage de la Chine et de la Russie. Pour le Nigeria, cette crise constitue un test majeur de souveraineté. Le gouvernement de Bola Tinubu privilégie le dialogue avec Washington tout en traçant une ligne rouge claire sur le respect de l'indépendance nationale. Au final, si le discours de Trump satisfait sa base évangélique et sert des objectifs politiques internes à court terme, il pourrait accélérer l'isolement diplomatique des Etats-Unis et fragiliser encore davantage leur crédibilité sur le continent africain. Abonnez-vous à la newsletter quotidienne Tunisie Numérique : actus, analyses, économie, tech, société, infos pratiques. Gratuite, claire, sans spam. 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