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Nabil Karoui dénude la justice
Publié dans Business News le 31 - 05 - 2021

Notre chef du gouvernement a été bien actif ces derniers jours. Après la Libye, il est allé au Qatar. Accompagné de son ministre des Finances Ali Kooli, il a présenté la situation économique très tendue de la Tunisie post-covid quémandant, ici et là, des investissements, des dépôts d'argent voire des aides. L'attitude de notre gouvernement rappelle étrangement les mendiants des feux-rouges. Parce que le travail est épuisant, ils préfèrent faire la manche aux automobilistes et perdre leur dignité. Parce que les réformes sont douloureuses et les négociations avec les partenaires sont houleuses, le gouvernement préfère endetter les générations futures et mendier les nations prospères. Peu importe que notre dignité soit bafouée, l'essentiel est de trouver de quoi alimenter le budget onéreux de l'Etat.
La solution à notre crise économique est pourtant claire. Difficile à appliquer, certes, mais elle est claire. Le sujet a déjà été traité dans ces colonnes. Notre salut ne viendra que de notre labeur. L'Etat n'a d'autre choix viable que de céder les entreprises publiques évoluant dans les secteurs concurrentiels, de réduire son train de vie dispendieux, d'encourager les entreprises à produire mieux et à recruter plus et de pousser le Tunisien à fournir davantage d'efforts.
Sauf que Hichem Mechichi n'est pas prêt à demander des sacrifices aux Tunisiens et aux partenaires sociaux, parce qu'il croit que la partie est perdue d'avance. Exemple parmi des dizaines d'autres : que se passera-t-il si Hichem Mechichi supprime la séance unique des mois de juillet et d'août pour favoriser la productivité ? Faute de courage politique pour demander des choses impopulaires au peuple, le gouvernement (et pas que celui-là) préfère sacrifier les générations futures et faire perdre sa dignité à ce même peuple. Vive la Libye, vive le Qatar, vive la France, vivent les Etats-Unis, vive le FMI et vive tout Etat qui nous donne quelques miettes pour qu'on puisse manger et continuer notre farniente. Mais soyons cohérents svp, pressons-nous de supprimer le mot dignité de notre Constitution (art 4) et de nos dictionnaires.

Les élus de Qalb Tounes ont organisé jeudi dernier une conférence de presse pour alerter l'opinion publique sur l'injustice que subit leur président Nabil Karoui. La veille, le bureau politique du parti a tenu une réunion extraordinaire pour examiner son dossier judiciaire et conclure que la détention de M. Karoui est illégale. Comment cela ? Le bureau politique l'explique bien. Selon l'article 85 du code pénal, la période de détention préventive est limitée à six mois soit 180 jours. Elle ne peut être prolongée que si elle est renouvelée dans les délais légaux ce qui n'a pas été le cas dans l'affaire de Nabil Karoui.
Le Bureau politique considère que Nabil Karoui est détenu injustement depuis le 4 mai 2021, en dehors des délais prescrits par la loi et demande sa mise en liberté automatique sans attendre, dénonçant la poursuite du maintien illégal en détention préventive de Nabil Karoui et estimant qu'il s'agit là d'une violation flagrante de la loi. « Le président de Qalb Tounes est victime d'une machination politique par excellence derrière laquelle des parties connues œuvrent à le maintenir en prison pour l'empêcher d'exercer ses droits légitimes et de s'adonner librement à ses activités politiques», réaffirme-t-il. Le bureau entend carrément saisir la justice internationale pour dénoncer cette détention qu'ils jugent arbitraire.
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Traiter de l'affaire de Nabil Karoui est délicat pour différentes raisons. La première d'entre elles est qu'un large pan du public estime (à tort ou à raison) qu'il est coupable. Peut-être bien qu'il n'est pas détenu pour les bonnes raisons, mais il est quand même coupable. De quoi ? On n'oublie pas ses caravanes humanitaires qui lui ont servi à catapulter Qalb Tounes au-devant de la scène et obtenir quelque 416 mille voix aux législatives et 38 sièges au parlement. Lui-même, Nabil Karoui, a obtenu 525.000 voix au premier tour de la présidentielle et plus d'un million de voix au second tour. Il a également bien utilisé sa chaîne Nessma (très souvent première à l'audimat) pour ses campagnes législatives et présidentielle. Sans son association humanitaire « Khalil Tounes » et sans Nessma, Qalb Tounes et Nabil Karoui n'auraient jamais pu percer politiquement. Ceci est un fait indéniable et sa culpabilité ne fait pas l'ombre d'un doute.
Sauf que Nabil Karoui n'est pas détenu dans ces deux affaires. Il n'est même pas poursuivi d'ailleurs. Nabil Karoui est suspecté de blanchiment d'argent et de fraude fiscale et c'est pour cela qu'il a été emprisonné, une première fois, en 2019 en pleine campagne électorale et c'est pour cela qu'il a été emprisonné, une deuxième fois, depuis le 24 décembre 2020. Si sa première arrestation était des plus suspicieuses, et sentait à plein nez le règlement de comptes politique, il n'en est pas de même pour sa seconde arrestation faite sur la base d'un rapport d'expertise commandé par le juge d'instruction. Un rapport dont l'intégrité est remise en doute par son comité de défense, ainsi que par ses amis (et anciens ennemis) d'Ennahdha et d'Al Karama qui croient dur comme fer en l'innocence de M. Karoui estimant que c'est un détenu politique.

