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Livre Tunisie : «Ben Ali le ripou» de Béchir Turki (*)
Publié dans WMC actualités le 26 - 03 - 2011

Dans sa présentation de ‘‘l'inconnu'' Ben Ali, l'auteur dit: «Le trait dominant de l'homme qui se découvre, c'est le désir de s'imposer, de s'élever, c'est l'envie de se venger d'une société où il est né trop bas. Pour cela, il ne peut compter ni sur son savoir, ni sur ses exploits, ni sur ses relations. Il lui reste une volonté concentrée, un jugement sans illusion, le calcul, la patience et la ruse (…) Sin niveau intellectuel est très moyen.
Aussi est-il avare en paroles. En dehors de longs discours, rédigés par des scribes, discours qu'il se contente de débiter après de multiples répétitions dans le secret de ses salons privés, on ne lui connaît aucune intervention radiophonique et encore moins télévisée. Il n'a jamais tenu une conférence de presse ni accordé d'interview au grand jour ou improvisé la moindre allocution de circonstance. Les speechs, ce n'est pas son fort. Au conseil des ministres, la télévision nous le montre de loin en train de gesticuler, mais elle ne nous a jamais fait entendre sa voix. Lors des sommets des pays africains ou des pays arabes, il sourit béatement au cameraman. Et c'est tout.
Il est né en septembre 1936 à Hammam-Sousse, bourgade agricole située à 140 km au sud de la capitale, devenue aujourd'hui l'un des fleurons du tourisme tunisien. Il est né sous le signe de la Vierge et, selon l'horoscope chinois, sous celui du Rat, au sein d'une famille archi-nombreuse et nécessiteuse. Son père, illettré, bien charpenté mais balourd, ne travaillait que par intermittence. Docker au port de Sousse, il était tributaire du trafic maritime et surtout de la qualité des informations qu'il fournissait aux autorités. Il faisait peu de cas de ses devoirs de chef de famille. Il dépensait la totalité de sa paie dans un des bouges et rentrait chez lui, le soir, ivre mort et sans le sou».
Tel père tel fils, est-on tenté de dire. Marié, grâce à ses copains, à la fille du Commandant Mohamed El Kéfi qui le nomma à la tête du Service de la Sécurité militaire, Ben Ali, n'ayant pas les aptitudes nécessaires pour un tel poste, se vit confier un travail pour le moins dégradant: «On s'est alors rabattu sur le renseignement interne : chercher à savoir, au sein même des unités de l'armée, si tel officier a bu un verre de trop ou si (…) au cours d'une conversation, il a exprimé des jugements sur ses chefs hiérarchique, ou sur le régime politique et( autres balivernes relevant d'un ignoble esprit de délation. Ainsi donc, Ben Ali préparait à l'usage du ministre d'une part et de l'état-major d'autre part un bulletin quotidien à vous donner la nausée. Il y déballait les diverses médisances reçues la veille de tout le territoire».
De la ‘‘grande estime'' que vouait Ben Ali à ses parents, ce petit chapitre qui déchire le cœur: «Du temps où il était célibataire, Ben Ali se déplaçait dans une vieille Panhard, rendait souvent visite à ses parents et les assistait dans la mesure de ses moyens. A partir de son mariage, les visites s'espaçaient graduellement jusqu'à s'arrêter tout à fait. Ce fut au tour du père de rendre visite à son fils. Une fois par mois, le vieux Hamda Ben Ali, avec son chapeau de paille à larges bords, sa blouse ample et grise et ses grosses sandales, se présentait à la villa du Bardo. Si Ben Ali n'est pas à la maison, Naïma c'est le prénom de sa première épouse n'accueillait jamais son beau-père, mais lui demandait d'attendre son fils sur le seuil de la porte d'entrée. Au cas où Ben Ali est chez lui, il introduisait son père dans le vestibule et après un rapide échange de formules de civilité, lui glissait quelques dinars et prenait congé de lui. Par la suite, Hamda, saisissant l'absence de sympathie de sa bru, prit l'habitude d'aller voir son fils au bureau. L'accueil était des plus froids. L'entretien ne dépassait pas quelques minutes. Vers le milieu des années soixante, Ben Ali, excédé, ordonna à son père de ne plus le déranger. Ce jour-là, plusieurs témoins virent un vieillard à la stature gigantesque, de grosses larmes coulant des yeux, descendre en titubant les escaliers des cinq étages du bâtiment».
