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Un gouvernement ما شاء الله
Publié dans Business News le 11 - 10 - 2021

On y est ! Enfin ! Il nous a fallu plus de deux mois et demi pour que le gouvernement voie le jour !
« Maintenant qu'il y est, laissez-le travailler, ne le critiquez pas, ne le descendez pas ! », se pressent les fans de Kaïs Saïed de nous dire.
Accéder à cette demande est la chose la plus facile qui soit. Que demander de mieux que de ne rien faire ? On pourrait même faire mieux en disant « ما شاء الله » (Grâce à Dieu) en rappel à cette célèbre réplique de Najla Bouden, cheffe du gouvernement, au président Kaïs Saïed quand il lui a déclaré qu'il y a eu 1,8 million de manifestants dans les rues pour le soutenir. Opposer la grâce divine à une intox proférée par le chef a de quoi vous assurer des lendemains heureux et tranquilles. De quoi vous ménager la colère du chef tout puissant et vous faire éviter tout problème. Alors oui, chers lecteurs fans de Kaïs 1er, célébrons notre gouvernement, fêtons cette journée historique, sablons le champagne !
D'habitude, en pareilles circonstances, on donne au gouvernement cent jours, le temps qu'il prenne ses marques, qu'il voie son sujet et qu'il dresse son chemin.
Pourquoi donc priver le gouvernement Saïed-Bouden de cette accalmie médiatique ? Allons nous occuper d'autres sujets et laissons notre couple travailler tout seul pour le bien de la Tunisie, loin du parasite des journalistes et des chroniqueurs.

Une panne totale d'électricité a frappé le Liban ce week-end, suite à l'arrêt des deux principaux sites de production du pays après l'épuisement des stocks de fioul. D'après la Banque mondiale, le Liban fait face à une crise inédite, l'une des pires du monde depuis 1850. Après des coupures allant jusqu'à 22 heures par jour, nos frères libanais doivent faire face maintenant à une coupure totale, sans même la possibilité de faire appel aux groupes électrogènes, puisque le fioul manque.
Ce paragraphe est adressé à tous les esprits mendiants qui nous disent que Kaïs Saïed va être aidé par l'Arabie Saoudite, les Emirats et l'Egypte pour résoudre les problèmes budgétaires du pays. Si ces pays aidaient sans contrepartie, cela se saurait. Si ces pays aidaient sans arrière pensée, ils auraient aidé le Liban dont le positionnement géographique stratégique et les liens historiques leur sont mille fois plus importants que cette Tunisie occidentale.
Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Ce qui se passe au Liban aujourd'hui aura lieu en Tunisie demain. C'est inévitable.
Les ministres du gouvernement Saïed-Bouden ont-t-il une idée de ce qui se passe au Liban ? Sans doute. Si le président de la République et sa cheffe du gouvernement les ont choisi, c'est qu'ils doivent être super compétents.

Samedi dernier, une manifestation a eu lieu à Paris pour dénoncer le coup d'Etat de Kaïs Saïed. L'ancien président Moncef Marzouki en a profité pour appeler la France à retirer tout appui au président tunisien.
Naturellement, Kaïs Saïed n'a pas raté son prédécesseur qui était, de toute façon, inratable.
Il faut dire qu'il faut être un vendu dans l'âme, atteint par le complexe du colonisé pour oser dire ce qu'a dit Moncef Marzouki. Il l'a ainsi épinglé samedi dernier et a remis une couche ce matin en évoquant tous ceux qui complotent pour que la Tunisie n'abrite pas le Sommet de la Francophonie et tentent, par tous les moyens, de bousiller ses relations avec la France.
Kaïs Saïed découvre en 2021 ce que Business News dénonce depuis 2011. Sahha ennoum monsieur le président !
Kaïs Saïed supprimera-t-il à l'ancien président son passeport diplomatique, intenter un procès pour complot contre l'Etat ou de haute trahison, le priver de son salaire ? Sans doute, le président ما شاء الله ne peut pas se suffire de paroles. Même si lui n'a pas le temps de saisir le parquet ou de prendre les dispositions nécessaires contre Marzouki et les goumis, son gouvernement ما شاء الله se chargera de cela.

Dans son allocution de ce matin, le président a parlé une nouvelle fois de la magistrature, de sa corruption, de ses limites et a souligné la nécessité de l'assainir. C'est la deuxième fois, en une semaine et la énième fois depuis qu'il est à Carthage que Kaïs Saïed évoque le sujet.
Concrètement, il a fait quoi contre les magistrats depuis deux ans qu'il est à la présidence et spécialement depuis le 25 juillet où il est le seul maître à bord ? Même les assignations à résidence frappant Taïeb Rached et Béchir Akremi ont été levées.
Lui qui a épinglé ce matin Noureddine Bhiri et Radwan Masmoudi (sans les nommer) pourquoi donc n'a-t-il pas appliqué la loi contre eux depuis le 25 juillet ?
Sans doute, il fera quelque chose dans les jours qui viennent. Le président ما شاء الله ne peut pas se suffire de paroles. Même si lui n'a pas le temps d'assainir la magistrature, son gouvernement ما شاء الله se chargera de cela.

