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Adel Dridi, le Madoff tunisien, meurt en prison : retour sur une escroquerie nationale
Publié dans Business News le 08 - 04 - 2025

De bienfaiteur des pauvres à escroc de masse, Adel Dridi, fondateur de la société Yosr Développement, est mort dans sa cellule de la prison de la Mornaguia, dimanche 6 avril 2025. Il laisse derrière lui l'un des plus grands scandales financiers de la Tunisie post-révolution. Retour sur le parcours d'un homme qui a su incarner l'illusion de la réussite facile, avant de précipiter des milliers de victimes dans le désespoir.

Issu d'un quartier modeste de Tunis, El Kabaria, longtemps connu pour ses trafics et ses tensions sociales, Adel Dridi n'était au départ qu'un assureur discret. Agent général de la Star, il parvient à se construire un portefeuille respectable, en s'appuyant sur ses relations de quartier. Lorsque son contrat prend fin, dans des circonstances houleuses – la société l'ayant poursuivi pour piratage de logiciel –, Dridi contre-attaque et obtient un règlement de près de 500.000 dinars. Nous sommes alors fin 2010, à la veille de la révolution. Ce capital sera le point de départ de son aventure dans l'arnaque.
C'est à ce moment-là qu'il fonde la société Yosr Développement, qui deviendra rapidement le cœur d'une entreprise frauduleuse d'une ampleur inédite. Selon une enquête de Frida Dahmani publiée en 2016 sur Jeune Afrique, près de 60.000 personnes y ont investi entre 1.000 et 500.000 dinars. Officiellement, Dridi propose des placements promettant des rendements dépassant parfois les 200 %. Officieusement, il met en place une chaîne de Ponzi.

La mécanique bien rodée de l'arnaque
La chaîne de Ponzi est une escroquerie financière bien connue dans le monde financier. Elle consiste à rémunérer les anciens investisseurs avec les apports des nouveaux. Tant que l'afflux de nouveaux clients est soutenu, le système fonctionne. Les premiers investisseurs reçoivent effectivement des rendements généreux, ce qui renforce la crédibilité du dispositif et attire toujours plus de monde.
Le cas de Bernard Madoff, souvent cité comme l'archétype de ce type d'escroquerie, illustre jusqu'où peut aller cette illusion financière. Ancien président du Nasdaq et figure respectable de la finance new-yorkaise, Madoff avait bâti un empire frauduleux qui a duré plus de deux décennies, soutenu par la confiance aveugle de milliers d'investisseurs, y compris des institutions bancaires. Il promettait des rendements constants, sans risques apparents. Lorsque la supercherie est dévoilée en 2008, elle révèle une arnaque estimée à près de 65 milliards de dollars, la plus grande chaîne de Ponzi de l'histoire moderne. Condamné à 150 ans de prison, Bernard Madoff est mort en détention en 2021. L'histoire de Dridi, bien que d'ampleur différente, suit un schéma similaire, fondé sur la crédulité, l'avidité et le silence complice.
Il distribue des gains mirifiques, ouvre plusieurs agences, emploie jusqu'à 22 personnes, et fait de l'immeuble Galaxie 2000 à la rue de Palestine à Lafayette, son quartier général. À cette époque, il mène grand train, fréquente les cercles islamistes, et se rapproche des milices des LPR. Sa réputation d'homme généreux, presque messianique, se propage. Pour beaucoup, il incarne une revanche sociale. Il est surnommé « Adel Galaxie ».

La ruée vers l'or… et l'effondrement
Mais les règles implacables de la chaîne de Ponzi finissent par se rappeler à lui. Quand les apports des nouveaux venus ne suffisent plus à couvrir les rendements promis, tout s'effondre. Les victimes découvrent qu'elles ont été flouées. En quelques mois, on recense 50.000 victimes pour le seul cas de Yosr Développement, selon une enquête de Marouen Achouri publiée par Business News en 2013. Certains ont vendu leur maison, d'autres ont confié les économies d'une vie. Des dizaines de salariés sont licenciés.
La colère monte. Le domicile de Dridi est saccagé. Des manifestants se rassemblent devant la Banque centrale et le ministère de l'Intérieur. Une femme enceinte s'évanouit en apprenant qu'elle a tout perdu. Un autre vend deux taxis pour investir et se retrouve sans ressource.