D'une méchanceté professionnelle, si l'on peut qualifier ainsi les choses, Ben Ali savait (avant de connaître Leila Trabelsi) se tirer d'affaire avec les femmes. Car après s'être départi de sa timidité qu'il a su soigner, et sans avoir eu à courir la gueuse (ce sont elles qui venaient vers lui), il se plut à merveille dans le monde ensorcelant des femmes: «Une dame d'un certain âge, dénommée Dalila, fut sa pemière initiatrice au dévergondage. Elle le recevait chez elle et, à chaque, elle le mettait en présence d'une demoiselle ou, le plus souvent, d'une dame experte dans le raffinement du plaisir des sens. Au lendemain des émeutes du 26 janvier 1978, Ben Ali, qui était au ministère de l'Intérieur depuis le 23 décembre 1977 à la tête de la Sûreté Nationale, eut peur que Dalila n'évente son libertinage de naguère. Il la fit mettre en prison dans un isolement complet. Elle mourut de tuberculose peu de temps après à l'hôpital de l'Ariana. Le commissaire de police qui la protégeait fut mis à la retraite d'office». Et c'est déjà bien gentil à lui de n'avoir pas commandé sa mort…
Toujours à propos des femmes, cette histoire plutôt assez drôle. En 1970, Ben Ali fait la connaissance de Noura dont il tombe fol amoureux et avec laquelle il se prend à sortir tous les soirs. Devenu en 1974 attaché militaire à l'ambassade de Tunisie à Rabat, il choisit de se faire accompagner par sa maîtresse à la place de sa femme. Mais celle-ci, un peu plus tard, exige de se rendre à Rabat, alors que Noura y est déjà. Ben Ali fait rentrer sa maîtresse en catastrophe à Tunis pour éviter la rencontre des deux femmes. Impatiente au bout de quelques jours, Noura décide de faire une belle surprise à son amant en faisant le voyage à Rabat. La rencontre des deux femmes est alors des plus houleuses, elles en arrivent même à en découdre. Pour punir sa maîtresse, Ben Ali la fait regagner de force Tunis et s'arrange pour qu'on lui confisque son passeport une fois pour toutes. Noura n'étant pas n'importe qui, elle parvient à se faire restituer son passeport: «Alors, en fin diplomate, Abdelmajid Bouslama lui restitue son document de voyage avec la mention: ‘‘Pour tout pays, sauf le Maroc''».
Nous arrivons, plusieurs pages plus loin, aux élections de 2009. L'auteur écrit: «Les élections présidentielles et législatives du 25 octobre 2009 ont été une nouvelle occasion perdue pour le processus démocratique tunisien. Le RCD a fait, s'il en était encore besoin, une magistrale démonstration de sa domination. Présent partout, à tous les niveaux de responsabilité de l'administration publique, dans les milieux des affaires, les directions des quelque 8 mille associations du pays, y compris les partis politiques, le RCD a tout manigancé du début jusqu'à la fin. Il a tout contrôlé, de l'établissement des listes électorales à la proclamation des résultats du scrutin, en passant par la mobilisation de tous les leviers de commande dans le pays au service de son candidat quasi-unique, ‘‘rivalisant'' avec des comparses grassement payés, désignés par lui pour jouer le rôle de figurants dans une grande parodie d'élection démocratique».
Sur le musellement total et implacable des médias, on peut lire ce passage très édifiant: «Le processus de mainmise du régime sur le secteur de l'information a commencé dès les premières années du règne de Ben Ali. La création de l'Agence Tunisienne de Communication Extérieure (ATCE) au début des années 1990 y a beaucoup contribué. Cette agence, qui est censée œuvrer avec les médias étrangers pour redorer l'image du pays à l'étranger, a été utilisée, en réalité, pour mettre en place un système implacable de contrôle de la ligne éditoriale des journaux locaux. En prenant le contrôle des budgets de communication et de publicité des grandes entreprises publiques, une manne estimée à plusieurs dizaines de millions de dinars les chiffres sont d'ailleurs tenus secrets-, cette agence s'est dotée d'une arme redoutable qu'elle ne s'est pas privée d'actionner pour prendre peu à peu un ascendant sur les groupes de presse privés, à l'intérieur, et sur certains groupes à l'étranger, qui ont profité de ses financements».
Entre autres crimes odieux commandés par Ben Ali, cette histoire toute sordide, de bout en bout: «Au début de l'année 1990, la police arrête un jeune homme dans le secret le plus absolu. La famille s'inquiète. Le père, haut magistrat à la retraite il était président du tribunal administratif effectue des recherches un peu partout. Il interroge les parents et les connaissances de son fils. Il s'adresse aux hôpitaux, à la morgue, à la police, sans aboutir à aucun résultat. Six jours plus tard, on lui remet un cercueil avec la mention ‘‘Défense d'ouvrir''. On lui explique qu'il s'agit d'un accident de train sur la voie ferrée d'Ezzahra. Le père n'y croit pas. Son flair lui faisait pressentir, dès le premier jour de la disparition, le crime d'Etat. Son fils, féru d'informatique, s'était infiltré dans le système de Ben Ali et avait découvert la relation du président avec le Mossad. Marwane Ben Zineb n'est pas mort avec son secret. Il a laissé de nombreux émules qui, aujourd'hui encore, poursuivent leur traque. Habib Ben Zineb, père de la jeune victime, fut atteint de tétraplégie. Il mourut immobilisé dans son lit, au bout de trois années de paralysie complète».
L'ouvrage revient, quelques pages après, sur le procès de Moncef Ben Ali, «impliqué comme chef d'un réseau de drogue démantelé en France, connu sous le nom de Coucous Connection», et sur la mort mystérieuse de celui-ci en 1996, pour consacrer un bien beau chapitre à «L'irrésistible ascension de Leïla Ben Ali», un chapitre dont beaucoup de Tunisiens savent quelque chose.
«Ben Ali, le ripou» est probablement l'unique ouvrage à avoir rapporté le maximum d'informations sur la personne interlope qui a présidé à nos destinées 23 ans, et qu'on lira avec un mélange d'amertume et d'extase.
260 pages, 12 dinars
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