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De la culpabilité à l'aveuglement : l'Allemagne et la tragédie de Gaza
Publié dans Business News le 06 - 04 - 2025

Un conflit révélateur de fractures morales persistantes
Le drame qui se déroule à Gaza depuis 18 mois met en lumière des fractures morales profondes au sein des pays arabes, mais aussi, de manière moins surprenante, dans les démocraties occidentales, notamment en Allemagne. Il est alarmant de constater que le meurtre de plus de 70.000 civils palestiniens, dont près de 20.000 enfants, ainsi que les famines orchestrées, les bombardements indiscriminés d'écoles et d'hôpitaux, et le déplacement forcé de centaines de milliers de personnes, semblent susciter une indifférence croissante, voire une forme de satisfaction, parmi de nombreux responsables politiques allemands.
Répression en Allemagne
Plus préoccupante encore est la répression sévère, en particulier en Allemagne, de toute forme de soutien pacifique au peuple palestinien. Cela inclut l'interdiction des manifestations, le port du keffieh ou d'un drapeau palestinien, la criminalisation des discours critiques, et surtout, la poursuite des ventes d'armements à Israël. Assimiler l'antisionisme à l'antisémitisme est un raccourci historique erroné. L'obligation de reconnaître l'Etat d'Israël, imposée à tous ceux qui acquièrent la nationalité allemande, revêt un caractère humiliant. Les votes systématiques contre toute résolution appelant à un cessez-le-feu humanitaire au sein des instances internationales témoignent d'une dérive inquiétante.
Une mémoire historique en conflit avec la réalité actuelle
Une question cruciale se pose : comment un pays qui prétend avoir tiré des leçons des horreurs nazies peut-il ignorer l'oppression d'un peuple entier ? Comment la mémoire de l'Holocauste peut-elle coexister avec une indifférence, voire une complicité silencieuse, face à ce que certaines organisations internationales qualifient désormais de génocide ? La lourdeur de la culpabilité ne suffit pas à justifier cette attitude.
Une politique mémorielle ambivalente
Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'Allemagne a développé une politique mémorielle centrée sur le génocide des Juifs (The German Catechisme : Geschrieben von A. Dirk Moses am 23 Mai 202.1 https://geschichtedergegenwart.ch) L'enseignement de cette tragédie est obligatoire dans les écoles, des monuments commémoratifs sont érigés dans les villes, et le négationnisme est sanctionné par la loi. Le philosophe Jürgen Habermas souligne que la reconnaissance des crimes nazis est essentielle pour l'identité démocratique allemande, évoquant un « Vergangenheit, die nicht vergehen will » — un passé qui refuse de s'effacer. Selon lui, ce refus devait permettre à l'Allemagne de « se constituer en démocratie par la reconnaissance de sa propre faute ».
Une mémoire instrumentalisée
Cependant, la mémoire allemande semble avoir évolué d'un appel à la vigilance universelle vers un dogme d'Etat, perdant ainsi une part de sa crédibilité morale. Si la leçon de l'histoire se résume à soutenir Israël sans condition et à confondre antisionisme et antisémitisme, alors la mémoire du judéocide est instrumentalisée et vidée de sa dimension émancipatrice, devenant un tabou servant le silence.
Une reconnaissance tardive
Cette narration officielle occulte une réalité moins connue mais essentielle : l'Allemagne n'a pas toujours été exemplaire face à son passé nazi. Dans les décennies suivant la guerre, la société allemande a souvent préféré le refoulement à la réflexion. Le philosophe Theodor W. Adorno a rappelé que « la capacité de tirer des leçons de l'histoire repose sur le refus d'oublier ». Dans son célèbre essai « Education après Auschwitz », il affirmait que la première exigence de toute éducation est d'éviter la répétition d'Auschwitz.
Un équilibre fragile entre reconstruction et justice
Dans les années 1950, sous la direction de Konrad Adenauer, la République fédérale a souvent privilégié la reconstruction économique au détriment de la justice. Des milliers d'anciens nazis ont été réintégrés dans les institutions. Des juristes ayant co-rédigé les lois raciales de Nuremberg ont occupé des postes clés, tandis que des juges ayant appliqué les lois du Troisième Reich ont continué à exercer dans les tribunaux de la RFA. Le philosophe Karl Jaspers, dès 1946, dénonçait cette volonté d'échapper à la responsabilité morale, affirmant qu'il ne s'agissait pas seulement de l'acte criminel, mais aussi de la complicité par silence.
Une mémoire conquise, non héritée
Ce rappel historique n'est pas une accusation anachronique, mais un éclairage : la mémoire allemande a été conquise par des luttes et des remises en question, notamment celles portées par la génération de 1968, les témoignages de survivants et des intellectuels critiques. Alexander Mitscherlich, dans « L'incapacité de pleurer », dénonçait dès 1967 une « incapacité collective à faire le deuil » d'un Etat allemand qui s'est « construit sans jamais vraiment affronter le deuil de sa propre monstruosité ».
Un double standard troublant
Pourquoi cette mémoire, conçue pour lutter contre l'oubli, semble-t-elle aujourd'hui se refermer face à la souffrance d'un autre peuple, le peuple palestinien ? Pourquoi la douleur juive est-elle sanctifiée, tandis que la douleur palestinienne est relativisée ou niée ? Pourquoi la compassion semble-t-elle s'arrêter aux frontières de l'Histoire ?
Une éthique à redéfinir
La grandeur d'un pays ne se mesure pas à sa capacité à sanctuariser sa propre culpabilité, mais à sa capacité à la transformer en exigence éthique. En instrumentalisant la mémoire du judéocide pour justifier l'injustifiable, l'Allemagne trahit non seulement les principes qu'elle prétend défendre, mais aussi les victimes dont elle se réclame. Comme l'a dit Adorno : « La mémoire ne vaut que si elle empêche l'horreur de se reproduire. »
Un appel à l'éveil mémoriel
Il est encore temps de réhabiliter la fonction première de la mémoire : prévenir. Non pas en hiérarchisant les souffrances, mais en se tenant, sans ambiguïté, aux côtés de ceux que l'on souhaite faire taire. Le peuple palestinien est l'incarnation de la dépossession, de la faim et de la déshumanisation. C'est précisément là que la mémoire devrait s'éveiller — et non se refermer.

* Professeur de médecine et ancien ministre de la Santé


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