Une arrestation rocambolesque et les débuts de la justice
Le 22 juin 2013, Dridi est arrêté entre Zaghouan et Enfidha et la rumeur prétendait, à l'époque, qu'il prenait la poudre d'escampette vers l'Algérie.
Il affirme ne pas comprendre les raisons de son arrestation et prétend qu'il allait simplement passer le week-end à Sousse. L'arrestation intervient après un mandat de dépôt émis la veille après un rendez-vous manqué avec le juge d'instruction qui l'a laissé libre provisoirement, après avoir promis de rembourser ses victimes. La police a réussi à le localiser rapidement via son téléphone portable. En cette période, son nom était parmi les plus cités dans les médias qui expliquaient en quoi consistait la chaîne de Ponzi et pourquoi Adel Dridi n'était pas un homme d'affaires, mais un simple escroc.
Curieusement, à ce moment-là, certains de ses « clients » manifestent pour exiger sa libération, espérant toujours récupérer leur argent. Le 25 juin 2013, ils se rassemblent même devant le siège du parti Ennahdha, certains criant que Dridi est « celui qui a permis aux pauvres de s'enrichir ». D'autres menacent de « brûler le pays » si leur argent n'est pas restitué.

Condamnations multiples et incarcération prolongée
Le 27 juin 2013, le ministère public engage officiellement les poursuites. Plus de 220 plaintes ont été déposées à son encontre. Théoriquement, il risque jusqu'à 660 ans de prison, chaque affaire d'escroquerie étant passible de trois ans.
En août 2013, Dridi est condamné à 32 ans de prison ferme. Un an plus tard, la Cour d'appel réduit cette peine à dix ans. Plusieurs autres procédures sont toujours en cours. Il purgera au total plusieurs peines cumulées à la prison de la Mornaguia. On ignore le total de ces peines, mais une chose est sûre, c'est qu'il a largement dépassé la peine de dix ans de prison, la seule sur laquelle ses avocats ont communiqué. Curieusement, en dépit de la « célébrité » du bonhomme et du nombre impressionnant de ses victimes, les autorités n'ont que peu communiqué à son sujet.

Théories du complot et contre-récits
Dès 2014, et encore plus fortement en 2023, ses avocats tentent de réhabiliter son image. L'un d'eux, Me Sami Rebai, affirme que l'affaire a été montée de toutes pièces, sur fond de rivalités avec « un cartel bancaire » qui voyait en Dridi une menace. Il insiste sur le fait que son client a été arrêté sans plainte initiale, alors qu'il s'apprêtait à entrer dans son bureau, un café à la main. La première enquête portait, selon lui, sur du blanchiment d'argent, pas sur de l'escroquerie.
Le même argument est repris dans Jeune Afrique, où son premier avocat, Me Imed Guesmi, évoque un vide juridique exploité par Dridi, et une hostilité systémique de la part des grandes institutions financières.
Mais au-delà des thèses de la défense, la réalité est là : des milliers de Tunisiens ont perdu leur argent, trompés par l'illusion du rendement garanti. L'Etat lui-même, à travers ses institutions, a mis du temps à réagir. Et certaines zones d'ombre, notamment sur les complicités internes ou les lenteurs judiciaires, restent entières.

Une fin solitaire, en prison
Le 6 avril 2025, Adel Dridi est retrouvé mort dans sa cellule de la prison de la Mornaguia. Il avait 60 ans. Les autorités pénitentiaires ont immédiatement alerté le parquet, qui a ordonné le transfert du corps à l'Institut médico-légal. Les causes exactes du décès n'étaient pas encore connues au moment de la publication.
Ainsi s'achève le parcours d'un homme qui a su incarner à la fois l'ambition sociale, la cupidité, la manipulation de masse et le pouvoir de l'illusion. Sa mort ne met pas un point final à l'histoire : elle relance la question de l'encadrement des investissements, de la vulnérabilité des citoyens face aux mirages financiers, et de la responsabilité de l'Etat.


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