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ALECA : libéraliser les échanges agricoles sans réformes serait suicidaire, selon Rym Ben Zid
Publié dans WMC actualités le 04 - 07 - 2019

"Négocier une libéralisation des échanges agricoles dans le cadre de l'ALECA, sans renforcer les filières en amont, serait suicidaire", estime Rym Ben Zid, Experte en développement agricole, auprès de l'ONU.
Dans une interview accordée à l'agence TAP, Ben Zid rappelle que "plus de 2 millions de tunisiens vivent en milieu rural, et tirent un revenu de l'agriculture, secteur stratégique par excellence. A défaut d'une étude approfondie de l'impact de la libéralisation de l'importation de produits stratégiques et autres, sur les producteurs et la souveraineté alimentaire du pays, des pans entiers de notre agriculture pourraient disparaître, des régions seraient désertées, des familles entreraient en faillite et rejoindraient les banlieues des grandes villes à la recherche de travail et de moyens de subsistance ".
"Si nos produits sont mis en compétition avec des produits provenant des pays du Nord, vendus à des prix moins élevés et issus de systèmes agricoles beaucoup plus productifs et fortement subventionnés, ils ne tiendront pas le choc. Bon nombre de producteurs feront faillite et mettront la clef sous la porte " poursuit-elle.
"S'il y a une libéralisation des échanges agricoles , elle doit être négociée au cas par cas, en fonction de la catégorie du produit agricole considéré. D'ailleurs, des négociations différenciées sont conduites dans le cadre de l'ALECA, pour les produits transformés et de la mer et les produits dits sensibles. Les enjeux sont différents pour les deux types de produits, étant donné qu'ils impliquent des acteurs économiques de différente nature.
Et d'expliquer "qu'en ce qui concerne les produits dits sensibles, le blé tunisien ne peut entrer en compétition avec le blé produit en Europe, car la productivité du travail est plus élevée par exemple dans les exploitations des bassins céréaliers européens que dans les grandes exploitations du Nord-Ouest tunisien. Avec l'équipement dont il dispose, un agriculteur européen peut travailler une superficie de plus de 100 hectares et produire au-delà de 100 quintaux par hectare, alors que le céréalier national, ne peut travailler dans le meilleur des cas, plus de 20 à 30 hectares et produire plus de 25 à 30 quintaux; par hectare. Ce différentiel de productivité de 1 à 25, se creuse davantage par les aides et les subventions que perçoivent les céréaliculteurs européens qui contribuent à diminuer le prix de vente des céréales, qui viendront concurrencer la production des petites et moyennes exploitations céréalières en Tunisie et conduiront à leur faillite.
Toujours selon l'experte onusienne " les filières intègrent des acteurs économiques de différentes catégories et taille.
Même les filières d'exportation phare qui sont l'huile d'olive et les dattes, incluent des exportateurs disposant d'une assise financière substantielle, mais aussi, à la base une catégorie de petits producteurs ou transformateurs de petite taille, aux moyens financiers limités, extrêmement fragiles, très sensibles aux diminutions du prix du produit et à l'augmentation du prix des intrants ".
Ainsi, "négocier une libéralisation des échanges sans prendre la peine d'investir massivement ou de réguler les prix à la production, pour renforcer les filières en amont, serait suicidaire et mettrait également, en danger les filières d'exportation. Même dans le cas de l'huile d'olive, le pays perdrait encore plus de valeur ajoutée, car nous serions dans une situation où il serait moins cher d'importer l'huile d'olive en bouteille d'Europe, que de conditionner la nôtre et de faire profiter la collectivité nationale de la valeur ajoutée ainsi générée ".
De la même manière, " l'importation libre de produits agricoles transformés dont l'équivalent est produit en Tunisie, risque de mettre à mal, notre tissu industriel déjà fragile, et à terme sera la cause de plus de chômage et au final de problèmes sociaux…sans parler de l'hémorragie de devises qui s'en suivrait. L'économie tunisienne, dans l'état actuel, et vu la réserve de devises engrangée, n'a pas les moyens de libéraliser les échanges des produits agricoles, sans mettre à mal sa balance commerciale déjà largement déficitaire ".