Dans son allocution de ce matin, le président a parlé, une nouvelle fois, des pauvres et de la pauvreté, de la corruption et des corrompus.
Concrètement, il a fait quoi pour en finir avec la pauvreté depuis deux ans qu'il est à la présidence et spécialement depuis le 25 juillet où il est le seul maître à bord ? Il a bien parlé de 13500 milliards dérobés par 460 hommes d'affaires véreux, quand il a reçu le président de l'Utica le 28 juillet dernier. Où est cet argent ?
Sans doute, il le ramènera dans les jours qui viennent. Sans doute également, il offrira des incitations aux investisseurs et chefs d'entreprise pour qu'ils créent de l'emploi et de la croissance. Le président ما شاء الله ne peut pas se suffire de paroles. Même si lui n'a pas le temps de créer de la croissance et de l'emploi, son gouvernement ما شاء الله se chargera de cela.

Samedi dernier et ce matin, Kaïs Saïed a évoqué les agences de notation internationales (Fitch Ratings, Moody's et Standard & Poor's) et leur atteinte à notre souveraineté, les qualifiant dans la foulée du sobriquet méprisant « Ommek sannafa ». « Qu'ils nous dégradent jusqu'à Z, ces agences, qui existent depuis 1994 après la chute de l'Union soviétique, doivent respecter la volonté du peuple et sa souveraineté », a déclaré le président imitant une pâle copie de Gueddafi.
Non, monsieur le président, les notations des Etats ont commencé au lendemain de la première guerre mondiale, dans les années 1920. Le 1994 que vous évoquez touche juste la première notation de Standard & Poor's en Afrique. Cette agence existe depuis 1860. Sa concurrente Fitch Ratings existe depuis 1913 et son autre concurrente Moody's existe depuis 1909.
Tous les pays ont une note et ont besoin de ce tiers certificateur qui atteste de leur solvabilité et de leur sérieux. D'ailleurs, ce sont les pays qui font appel aux agences de notation, pas l'inverse.
Tous les investisseurs dignes de ce nom ont besoin de ce tiers certificateur pour savoir s'ils peuvent investir dans ce pays ou pas et quels sont les risques encourus.
Tous nos investisseurs et nos banquiers ont besoin de ce tiers certificateur pour emprunter de l'argent à l'étranger.
Tous les organismes et pays prêteurs ont besoin de ce tiers certificateur pour mesurer les risques qu'ils prennent en prêtant l'argent à un pays donné.
Sans doute, notre président a un plan B pour trouver des ressources ailleurs que chez le FMI et les pays frères et amis. Même si lui n'a pas de plan B, son gouvernement ما شاء الله devrait en avoir.

La question qui se pose maintenant est quand et comment notre Kaiser Saïdus et son gouvernement ما شاء الله vont concrétiser les promesses présidentielles et transformer les paroles en actes.
Quel est leur programme ? Personne ne le sait.
Comment vont-ils assainir la magistrature, où vont-ils chercher l'argent, comment créeront-ils de l'emploi, comment généreront-ils de la croissance ? Personne n'a de réponse.
Le gouvernement tant attendu est enfin arrivé et c'est tant mieux. Mais est-ce qu'il apportera les réponses ?
Certes, au vu des noms, on ne trouve aucun « ministre catastrophe » est c'est déjà bien. Mais on ne trouve pas, non plus, de « lumières » connues pour leurs expertises et leurs compétences. Certes, ils semblent intègres, à l'image du président mais c'est insuffisant.
Méconnus sur la scène nationale et internationale, ces bleus n'ont pas le carnet d'adresses nécessaire pour ramener les investisseurs et résoudre les problèmes auxquels ils font face.
Dans leurs fonctions, ils doivent prendre parfois des décisions politiques et stratégiques. Or ce type de décisions revient obligatoirement au président de la République qu'ils vont devoir consulter à chaque pas qu'ils sont appelés à franchir.
On a beau vouloir accorder au président le bénéfice du doute et donner à Najla Bouden les cent jours d'accalmie, nous restons sceptiques. Vu l'énorme quantité de pain sur la planche, faute de programme clair et d'échéancier et faute de réponses à toutes ces questions, nous ne pouvons être que sceptiques et nous suffire de ما شاء الله pour ne pas fâcher les 1,8 million de fans de Kaiser Saïdus.


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