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Tunisie - Le statut de la femme brûle-t-il ?
Publié dans Business News le 12 - 08 - 2012

« La femme est un homme comme les autres », scanderont demain les militantes féministes. La Tunisie célèbre le 13 août 2012, fête nationale de la Femme. Une journée particulière cette année, qui coïncidera avec la 56ème célébration de l'anniversaire de la promulgation du Code du statut personnel, à l'heure où le statut de la femme tunisienne se trouve au cœur d'une grande polémique et se retrouve compromis par des projets de lois ambigües et controversées. L'ironie du sort voudra que les droits promus par ce Code et si chèrement défendus par les femmes tunisiennes soient aujourd'hui menacés, en partie, par les femmes elles-mêmes…
Elle est loin l'heure où les femmes tunisiennes revendiquaient le principe de parité au sein de l'Assemblée nationale constituante. La présence des femmes à l'hémicycle remettra aujourd'hui en cause un « acquis » des libertés féminines : l'égalité entre les sexes. Certaines des 59 députées féminines, parmi les 217 membres de l'Assemblée constituante, votent une loi contre elles-mêmes. Une loi pour ôter à la femme le droit d'être l'égale de l'homme.
Le 1er août 2012, la commission des « droits et libertés », a adopté, grâce aux voix des députés (et députées) islamistes, un texte équivoque stipulant que «l'Etat assure la protection des droits de la femme, de ses acquis, selon le principe de complémentarité avec l'homme au sein de la famille et en tant qu'associée de l'homme dans le développement de la patrie».
Le principe d'égalité entre l'homme et la femme cède donc la place à celui de la « complémentarité ». Malgré un article 22 du projet de la nouvelle constitution stipulant que « les citoyens sont égaux dans leurs droits et leurs libertés et devant la loi, sans discrimination d'aucune sorte », il semble que la misogynie ne soit pas considérée comme une forme de discrimination.
La femme n'existerait donc pas en dehors de l'homme et ne pourrait aspirer à plus que de la «complémentarité», restreignant ainsi son statut à celui d'« épouse » et de « mère ». Ses droits se trouvent ainsi annexés à ceux de l'homme.
Ce projet de texte de loi, équivoque et ambigu, bouleversera tout un cadre juridique des relations entre les hommes et les femmes remettant en cause les lois basées sur le principe d'égalité entre les sexes, consacrées par le Code du statut personnel.
La femme n'est donc plus une citoyenne à part entière, selon la lecture de ce texte qui suppose que la notion de femme soit uniquement définie en fonction de l'homme et non en fonction de sa propre citoyenneté.
Le texte en question, bien que non encore voté en séance plénière, a suscité un véritable tollé au sein de nombreuses associations tunisiennes qui y ont vu un appel à la vigilance. La simple adoption de ce texte par une commission constituerait, selon elles, « une régression dangereuse de la société tunisienne et des acquis de la femme vers un système exclusivement patriarcal ».
Présidente de la section tunisienne d'Amnesty International, Sondes Grabouj, dénonce un « revirement total par rapport aux promesses faites au cours de la campagne électorale par tous les courants politiques qui avaient affirmé leur attachement aux droits des femmes et leur volonté de les faire évoluer ».
L'hégémonie du parti islamiste au sein de la Constituante en fait le premier pointé du doigt. Le parti islamiste, dont beaucoup ont vu dans son ascension au pouvoir une réelle menace aux acquis de la femme, suscitant les spéculations les plus « folles » de nombreux et farouches défenseurs des libertés féminines, a pourtant montré patte blanche, lors de sa campagne électorale, et promis qu'aucune modification sur le Code n'était envisageable ou négociable.
Pourtant, à la première occasion, Ennahdha revient sur ses déclarations et remet en cause le principe même d'égalité.
Selon Meherzia Laâbidi : « complémentarité ne veut pas dire inégalité […] dans la complémentarité, il y a justement un échange, un partenariat ».
Une loi lacunaire qui laisse la porte ouverte à toutes sortes d'interprétations. En effet, rien dans cette notion de «complémentarité » ne précise ou ne laisse croire que les deux partenaires sont égaux en droits. Rien ne laisse supposer que l'homme soit lui-même défini comme « complémentaire » de la femme, déduisant qu'il est ainsi défini de lui-même et que la femme vient le suppléer… dans les tâches qu'il ne peut ou ne veut accomplir.
Ennahdha se défend et place cette ambigüité dans le texte de loi sous le signe d'une bataille linguistique jouant la carte de l'étonnement face à une affaire « qui a été exagérée ». On aurait donc donné une « importance démesurée » à un texte de loi qui ne remet nullement en cause l'égalité homme-femme, selon les députés d'Ennahdha.
La question qui se pose aujourd'hui est de savoir s'il s'agit de réelle égalité ou d'équité, justifiée par une différence biologique qui confère à chacun des droits différents, en fonction de son rôle dans la société.
« Il n'y a pas d'égalité absolue entre l'homme et la femme », déclare Farida Laâbidi.
Les députées islamistes, desquelles les féministes s'attendaient à trouver des alliées, semblent avoir sonné le glas d'années de libertés féminines et forgé leurs propres chaînes menaçant la Tunisie de replonger dans une société patriarcale et misogyne.
Dans la Tunisie actuelle, baignant dans un flou juridique, idéologique et même civique, et où tout est remis en question et doit être clairement défini, les droits de la femme doivent être spécifiés, à défaut de voir la gente féminine spoliée de ses libertés les plus élémentaires. De telles polémiques seraient jugées inutiles dans un pays civilisé qui reconnaît les droits « humains et civiques » de chaque citoyen indépendamment de son sexe et n'obéissant à aucune discrimination.
La société civile bouge et fait circuler sur la toile une pétition, à l'adresse de l'Assemblée nationale constituante, marquant l'engagement de la société civile aux droits de la femme et, notamment, au principe d'égalité soulignant que « la femme est citoyenne au même titre que l'homme et ne doit pas être définie en fonction de lui ».
Dans le rang des féministes, la lutte se cristallise et les appels à manifester se multiplient. Elles organisent des marches et des manifestations pour défendre leur égalité et demander le retrait définitif de l'article controversé en question. Une lutte qui se fera cette fois entre les Tunisiennes elles-mêmes : d'un côté les adeptes d'une situation qui les confine au rang de sous-hommes et, de l'autre, celles qui défendent farouchement leurs libertés. La femme tunisienne réussira-t-elle à rester un « homme comme les autres » ?


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