Ben Zid pense " il y aurait une série de décisions stratégiques à prendre, en consultation avec les syndicats agricoles et les organisations de la société civile, le secteur privé et les autres acteurs".
" La première condition serait de négocier le renforcement des mécanismes de partenariat décentralisé entre des régions européennes et des régions tunisiennes, pour le transfert de savoir-faire et l'injection d'investissements pour promouvoir le développement local et territorial; ce serait un partenariat gagnant-gagnant, car cela contribuerait à la création d'emplois dans les territoires en Tunisie et à la stabilisation des jeunes sur place, ce qui constituerait un avantage certain pour l'Europe ".
Deuxièmement, " il faudrait que le Gouvernement adopte une position hautement protectionniste, en ce qui concerne l'importation des produits sensibles comme le blé, la viande, le lait. Des barrières tarifaires et non tarifaires sont à envisager. Les importations de lait et de viande sont à éviter dans le but de relancer la production nationale, en assurant des mesures minimales de régulation des prix, tout au long des filières ".
Troisièmement, " il serait possible de négocier un partenariat équilibré entre l'Union Européenne et la Tunisie pour le secteur agricole, pour les principaux produits d'exportation. D'abord, une négociation pourrait être menée pour l'huile d'olive, afin d'assurer une meilleure répartition entre opérateurs européens et opérateurs tunisiens de la valeur ajoutée gagnée sur les exportations en vrac. C'est-à-dire une renégociation du mécanisme de quotas instaurés et une majoration du prix de l'huile d'olive exportée en vrac par rapport au prix international. Il s'agit de laisser jouer l'offre et la demande, dans le cas où il y a un déficit de production dans les pays producteurs européens ".
Parallèlement, " la Tunisie pourrait préconiser la mise en place d'un fonds auquel l'Union Européenne (et d'autres bailleurs de fonds), contribuerait pour le financement des acteurs économiques opérant à l'amont de la filière et notamment les petits producteurs et transformateurs. En matière de politique intérieure, il est indispensable de mettre en place un mécanisme de stabilisation des prix, pour les petits producteurs et transformateurs, pour éviter les faillites successives et l'affaiblissement de la filière en cas d'effondrement du prix de l'huile d'olive au niveau international. Cela consisterait en un prix minimum garanti instauré par l'administration compétente, que les acheteurs assureraient aux petits transformateurs, accompagné de mécanismes régulateurs pour la collecte et le stockage de l'huile d'olive, sous la forme de crédits accompagnés de subventions pour la construction ou location d'espaces de stockage ".
Des scenarii sont à élaborer, c'est-à-dire, identifier et quantifier les implications de l'une ou l'autre des mesures de libéralisation sur la contribution du secteur agricole au PIB, les implications sur la balance commerciale, mais aussi sur les performances des différentes catégories d'exploitations agricoles. Il est impératif de quantifier les avantages tirés de la libéralisation des échanges de produits agricoles, mais aussi, les coûts au niveau de la nation, notamment les coûts aux niveaux régional et local inhérents à la perte d'appareils productifs et d'emplois.
" Sous la pression des bailleurs de fond, les pays ont tendance à prendre des mesures pour récolter des avantages macro-économiques apparemment salvateurs, sans prendre en considération les coûts économiques et sociaux comme l'augmentation du nombre de chômeurs, la dé-capitalisation du cheptel, la perte d'infrastructures et d'équipements, la faillite de pans entiers d'opérateurs de petite taille et la disparition de petits métiers. Il est temps que la Tunisie reprenne en main, la coordination des interventions financées par l'aide au développement, établisse des priorités et veille à ce que les fonds octroyés par les bailleurs de fonds, soient utilisés de manière coordonnée, au sein d'un même secteur et entre secteurs et ceci au profit du plus grand nombre ", conclut-elle.


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