A Business News, nous avons élevé le principe de justice au-dessus de tous les autres. Nous croyons sincèrement, à tort ou à raison, que la justice est la base de tout. Nous croyons dur comme fer que sans justice, il ne saurait y avoir de prospérité, ni même de société. Sans justice, c'est la jungle.
C'est pour cela que nous étions à contre-courant des tendances de beaucoup de « révolutionnaires » qui appelaient, en 2011, à mettre les caciques de l'ancien régime en prison, quel que soit le degré de leur culpabilité. C'est pour cela que nous étions totalement contre l'esprit revanchard et transactionnel de Sihem Ben Sedrine, présidente partisane de l'Instance Vérité et Dignité.
Ce principe de justice est appliqué dans un grand nombre de démocraties et c'est ce qui a permis à ces démocraties de devenir de grands pays prospères.
Ce principe de justice est clairement établi dans notre constitution à travers plusieurs articles.

Quand on voit le dossier de Nabil Karoui, et quelle que soit notre conviction quant à sa culpabilité ou pas, on constate qu'il y a un viol manifeste de six articles de cette constitution.
« Les citoyens sont égaux devant la loi sans discrimination » (art 21). « L'Etat interdit la torture morale » (art 23). « Tout inculpé est présumé innocent jusqu'à l'établissement de sa culpabilité, au cours d'un procès équitable qui lui assure toutes les garanties nécessaires à sa défense en cours de poursuite et lors du procès » (art 27). « La durée de l'arrestation ou de la détention est fixée par la loi » (art 29). « L'Etat veille à la diffusion de la culture des Droits de l'Homme » (art 39). « Les instances juridictionnelles assurent la protection des droits et libertés contre toute atteinte » (art 49).
Il y a un autre principe de justice, non inscrit dans notre constitution, auquel nous croyons qui dit que la détention doit rester l'exception et que la liberté doit être la règle.
Supposons que Nabil Karoui soit réellement acteur des crimes financiers qui lui sont reprochés, il n'en demeure pas moins innocent jusqu'à son procès (art 27 de la constitution).
Supposons que Nabil Karoui ne soit pas un acteur politique, aurait-il été maintenu en prison ? Jusqu'à nouvel ordre, on n'a pas entendu parler de personnes condamnées à de la prison ferme pour fraude fiscale, ce qui laisse suggérer que le patron de Qalb Tounes est en prison juste parce qu'il est un homme politique. Or l'article 21 de la constitution exige que les citoyens soient égaux devant la loi.
Et notre loi est claire, en son article 85 du code pénal, la détention provisoire ne saurait dépasser les six mois sauf prolongation par le juge d'instruction (deux fois quatre mois). Or le juge chargé du dossier de Nabil Karoui n'a pas prolongé la détention du prévenu. Il y a là une violation de l'article 29 de la constitution.

Quand autant d'articles de la constitution sont violés dans un seul dossier et, je le répète, quel que soit notre degré de conviction quant à la culpabilité ou pas de Nabil Karoui, il faut appuyer sur le frein. Ce n'est pas possible de continuer comme ça.
L'arrestation de Nabil Karoui en 2019 était motivée par des raisons politiques et on a présenté suffisamment de preuves, à l'époque, pour attester ce fait. Il y avait la main indéniable de son adversaire politique de l'époque, Youssef Chahed, alors chef du gouvernement.
Son arrestation de 2020 pouvait être acceptée moralement, car le juge possède, peut-être, des éléments l'autorisant à mettre au trou Nabil Karoui. Les dénégations de son comité de défense devaient rester inaudibles et ne doivent pas remettre en doute l'intégrité du juge. Les rumeurs attestant que c'est le président de la République qui est derrière sa deuxième arrestation devaient également rester inaudibles et ne pas remettre en doute notre confiance en la justice.
Il se trouve maintenant que l'on a dépassé ce stade, puisque les délais légaux de détention sont dépassés. Ce dépassement de délai et cette arrestation devenue arbitraire et illégale, remettent en question tout le dossier, voire toute l'instruction.
Si la justice s'autorise à garder une personnalité publique, chef de parti politique, au-delà de sa durée de détention illégale, qu'est-ce qu'elle ferait avec les citoyens lambda sans défense ?

Depuis 2011 on ne cesse de parler de l'expérience démocratique tunisienne, or il ne saurait y avoir de démocratie sans justice indépendante qui applique strictement les textes de loi. Un abus de pouvoir, une violation de la loi, mettent à mal cette démocratie et rendrait le pays similaire à un Etat bananier. Techniquement, et à cause de l'affaire de Nabil Karoui, on en est là maintenant ! Nous avons une justice qui viole la loi et viole des textes de la constitution ce qui est indigne d'une démocratie qui se respecte.
Quelle différence y a-t-il entre l'ancien régime et l'actuel si on s'amuse à frauder impunément dans les élections et à utiliser la justice à des fins politiques ? On a beau parler de démocratie et de révolution, les faits sont là et ils sont têtus. Les partis trichent, les hommes politiques fraudent, la justice est aux ordres. Quand on voit le traitement judiciaire du dossier Nabil Karoui, on se dit que finalement il n'y a rien de réformé dans ce pays, les pratiques sont les mêmes, juste les acteurs ont changé.


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